Jacques GÉNÉREUX

Économiste

La question de l’euro n’est plus taboue. Aux deux extrêmes de l’échiquier politique, on plaide le retour à une monnaie nationale et Marine Le Pen en a fait son emblème. De nombreux économistes expliquent pourquoi, et surtout comment, la France devrait sortir de l’Euro. Parmi eux, Jacques Généreux. Selon lui, il vaut mieux sortir de l’euro pour mener une politique de relance qu’y renoncer pour sauver l’euro.

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Jacques GÉNÉREUX est né en 1956 à St Brieuc. Il a animé des émissions sur France Culture dans « L’économie en question » et est chroniqueur au mensuel « Alternatives économiques ». Diplômé de l’IEP Paris, l’Institut des Etudes Politiques, il y est maître de conférences. Parmi les nombreux ouvrages qu’il a écrits, « Jacques Généreux explique l’économie à tout le monde » est paru en 2014. Son talent pédagogique le place en tête des auteurs dans le domaine de l’économie. Opposé au projet de constitution européenne, il a écrit en 2005, un « Manuel critique du parfait européen. Les bonnes raisons de dire non à la constitution ». L’approche de Jacques GÉNÉREUX est pluridisciplinaire dans la mesure où il introduit un point de vue philosophique et anthropologique lorsqu’il parle d’économie. La preuve en est son « Manifeste pour l’économie humaine » où il déclare son opposition au libéralisme et au libre-échange. Engagé en politique depuis longtemps, il est d’abord au PS puis suit le mouvement d’Henri Emmanuelli et de Benoît Hamon, Le Nouveau Monde. En 2008, il est nommé secrétaire national à l’économie pour l’Autre gauche. A cette époque, il écrit « Nous, on peut ! », préfacé par Jean-Luc Mélenchon, qui a fait débat. Il écrit dans ce petit précis d’économie qu’il est las de la rengaine qui scande que les Etats sont impuissants vis-à-vis de la finance, des marchés, de la BCE (Banque Centrale Européenne) et du FMI (Front Monétaire International). Si c’était le cas, ils ne devraient pas chercher à sauver l’euro à tout prix.

questions & réponses
  • Est-ce sensé et intelligent de dire que le prêteur en dernier ressort est au final la planche à billets ?

    Ce n’est pas tout à fait la même chose. La création monétaire est un phénomène historique. Il s’agit finalement d’une monétisation pure et simple de la dette. Mais encore une fois, quand on fait de la dette publique à bon escient, pour de l’investissement utile, la question ne se pose pas. Présenter des programmes à des électeurs en leur disant que l’Etat s’endette pour construire des crèches, pour remettre l’habitat aux normes écologiques, ce qui crée des centaines de milliers d’emplois dans le bâtiment, les gens trouvent ça très bien. Ce qu’ils n’aiment pas, c’est l’idée de s’endetter pour rien.

  • Jacques Généreux, vous pensez qu’on redistribue trop en France ?

    Il y a par définition une surévaluation de l’euro qui n’est pas la même pour tout le monde. Techniquement, c’est normal parce qu’en fonction des taux de change, on a un pouvoir d’achat plus fort quand on va acheter ailleurs, ou quand on achète chez soi. Ce qui conduit à acheter plutôt sur le marché intérieur ou à l’extérieur de son pays. La monnaie peut dans ce cas être surévaluée ou sous-évaluée. Le problème se pose quand on veut faire une monnaie unique, avec un même taux de change vis-à-vis du reste du monde, avec des pays qui n’ont pas les mêmes structures industrielles, les mêmes niveaux de compétitivité. Forcément ces différences impactent les taux de change qui ne peuvent pas être les mêmes entre la France et les Etats-Unis ou la Slovaquie et les Etats-Unis. En France, de nombreuses études ont prouvé que l’euro était souvent en état de surévaluation, ce qui a un coût en termes de croissance économique. La solution n’est pas d’adapter la monnaie à nos besoins car cela voudrait dire récupérer notre souveraineté pour dévaluer. La crise ne vient pas du niveau de l’euro. Compte-tenu de son infrastructure industrielle, la France pourrait supporter un euro un peu cher si elle disposait d’un gouvernement qui menait une politique de développement économique intelligente, qui investissait au lieu de faire de la dépense fiscale inutile. Si face à la crise on ne menait pas des politiques imbéciles d’austérité, qui plongent toute l’Europe en récession, si on avait des grands plans d’investissement accompagnés par une politique de croissance soutenable et intelligente, on se ficherait pas mal du prix de l’euro.
    Les instruments de l’économie doivent être adaptés aux besoins de la population car ils doivent être au service des peuples et non l’inverse. Adapter la monnaie aux gens, ce n’est pas la dévaluer mais avoir une Banque Centrale Européenne qui soit au service du progrès européen et qui puisse prêter aux Etats.

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