Jean KASPAR

Syndicaliste

Jean KASPAR est intervenu pour le CERA le 26 octobre 2012 pour une Rencontre sur la thématique « Quel modèle social pour sortir de la crise ? »

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Jean KASPAR est né en Alsace en 1941. Après avoir obtenu un CAP d’électromécanicien, il a commencé à travailler à 14 ans au fond de la mine. Il a ensuite milité à la CFTC, puis à la JOC, à la CFDT bien entendu, où il est devenu secrétaire général prenant la suite d’Edmond MAIRE et précédant Nicole NOTAT. Puis il a été en poste à l’ambassade de France à Washington, ce qui n’est pas courant pour un syndicaliste. Il a créé son cabinet de conseil en stratégie sociale. Il a fait partie de la Commission Attali sur la libération de la croissance française. Conseiller de la Fondation pour l’innovation politique, il a coordonné pour l’ENA un séminaire sur le dialogue social. Il est par ailleurs vice-président de l’Observatoire social international et lié à Entreprise & Personnel, un club RH regroupant plusieurs grandes entreprises françaises, par un contrat de partenariat. Il intervient dans divers cursus du CNAM, de Sciences Po dans le Master de gestion des ressources humaines, de l’IAE de Paris, de l’Université de Haute-Alsace (UHA) et de l’Université de Marne-La-Vallée. Jean Paul Bailly l’a nommé Président de la Commission du Grand Dialogue de La Poste en 2012.

questions & réponses
  • Le travail est aujourd’hui un peu tabou. On n’aime plus son métier, on entend d’ailleurs « Ca va comme un lundi… » Que se passe-t-il ? J’ai la chance depuis quelques années d’accompagner des enfants 1/2 journée par semaine dans la découverte de métiers manuels au sein de l’association « Outils en main ». Ces sont d’anciens professionnels qui les initient à leur savoirfaire. Les enfants sont passionnés et ravis. Qu’est ce que l’Education nationale a fait – ou n’a pas fait – pour que l’intérêt ne soit pas au rendez-vous ?

    Votre question est intéressante car elle oblige à plusieurs réflexions. Il faut faire attention de ne pas traiter tout le monde à la même enseigne. Certains sont heureux dans leur travail. On peut aimer ce que l’on fait. Il existe des métiers qui disposent d’espaces de responsabilités, de liberté et d’initiatives qui les rendent attractifs.
    Pourquoi certains traînent-ils les pieds ? On ne réfléchit sans doute pas assez à cette question dans les entreprises. Comment faire en sorte que le travail devienne de plus en plus une activité vécue positivement et non plus une activité que l’on subit. C’est tout le problème des conditions et de l’organisation du travail.
    L’éducation n’y est bien sûr pas pour rien. Je retiens par exemple que 80% d’une classe d’âge doit réussir le bac. La conséquence immédiate est la suivante : ceux qui ne réussissent pas le bac ont un sentiment d’échec. Nous avons en France une conception élitiste de l’emploi. Ce qui m’a frappé aux Etats-Unis, c’est qu’il n’y a pas cette hiérarchisation que nous avons des emplois. Là-bas, un job est un job ! Pendant très longtemps, on a parlé de « petits boulots ». Il n’y a pas de grands et de petits boulots, il y a une société qui pour répondre à ses besoins organise un certain nombre de métiers. Au nom de quoi le métier de consultant serait plus noble que celui de balayeur ? Ce qui compte, c’est de ne pas être toute sa vie prisonnier d’un même métier.
    Autre illustration. Je ne dis pas que c’est systématique, mais quand on a des enfants, si l’un fait Sciences Po et l’autre est apprenti boulanger, de qui avons-nous tendance à parler le plus ? De celui qui « réussit » ! Nous devons progresser dans l’idée que le chemin de la connaissance peut être multiple et que l’apprentissage professionnel peut avoir de multiples facettes. Pour l’anecdote, lorsque je suis arrivé à Washington, j’avais le titre de ministre conseiller sans avoir aucun diplôme, donc forcément, j’étais le copain de MITTERRAND et de Martine AUBRY ! Lors de la première réunion de l’ambassade, je me suis présenté en disant que j’avais fait les Mines ! Alors que quand je rencontrais des grands patrons américains ou des responsables du Parti démocrate, on ne me demandait pas si j’avais des diplômes !
    En Allemagne, un certain nombre de dirigeants sont passés par l’apprentissage. Ce n’est pas imaginable en France aujourd’hui.
    Une société a besoin de toutes les formes d’intelligence. De l’intelligence manuelle, de celle du coeur et de celle de l’esprit.

