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  • L’origine et l’avenir du monde… Que nous apprend la Science ?

    Le 25 Sep 2013 - Catégorie : Les Rencontres du CERA

    Compte rendu de la 60ème rencontre du CERA du vendredi 25 septembre 2013

    Aucun flocon de neige n’a jamais été (et ne sera jamais) identique à un autre… et pourtant ils ont tous la forme d’une étoile à six branches ! Pourquoi pas cinq ou sept ? Et pourquoi une marguerite peut-elle avoir cinq, huit ou treize pétales, et jamais dix ou onze ? Le monde qui nous entoure semble réglé, calculé, pensé. Mais par qui ? Ou par quoi ?
    Les lois physiques sont infiniment précises et l’Univers ne transige pas avec elles. Quelle est leur origine ? Les mathématiques nous permettent de les décrire, nous permettent-elles aussi de déchiffrer leur mystère ? S’agirait-il de la « Pensée de Dieu » évoquée par EINSTEIN lui-même ?
    Brisant les frontières entre physique et métaphysique, les frères BOGDANOV, nous rendent accessibles ces savoirs fondamentaux. Ils nous racontent la saga étonnante des plus grands chercheurs du XXème siècle dont les découvertes n’ont pas fini de bouleverser notre vision du Monde d’aujourd’hui et de demain… Parce que comprendre l’origine de l’univers c’est aussi trouver un sens à notre présence sur cette terre…

     

    Présentation des frères BOGDANOV par Patrick RABILLER

    Cher Igor et Grichka, ou cher Grichka et Igor, j’aurais deux titres à donner à cette petite chronique, « Après Dieu, sa vie, son oeuvre, les frères Bogdanov, leur vie, leur oeuvre », tant les choses sont immenses, de l’infiniment petit à l’infiniment grand.
    Mais plus prosaïquement, j’ai intitulé cette mini chronique « Étonnant ! » D’abord parce que le modeste professeur de mathématiques que je suis essaye d’apprendre aux jeunes que la première démarche scientifique consiste à s’étonner. Et puis, le croyant que je suis a scruté l’étymologie. Le mot miracle vient de la racine latine mirari qui signifie s’étonner.
    En présence de Jean STAUNE, nous avons le bonheur d’accueillir aujourd’hui Igor et Grichka.
    1° chapitre : leur vie. Il paraît qu’Igor est né 40 mn avant Grichka ! Ils sont nés en 1949. L’Autriche, la Russie, puis le Gers puisqu’ils y ont un château, à Sanary. Sur ce chapitre, je terminerai en citant Coluche : « Lequel des deux est les frères Bogdanov ? »
    2° chapitre : Parcours universitaire. Pour Igor, doctorat en physique théorique et Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales. Et pour Grichka, doctorat en mathématiques, IEP Science Po Paris, titulaire de la chaire de cosmologie à L’université Megatrend des sciences appliquées de Belgrade.
    3° chapitre : les médias. La télévision de 1979 à 87 : Temps X sur TF1. 2002 : L’odyssée du futur sur TF1, 2008 : Sciences X sur l’A2, 2009, toujours sur l’A2 : Science 2, 2010 à 2011 : A deux pas du futur, et peut-être Temps X junior à venir.
    Quant au chapitre 4, on pourrait y passer la soirée et la nuit en écoutant les frères Bogdanov.
    D’où l’on vient, où l’on va, qui sommes-nous, où allons-nous ? Pierre Dac a dit « Je suis moi, je viens de chez moi et j’y retourne ! »
    Pour terminer, je citerai Montaigne « La parole appartient à moitié à celui qui parle et à moitié à celui qui écoute ». Je laisse la parole à Igor et Grichka Bogdanov, « L’origine et l’avenir du monde, que nous apprend la science ? »

     

    Igor et Grichka BOGDANOV

    Nous sommes là aujourd’hui par un effet de rencontre, et les rencontres sont toujours déterminantes dans une trajectoire. Celle-ci a eu lieu avec Jean STAUNE qui est notre ambassadeur auprès de vous. Nous souhaitons partager avec vous tous notre goût de l’émerveillement, qui nous emmène parfois vers des frontières où l’on ne nous attend pas. Sans être friands de ces polémiques, nous ne les évitons pas. Dès l’instant où l’on passe vers des questions dites ultimes, nous créons forcément des réactions.

