Hervé Serieyx

Chef d'entreprise, auteur et consultant

En France, on râle, on s’indigne… Et après ?
Hervé SERIEYX mise sur l’immense potentiel d’intelligences, d’énergies, de bonnes volontés, trop souvent étouffées par des organisations et des méthodes de management du passé. Aujourd’hui, les deux ingrédients majeurs du succès sont l’intelligence collective et la confiance, nous dit-il. Les deux exigent le courage de parier sur l’Homme… Changeons de regards pour changer la France ! C’est le pari lancé par Hervé SERIEYX…

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Hervé SERIEYX

Hervé SÉRIEYX a été chef d’entreprise, professeur associé d’université et délégué interministériel à l’insertion des jeunes. Il a enseigné dans différentes institutions (l’École des Mines, l’ENA, le Collège des ingénieurs, l’Institut européen des affaires, l’IRA – Institut régional d’administration – de Lille, qu’il a présidé pendant neuf ans). Il a présidé l’élaboration de trois rapports sur la modernisation de l’État et est l’auteur ou le coauteur d’une trentaine d’ouvrages. Il est actuellement président national de France Bénévolat.

Hervé SERIEYX a participé à l’écriture de l’ouvrage collectif du CERA avec sa contribution « Pour une mutation du système éducatif ».

questions & réponses
  • J’ai bien écouté tout ce que vous nous avez dit sur la confiance, mais comment renverser la tendance actuelle. Je cite 3 exemples : Le principe de précaution qui nous interdit de tout faire. La défiance vis-à-vis des scientifiques dès qu’ils veulent entreprendre quelque chose. Les lois qui fleurissent dès qu’il y a un problème.

    Vous venez de résumer le système lourd auquel nous sommes soumis, qui ne date pas d’hier et avec lequel nous devons faire. Pour vous répondre, je vais donner un exemple personnel. Dans les années 90, nous avons voulu lancer les groupements d’employeurs. A peu près tout le monde syndical était contre nous. Nous avons réussi tout de même, de 3 façons différentes.
    – C’était interdit mais on l’a fait. Il faut créer le fait pour qu’il y ait du droit. Notre pays est régi par 10 000 textes de loi, par environ 100 000 décrets d’application, et environ 30 000 décrets communautaires. Comme nul n’est censé ignorer la loi et personne n’est censé savoir tout ça, on est tous devenus des délinquants potentiels. Pour autant, je suis très content de vivre dans un pays de droit écrit. Comme le monde bouge beaucoup et que le droit est lent à se créer, nous devons anticiper le droit, en étant parfois borderline. Faute de quoi on serait toujours au même stade qu’il y a 200 ans ! Le fait doit donc anticiper le droit, avec intelligence. Mais il ne faut pas se prendre par la patrouille !
    – Cherchant des compagnons, nous sommes parvenus à convertir la CFDT, en avance dans sa réflexion par rapport à d’autres syndicats.
    – Voyant qu’il y avait encore des verrous, j’ai réussi à me faire nommer au Conseil Economique et Social. Le thème que nous défendions était un thème de rapport. La commission du travail était par chance dirigée par un CGT, Christian Larose, qui était incroyablement ouvert. La ministre était Martine Aubry. La loi est passée.
    Nous avons démarré par une désobéissance, puis nous avons eu la loi. C’est ce qu’il faut faire parfois, puisque par nature la loi consacre du passé. Comme nous ne sommes pas dans un pays qui favorise l’expérimentation, nous devons devancer les lois.
    C’est ce que j’ai appris au CJD qui dit que les discours, c’est bien beau, mais il faut expérimenter. Michel Crozier, qui était sociologue, disait que ceux qui parviennent à faire bouger le système, ce ne sont pas ceux qui sont au coeur du système. Il ne faut pas compter sur les enseignants pour faire bouger le système éducatif. Ce ne sont pas ceux qui sont totalement en dehors des systèmes non plus. Ce sont les « marginaux sécants » sur qui l’on peut compter pour faire changer le système. Les gens bien vus par le système mais qui par la pensée sont déjà en dehors. Ils proposent des innovations qui ne se voient pas mais s’avèrent efficaces.
    Un autre exemple. Michel Houdebine est un chef d’entreprise du Centre Bretagne qui faisait des choux farcis surgelés. Cette région n’est pas très visible, ne bénéficie pas des avantages de la mer. Il avait décidé de se réunir avec quelques autres chefs d’entreprises dans ce qu’on appellerait maintenant une coentreprise. Ils avaient du mal à faire venir des cadres parce qu’il n’y avait pas d’image culturelle. Ils ont donc créé le festival des vieilles charrues à Carhaix. Maintenant, il y a des hôtels, des restaurants, une vie économique importante. Voyant qu’il y avait des décisions qu’il n’obtenait pas des pouvoirs publics, Houdebine est devenu maire de Noyal Pontivy, puis conseiller générale. Il a fait de l’entrisme. C’est une stratégie un peu différente mais qui permet de faire de la contagion positive pour transformer les systèmes. On s’aperçoit que plus on monte dans le système, plus c’est verrouillé en raison d’une suffisance de diplômes, d’une suffisance de mandarins. Malgré cet état de fait, nous avons la possibilité de faire bouger les choses. Comme disait Alphonse Allais « Plus ça ira, moins on connaîtra de personnes qui ont connu Napoléon .»

