Emmanuel Jaffelin

Philosophe

En publiant chez Plon « Apologie de la punition », c’est un nouveau pavé dans la mare que vient de lancer Emmanuel Jaffelin. Déjà en 2010, son « Eloge de la gentillesse », à rebrousse-poil du cynisme ambiant, avait bousculé les esprits bien-pensants. Il persistait en 2013 avec ce livre chez Flammarion « On ira tous au paradis : croire en Dieu rend-il crétin ? » Et puis aujourd’hui, il réhabilite la punition. Ce philosophe de terrain (il enseigne au lycée et est intervenu en prison) prône l’émergence d’une nouvelle éthique de gentilhomme, tout en critiquant la perte d’autorité. La fessée, dit-il, est désormais considérée comme une quasi-perversion et à l’école, l’autorité est devenue impudique. Il faut professer sans gronder… Emanuel Jaffelin décrit une société tétanisée par la peur d’humilier et qui, ne sachant plus punir, met indifféremment en prison le citoyen qui n’a pas payé ses impôts, la mère infanticide, le violeur et le psychopathe. Il faut réapprendre à punir, dit-il, car la punition est la condition de notre liberté.

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Emmanuel JAFFELIN est un jeune philosophe, une personnalité émergente très sollicitée pour des conférences ou des interventions dans les médias nationaux, devenu professeur de philosophie après une carrière en Angola et au Brésil. Il est professeur agrégé de philosophie au lycée Lakanal à Sceaux.

Pourquoi la philosophie ?
À 4 ans, il a découvert la richesse du langage. A 17 ans, c’est la diversité et la multiplicité des visions du monde chez des écrivains qui le passionne, dans leur complexité et leurs connexions. Après avoir hésité entre lettres et philo, il a choisi cette dernière par engagement, incité par la possibilité qu’elle offre d’accéder à la sagesse, un mot central pour lui. il définit la philosophie comme une invitation à établir des règles de vie qui nous rendent libres et heureux.

Pourquoi la gentillesse ?
Parallèlement à sa carrière diplomatique, il ressent le désir impératif d’écrire. Parmi ses ouvrages, « La petite philosophie de l’entreprise »« On ira tous au paradis », une « Apologie de la punition » et « Le petit éloge de la gentillesse ».
Le brésilien se définissant comme un homme cordial, il lui a semblé intéressant d’étudier cette cordialité à la fois immédiate et superficielle. A l’occasion de la journée de la gentillesse lancée par Psychologie Magazine en 2009, il a été amené à modifier ses analyses et à se pencher sur ce concept étonnamment absent des dictionnaires.

Emmanuel JAFFELIN a participé à l’écriture de l’ouvrage collectif du CERA avec sa contribution « Qui châtie bien n’emprisonne pas ! ».

questions & réponses
  • Comment pourrions-nous punir sans exclure les détenus de nos prisons françaises ?