    Avant de continuer, nous voudrions ouvrir une parenthèse relative à la question du je et à notre gémellité en nous reportant au stade du miroir, stade nommé par Freud qui correspond à l’instant où tous les enfants âgés de quelques mois spéculent sur l’image que leur renvoie le miroir. Nous l’avons vécu d’une manière particulière. Qui est dans le miroir ? Cette épreuve optique et psychologique est différente pour nous car lorsque nous nous regardions tous les deux, notre image n’était pas retournée comme dans un miroir. La symétrie miroir était brisée et un autre soi-même apparaissait. Cette expérience a sans doute été à l’origine de notre quête pour savoir qui nous étions, en nous amenant à nous tourner vers le grand univers. Si le miroir était une révélation virtuelle, où se trouvait la vérité ? Nous avons donc eu envie de passer de l’autre côté du miroir, ce qui nous rappelle à tous Alice au pays des merveilles et nous ramènent à l’idée d’émerveillement et d’enfance qui nous est chère.

    La première question qui nous a été posée tout à l’heure, durant le déjeuner, est à la fois fascinante et difficile. « Vous nous parlez de ce qui a pu exister avant le big bang, je ne demande qu’à être surpris mais je ne suis pas du tout convaincu que quelque chose ait existé avant cette période ».

     

    Nous allons commencer par le commencement et vous allez constater que nous sommes bien au carrefour de deux grandes mouvances : le courant scientifique et le courant idéaliste ou spirituel.

    Qu’est-ce que le Big Bang ?
    De nombreux scientifiques, depuis les années 40, se sont penchés sur la question et se rejoignent. Le Big Bang, c’est quelque chose de très très mystérieux et relativement bien connu, qui s’est produit il y a 13 milliards et 820 millions d’années. Ce chiffre précis vient d’une observation récente réalisée grâce au satellite astronomique Planck lancé par des européens le 14 mai 2009. Ce satellite a exploré les limites de l’univers pendant 4 ans. Il faut prendre conscience qu’il regarde en même temps loin et très tôt dans l’histoire de l’univers puisqu’il est soumis, comme nous le sommes tous, à la limite de la vitesse de la lumière. Lorsque vous regardez le soleil, qui se trouve à 150 millions de km de la terre, vous le voyez tel qu’il était il y a 8 mn. Lorsque vous allez au bout de la galaxie, vous voyez l’univers tel qu’il était il y a environ 80 000 ans. Ce qui revient à dire que plus on observe loin, plus on observe tôt. Par conséquent, lorsque l’on va chercher l’horizon, on tombe sur la toute première lumière émise il y a juste 379 000 ans après le Big Bang. C’est environ le temps qui nous sépare de l’homme de Cro-Magnon, ce n’est pas si loin. A cette époque, une espèce de bouillonnement de photons primordiaux s’est produit.