  • J’aimerais que nous évoquions le problème de la presse et de la télévision. Comment peut-on tricher avec ces systèmes qui nous coupent la parole ?

    Le premier moyen, c’est de ne pas y aller, hormis sur des sujets précis. Et s’assurer de pouvoir discuter avec les interviewers. Avoir de l’audace. Je ne suis absolument pas « mélanchonien » mais hier, j’ai admiré Mélanchon sur Antenne 2, invité avec les principaux acteurs français des européennes. Il était venu avec une bouteille de rouge. Le journaliste s’est opposé en lui disant qu’il était interdit de présenter du vin à la télévision. Mélanchon ne s’est pas démonté, se fichant qu’on lui interdise quoi que ce soit. Le journaliste a laissé faire.
    Dans quelques rares émissions, comme celle de Calvi, on a le droit de parler. Malheureusement dans la plupart, on ne peut pas développer une pensée. On n’a pas le temps de penser dans les médias, on agit ou l’on s’exprime sous l’effet de l’émotion.
    Pour servir à quelque chose au niveau des médias, il faut disposer d’images qui vont court-circuiter le cours de la pensée. Dans mon livre « Le big bang des organisations », écrit en 1993, je parlais de la volonté de regarder toutes les organisations publiques et privées au crible de la pensée complexe qui est celle d’Edgar Morin. Descartes disait que face à un problème, il suffisait de le découper en tranches les plus fines possibles puis chercher une solution pour chaque tranche. La totalité du problème serait ainsi solutionné. Pascal, le premier penseur de la pensée complexe répondait que cette méthode pouvait s’appliquer à ce qui est inerte mais ce n’est pas vrai pour du vivant. Parce que ce qui est important dans le vivant, c’est la relation entre les parties et les relations des parties avec le tout. Nous avons fabriqué beaucoup d’ingénieurs et de gestionnaires de l’inerte. Mon bouquin visait à évaluer le fonctionnement de nos modèles d’organisation, de nos modes de management, avec les outils de la pensée complexe. Lorsque je suis allé, avec mon ami Edgar Morin, présenter mon livre aux médias, le journaliste a demandé à Edgar Morin de présenter la pensée complexe, en l’illustrant avec un maximum d’exemples, en 2 mn ! Heureusement, j’avais une petite image à proposer à ce journaliste. C’est la différence entre un Boeing et un plat de spaghettis. Un Boeing, c’est compliqué, ce n’est pas complexe. Si on me montre comment le démonter et le remonter, je peux y parvenir. Il relève de la pensée cartésienne. En revanche, si vous prenez des spaghettis avec une fourchette dans un plat, vous n’aurez sans doute jamais le même nombre de spaghettis sur votre fourchette. Et si vous quittez Milan pour le Sichuan et que vous y dégustez un plat de vers blancs, chacun de ceux-ci étant animé de sa propre autonomie, le calcul d’une fourchetée de vers est absolument impossible. Nous entrons là dans le complexe qui relève d’un autre mode d’approche.

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