  • Vous n’avez pas parlé du syndicat SUD dans votre présentation. Ce syndicat ne prend-t-il pas en otage les autres syndicats lorsque certains problèmes surgissent dans les entreprises, et n’est-il pas nocif au développement du dialogue social ?

    Vous avez raison, SUD est le syndicat le plus radical du paysage syndicaliste français. Il faut se poser la question de savoir pourquoi une organisation aussi radicale recueille autant d’audience dans notre pays et pèse autant sur la stratégie des entreprises et sur les autres organisations syndicales ?
    En deux points, si les organisations syndicales peuvent avoir de l’influence, c’est parce que l’ambition sociale des entreprises n’apparaît pas suffisamment. Il convient donc de réfléchir à la manière dont on peut faire état de l’ambition économique et sociale de l’entreprise. Si on ne le fait pas, on permet au discours conservateur d’affirmer que le seul objectif du monde patronal est d’obtenir des résultats financiers. Ce qui est faux, la plupart des patrons font du social sans le dire. Le deuxième point a quelque chose à voir avec l’émiettement syndical et le peu de convergences stratégiques qui existent entre les organisations réformistes. Quelles sont les organisations qui comptent aujourd’hui en France ? La CGT, FO, la CFDT et SUD, cette dernière compte de par sa radicalité. La CFTC, la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens, n’a plus de sens dans une société positivement laïque, c’est-à-dire respectueuse de la croyance et de la non croyance. En 1919, le CFTC avait du sens face à la CGT clairement anticléricale. Il était normal qu’elle se développe. Ce qu’elle a fait en 1964, lors de son congrès, lorsqu’elle a réfléchi à la manière de s’ouvrir davantage en repensant l’évolution et la transformation de ses fondements. C’est à cette époque qu’elle s’est posé la question de son changement de statut pour devenir la Confédération Française et Démocratique du Travail, ne faisant ainsi plus référence à la morale sociale chrétienne mais à toutes les formes d’humanisme. Une majorité a soutenu cette transformation, une minorité l’a refusée. J’assistais à ce congrès et je dois dire que j’ai vécu cet événement douloureusement. A cette époque, je faisais partie de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne). Aujourd’hui, 50 ans après, cette réflexion a-t-elle encore du sens ? Si on dit oui, il ne faudra pas s’étonner qu’un jour, des salariés se référant à d’autres formes de transcendances souhaitent mettre en place un syndicat au nom de l’Islam par exemple.
    C’est à la CGT que SUD pose le plus de problème dans sa tentative de repositionnement stratégique. La direction de la CGT est un peu timide, craignant qu’un certain nombre d’adhérents, ne se retrouvant pas dans son repositionnement, décident de rejoindre SUD.
    Pour finir, j’ajouterais que les chefs d’entreprises doivent s’interroger sur la façon dont il convient de poser les actes pour obliger les gens à travailler ensemble. Concrètement quand on est dans un processus de négociation, qui prépare le projet de protocole ? C’est toujours la direction. Et tout le monde est content. La direction parce qu’elle garde la main, les syndicats font des contrepropositions et la direction réagit. On n’imagine mal demain les syndicats préparant des protocoles d’accord.

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