Pascal PERRINEAU

Politologue français

Pascal PERRINEAU est intervenu au CERA le 23 mars 2012 pour une Rencontre sur la thématique « La démocratie en questions ? »

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Pascal PERRINEAU

Pascal PERRINEAU est professeur des Universités à Sciences Po. Il a dirigé le CEVIPOF jusqu’en décembre 2013. Il enseigne, dans le Collège universitaire et le Master de Sciences Po, l’introduction à la science politique, la vie politique en Europe, l’analyse des attitudes et des forces politiques et sur le vote (avec Anne Muxel). Il est en charge, avec Janine Mossuz-Lavau, du domaine  » Fait politique  » aux Presses de Sciences Po et dirige, avec Anne Muxel, la collection CEVIPOF aux Editions Autrement.

Ses recherches portent principalement sur la sociologie électorale, l’analyse de l’extrême droite en France et en Europe ainsi que sur l’interprétation des nouveaux clivages à l’œuvre dans les sociétés européennes. Il remplit plusieurs missions d’expertise auprès, entre autres, du Conseil de l’Europe, du Fonds national suisse pour la recherche, du Fonds national bulgare pour la science, du Fonds pour la recherche scientifique belge ou encore de Radio France.

Pascal PERRINEAU a participé à l’écriture de l’ouvrage collectif du CERA avec sa contribution « La démocratie en 2035 : un avenir incertain ».

questions & réponses
  • Le parti communiste version Mélenchon est-il mort ?

    Le parti communiste n’est pas tout à fait mort parce qu’au-delà du parti, il y a la culture. Celle-ci n’a pas disparu avec le déclin électoral irrémédiable du parti communiste. Rappelez-vous que Marie-George Buffet a fait 1,8% aux dernières élections… L’histoire n’est pourtant pas terminée. Un des meilleurs historiens du parti communiste français, Marc Lazar, dit que le rêve communiste est resté présent dans nombre de têtes de citoyens français. Aujourd’hui, Nathalie Arthaud se présente comme La candidate communiste. Elle cherche à remonter le handicap phénoménal qu’elle connaît face à Arlette qui était une véritable institution et à récupérer à son profit la véritable nostalgie liée au parti communiste. Il ne faut pas oublier qu’après la guerre, ce parti représentait 28% des votes, plus d’un électeur sur 4, plus d’un million d’adhérents ! Il a donc marqué de son empreinte la société et la culture politique françaises. Il est d’ailleurs en voie de quasi disparition chez les jeunes mais reste bien présent chez un certain nombre de personnes âgées. Les communistes ont investi Jean-Luc Mélenchon qui vient de passer dans la position du 3° homme, ce qui prouve que ce n’était pas un mauvais choix. L’homme a un réel talent de démagogue, de tribun, et une intelligence intuitive du peuple auquel il s’adresse. Les communistes sont donc là, et après la présidentielle viendront les législatives. Se posera alors la question de négocier un accord avec le parti socialiste. Des tensions risquent alors de réapparaître parce que les communistes vont vouloir réinvestir leurs députés sortants et laisser assez peu de place aux représentants du Parti de Gauche. Le parti communiste peut résister au phénomène de disparition politique qui est le sien dans une stratégie d’union de la gauche qui ne dit pas son nom. Son manque d’ancrage chez les jeunes constitue toutefois une vraie fragilité.
    Au-delà de cette nécrose du parti, il reste une belle culture communiste. Mélenchon, c’est autre chose que « la gauche molle ». Il a un côté Fouquier-Tinville, accusateur public, représente une culture profonde du militant de la gauche de la gauche. Or la gauche modérée a toujours eu un énorme complexe par rapport au parti communiste. Elle a toujours eu l’impression qu’il lui manquait quelque chose. François Hollande est assez émancipé de cette tradition de complexe, mais des hommes comme Benoît Hamon ou Arnaud Montebourg demeurent dans cette culture du complexe de ne pas être suffisamment à gauche.

  • En prenant l’hypothèse que Sarkozy passe de justesse aux présidentielles et qu’aux législatives, la gauche passe également de justesse, Sarkozy accepterait-t-il une cohabitation ?

    Depuis la réforme du quinquennat en 2000, puis la réforme du calendrier électoral, les choses ont changé. Nous sommes dans un système de mandat court dans lequel l’élection présidentielle se déroule avant les élections législatives. Les Français estiment donc que la messe est dite avec l’élection présidentielle et que les législatives ne sont qu’une ratification. Si Hollande l’emporte, il aura très probablement une majorité de gauche. Si Sarkozy parvient à l’emporter au second tour, je pense que les Français n’auront pas à cœur d’handicaper le président à peine élu. Se posera toutefois le problème des triangulaires. Vous savez qu’aux législatives, si vous avez passé la barre des 12,5% des inscrits, vous pouvez vous maintenir au second tour. Si le Front National atteint une moyenne, disons de 16% sur le plan national, la barre des 12,5% sera aisément franchie dans certaines régions, et il n’a aucune intention de rendre quelque service que ce soit à la droite française. Il veut l’élection de François Hollande car ce n’est qu’au travers de ce scénario que Marine Le Pen aura la possibilité d’espérer peut-être la récupération des décombres de la droite française à son profit. On ne mesure donc pas l’enjeu d’une éventuelle triangulaire. Une droite pourrait avoir sur le papier normalement la majorité, mais peut être privée d’une victoire par le maintien de candidats du Front National particulièrement dans les terres du sud-est qui peuvent envoyer au tapis toute une série de candidats de l’UMP. Ailleurs, ce sera plus difficile. C’est au travers de ce scénario qu’une cohabitation est possible. On peut se demander si dans ce contexte le président resterait. Je le pense. Il n’a envoyé aucun signal disant qu’il refuserait la cohabitation. Barre l’avait refusée, De Gaulle l’aurait évidemment refusée, Giscard avait dit qu’il ne la souhaitait pas mais l’accepterait, Chirac l’a appliquée. Je pense que Nicolas Sarkozy dans ce cas attendrait le moment venu d’une éventuelle crise pour pratiquer la dissolution.

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