    140 000 personnes sont condamnées tous les ans. On tâche d’en laisser dehors 80 000. 60 000 sont donc incarcérées. On répond au problème carcéral de façon comptable en se demandant comment faire pour désengorger les prisons puisqu’on ne veut plus en construire en raison des coûts. Notre justice n’a plus rien de juste. On essaye de trouver des solutions qui n’ont rien à voir avec la nature de la punition.
    Un autre type de raisonnement est possible. Les néozélandais ont institué, en s’inspirant des peuples maoris, la justice réparatrice. C’est-à-dire que dans le cadre de petits délits, on fait se rencontrer la victime et le fautif pour trouver des solutions ensemble. En France, le système s’instaure peu à peu. Dans mon livre, je prends 3 modèles pour punir :
    – Chez les Indiens nord-américains, le modèle est l’humiliation
    – Chez les Maoris, le modèle est la négociation
    – Chez les occidentaux, il s’agit de l’amende. Ce modèle établit un parallèle entre l’argent et la prison. Du temps d’Aristote, l’argent était déjà un des moyens d’échanger des biens. Aristote avait remarqué que l’échange dans le seul but d’obtenir de l’argent était un mauvais moyen. Il appelait cela la chrématistique, qu’on pourrait appeler aujourd’hui la spéculation. Petit à petit, l’argent s’est imposé comme un universel. Autrement dit ce qui était un moyen est devenu une fin. Il s’est passé exactement la même chose avec la punition. Autrefois on mettait les gens en prison avant de les torturer et de les tuer. Aujourd’hui ce qui était moyen de détention est devenu punition à part entière. Mon idée est donc de repenser une nouvelle forme de punition qui ne soit pas la prison puisqu’enfermer n’est pas punir. On protège la société mais on ne punit pas. La peine de mort n’est pas non plus une punition puisque la punition est le cheminement que la société fait avec le fautif pour lui pardonner.
    Je distingue 3 degrés de punition :
    – L’humiliation, compte-tenu qu’il ne faut plus intervenir par procès. Vous voyez la tournure qu’ils prennent… Il est navrant de voir qu’aujourd’hui la vérité doit surgir de la preuve scientifique. Ce qui finit sous la forme de duel entre 2 avocats, ce qui est profondément injuste. Regardez à cet égard l’histoire d’Oscar Pistorius.
    Le premier moyen pénal que je préconise est de mettre l’humiliation au coeur du processus punitif. L’individu doit faire le chemin de s’expliquer, recoudre, s’excuser, tracer sa vie future. Et la société doit très vite le réinsérer. Je prends l’exemple de ce père portugais condamné pour avoir étouffé sa petite fille tétraplégique. Cet homme n’a rien à faire en prison. Il a tué quelqu’un certes, mais il n’est pas criminel pour autant. 80% des personnes incarcérées pour crime ne sont pas des criminels. Ils ne vont pas récidiver. Il faut donc prendre le temps et les moyens de mettre en scène cette humiliation sous les yeux du public, ce qui passe par le licenciement de nombreux juges et le recrutement d’autant de psychologues. Aujourd’hui les condamnés entrent en prison dans l’ombre, de la manière la plus discrète, alors que l’humiliation est une lumière qu’on jette sur le coupable.
    Je suis allé rencontrer les Kunas. Il s’agit d’un peuple qui compte environ 75 000 âmes réparties dans un archipel du Pacifique. Je leur ai demandé en quoi consistait leur punition. Le premier procès qu’ils font, c’est de faire asseoir le présumé coupable sur un tabouret d’enfant. Cette démarche est assez logique puisque celui qui commet un crime accomplit un acte de mégalomanie en se haussant du col, en prenant la vie ou des objets qui ne lui appartiennent pas. On le conduit donc à redescendre, à reprendre sa place. On l’humilie donc en l’exposant au regard de tous. Le premier prix à payer est de rendre des comptes, expliquer son acte pour que la victime puisse dans ce processus trouver un chemin vers le pardon plutôt que d’être en retrait pour déléguer sa vengeance à l’Etat.
    – La deuxième peine, c’est la négociation sous forme de conciliation, réservée aux délinquants plutôt qu’aux criminels. Il s’agit d’une confrontation immédiate avec des intermédiaires pour que chacun comprenne que celui qui a commis la faute s’engage à la réparer et que le lien social soit retissé.
    – Le troisième mode de punition est l’amende qui s’appuie sur la valeur « divine » et universelle de l’argent. Quand on vous prend de l’argent, on vous dédivinise et on se retrouve en difficulté. Pratiquer l’amende pour tout ce qui concerne les infractions est un moyen qui me semble très efficace.

  • Sur qui marchent les personnes qui portent des chaussures Louboutin aux semelles rouges ?

    Le code de cette marque est aristocratique, ce sont d’ailleurs des chaussures qui coûtent cher. Quand on porte ces chaussures, on n’est pas dans la middle class ni dans la compassion à l’égard des classes laborieuses. Mais ce n’est pas très gênant quand on les porte dans les salons du Crillon.

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