Myriam LEVAIN

Journaliste

Le 7 février 2014, Myriam LEVAIN est intervenue aux côtés de Julia TISSIER et de Bernard PÈTRE pour un Grand Débat sur la thématique « Génération Y, comment elle s’intègre (ou non) dans la vie active ? »
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Myriam LEVAIN

Myriam LEVAIN a fait Sciences Po Paris, puis l’Ecole de journalisme de Lille. Son parcours de journaliste l’a d’abord mené à La Voix du Nord, puis au Parisien, à Elle, au mensuel Be.
Elle est co-auteur (avec Julia TISSIER) de « La génération Y par elle-même », qui rassemble une cinquantaine de témoignages en vue de démonter nos a priori négatifs par rapport à la génération Y.
Elle a également cofondé (toujours avec Julia TISSIER) Cheek Magazine, un média impertinent et effronté qui parle de faits de société, de culture et de nouvelles technologies, uniquement visible sur internet, à destination des jeunes femmes, consulté par plus de 70 000 visiteurs par mois !

questions & réponses
  • Merci à la génération Y. J’ai formé des managers pendant des années. Une génération « Pourquoi », c’est plutôt sympathique mais je crains qu’elle ne rencontre des difficultés à devenir manager. Allez-vous être en mesure d’utiliser votre moteur créatif dans ce cadre ?

    J T : D’abord je voudrais rappeler que l’on a cette double culture de l’ancien et du nouveau monde puisqu’on a connu le monde sans et avec internet. On peut donc se débrouiller. En revanche, la génération X a beaucoup plus souffert que nous. Les quadras sont un peu perdus avec ces nouvelles technologies.
    Comment va-t-on manager ? On va se diriger vers des relations horizontales, vers plus de transparence, on cherchera des réponses avec ceux qui se posent des questions. Aujourd’hui, nous sommes en apprentissage à cet égard.
    M L : C’est possible que l’on se fasse avoir à notre propre jeu qui consiste à être sympa et transparent. J’ai rencontré beaucoup de mauvais managers. Je les ai observés. Je comprends qu’il nous faudra composer en tant que managers.
    B P : La génération Y a été inventée dans les années 2000, on la voit donc maintenant à l’oeuvre. Traditionnellement le manager est celui qui a la bonne réponse. On accepte qu’il soit un peu arbitraire, on passe sur ses défauts personnels parce que c’est lui qui nous sauve. Le bon professeur est celui qui connaît très bien sa matière avant tout. Cette vision change radicalement, car les réponses sont sur internet et qu’il n’existe plus UNE seule bonne réponse. Avant, il suffisait de rassembler la bonne documentation et on partait du principe qu’elle était fiable. Le nombre d’informations qu’on trouve sur internet témoigne de la variété des réponses possibles.
    Le nouveau manager n’est pas celui qui sait mais celui qui veille à un contexte, à un climat, à une qualité de relation où chacun va donner le meilleur de lui-même en synergie avec les autres, à l’aide de ce qu’il sait. C’est pour cette raison que l’on travaille beaucoup durant les pauses puisque c’est le moment par excellence où s’établissent les bases du climat de travail, où chacun donne le meilleur de lui-même pour s’informer et donner des informations. Avec les MOOC (massive open online course), on a inventé l’école à l’envers où l’élève n’a pas besoin du professeur pour apprendre la matière. Les grandes universités américaines offrent des cours gratuitement sur internet, car au fond la vraie valeur ajoutée, ce ne sont pas les cours mais le climat d’échanges entre les élèves et les professeurs pour qu’ensemble, on tire le meilleur parti du cours. C’est à ce palier que les universités demandant que l’on s’inscrive. On va maintenant penser au management à l’envers. Je pense que la fonction du manager va se transformer. Nous jugeons la génération Y à l’aune de ce que nous avons fait et vécu, mais finalement, ces jeunes sont peut-être beaucoup mieux équipés que nous pour faire face à cette évolution. Les Y et l’entreprise devraient s’adorer puisque cette dernière cherche avant tout de la flexibilité, de l’adaptabilité, de l’innovation, mais la relation est encore difficile.
    M L : Ce sera peut-être une merveilleuse histoire d’amour si les entreprises s’adaptent… Quand on échange avec des X, certains nous disent qu’ils ont eu tort, qu’ils auraient dû se rebeller plutôt que d’accepter passivement ce que la génération précédente leur proposait.

  • Concernant le contenu de votre livre, avez-vous audité sur la France entière ou avez-vous interviewé des jeunes exclusivement en région parisienne ?

    J T : Quand on a commencé ce livre, on était de jeunes journalistes pleines d’énergie bien décidées à faire autrement que les vieux journalistes qui interrogent toujours les mêmes personnes qui habitent le XI° arrondissement à Paris. Myriam est parisienne, moi, je suis rochelaise, ce qui faisait un bon mixte. Donc on a interviewé toutes sortes de profils. Une cinquantaine de personnes, une trentaine de jeunes.
    M L : Il y a beaucoup de parisiens qui quittent Paris pour notamment Nantes, Bordeaux, Marseille, Lille, leur mode de vie essaime dans toute la France. Au fond, on a parlé d’une jeunesse très urbaine.
    B P : A l’occasion d’une enquête qu’une grande enseigne de l’ameublement m’avait demandée, j’ai eu l’occasion de poser 3 questions à un échantillon important de personnes : Que signifie « vivre en famille », « manger » et « décorer l’habitation » ? Des groupes de discussion ont été établis dans 10 pays. Dans ces 10 pays émerge la même idée que l’individu a droit à un espace de liberté autour de lui, espace qu’il a le droit d’organiser comme il le souhaite. Selon les pays, l’organisation de cet espace peut bien sûr varier. Sociologiquement, à chaque fois qu’une société laisse de la place à la subjectivité de l’individu, par rapport à des sociétés qui n’en laissent pas, ce dernier y vit bien. Une marge de manoeuvre assez grande est une tendance qui se révèle partout. Les variations que l’on peut observer d’un pays à l’autre reposent sur les jugements moraux portés sur ces marges.
    Un certain nombre de personnes se demandent si ces nouveaux modes de vie conduisent à de nouvelles méthodes managériales ou si nous cherchons à conserver les organisations anciennes à tout prix. Par exemple l’école à l’envers a été inventée en Inde pour des raisons économiques, car il était absolument impossible de financer une école à l’endroit. J’imagine mal certains pays d’Europe adopter ce type de fonctionnement qui pourtant fait ses preuves.
    Le baby-boomer se dit qu’il est à quelques stations de métro plus loin que les pays émergents. Il doit se méfier car dans certains cas, ces derniers ont une longueur d’avance sur nous. Nous devons nous méfier, un certain de nombre d’organisations ont été nos atouts mais risquent de devenir nos inconvénients.
    De ce point de vue, avoir une génération qui demande tout le temps pourquoi, c’est une aubaine et nous devrions la remercier.

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