    Je vous encourage à mener dès ce soir l’expérience suivante : vous mettez votre téléviseur hors piste, c’est-à-dire hors chaîne. Vous observerez ce qu’on appelle la neige, des petits points qui scintillent sur l’écran. Sachez qu’environ 10% de ces points sont des photons qui viennent de cet écho lointain de l’univers. C’est ce même flot de photons que deux jeunes Américains PENZIAS et WILSON, ont observé en 1965. Ils étaient là pour calibrer le rapport entre la terre et un satellite, qui s’appelait Tell star, dont on a beaucoup parlé dans les années 60. Il s’agissait du premier satellite chargé de relayer la télévision dans le monde entier. Tout à coup, ils ont entendu un bruit bizarre. Ils ont d’abord pensé à un problème de pollution atmosphérique qui pouvait venir de la petite ville qui se trouvait à proximité, puis ils ont pensé à un nid de pigeons. Ce n’était pas ça. Rien ne pouvait stopper ce bruit car il ne venait pas de la terre. Après de nombreuses recherches, ils se sont aperçus que ce bruit ne venait pas on plus de la galaxie mais de plus loin. Il s’agissait tout simplement de l’écho du Big Bang. La nouvelle de la découverte du Big Bang a fait en quelques jours le tour de la terre. On a entendu l’écho de l’origine du monde ! En 1978, ils vont recevoir le prix Nobel pour cette extraordinaire découverte. WILSON a d’ailleurs rapporté ces faits de manière assez précise dans la préface d’un livre que nous avons écrit tous les deux, qui s’appelle « Le visage de Dieu ». Cette expression n’est pas de nous mais d’un grand physicien théoricien et expérimentaliste, George SMOOT, qui a eu le prix Nobel en 2006 pour avoir photographié cette première lumière, cet extraordinaire phénomène, en 1992. Grâce à lui, on contemple le visage du bébé univers puisqu’il a à peine 380 000 ans ! On y voit d’autre part des détails, dont l’image d’un ordre, l’image d’une harmonie qui n’est pas liée au hasard. D’ailleurs on mène toutes sortes d’analyses à cette époque, que l’on confie notamment à un grand mathématicien russe, KOLMOGOROV, qui parle de l’expression d’une complexité qui ne doit rien au hasard. C’est la raison pour laquelle en avril 1992, lorsque George SMOOT présente ses photos, il est si ému de ce qu’il voit qu’il dit avoir l’impression de voir le visage de Dieu. L’expression lui vaut quelques ennuis de la part de la communauté scientifique mais fait fortune en faisant le tour du monde.

    Nous en sommes donc en l’an 379 000 après le Big Bang. L’univers est constitué d’un flot de photons qui s’échappent de l’univers primordial et voyagent jusqu’à nous. Il n’existe à cette époque pas la moindre trace de matière organisée. Il n’y a pas de planètes, pas d’étoiles, pas de galaxies, ou quoi que ce soit. Il n’y a qu’un plasma chaud, un peu comparable à un gaz, dont la température s’élève à 3000°. Ce gaz contient essentiellement des atomes d’hydrogène et autres éléments légers. Pour bien comprendre ce qui se passe, je reviens sur quelques fondamentaux. La formule de l’eau est CH2O, ce qui signifie qu’elle contient de l’hydrogène, très largement présent dans l’univers. Cet atome d’hydrogène est extrêmement simple puisqu’il est juste constitué d’un proton et d’un électron qui tourne autour. Il est constitué par quelque chose qui est 1835 fois plus lourd que l’électron qui tourne autour. Ce qui est déjà un miracle car s’il avait été 1837 fois plus lourd, l’électron ne pourrait pas graviter, et s’il avait été 1833 fois plus lourd, l’électron se serait échappé.

    Dans le même ordre d’idées, lorsque WIEDEMANN découvre la constante de structure fine qui régit la force électromagnétique assurant la cohérence des atomes et des molécules, il observe le fabuleux réglage qui soumet la réalité à ce qu’elle est. WIEDEMANN déclare alors « C’est comme si elle avait été tracée de la main même de Dieu ». Ce sont les mots d’un grand chercheur qui a reçu un prix Nobel !

    Tous les noyaux d’atomes d’hydrogène sont apparus dans les 60 premières secondes de vie de l’univers. Nous avons le secret de fabrication de la première lumière ! En l’an 379 000, la température atteint un niveau extrêmement élevé, des milliards de milliards de degrés, ce qui permet au four cosmique de donner lieu à ces 60 secondes. Après quoi la température chute au-dessous d’un seuil critique. La fabrication du moindre noyau d’atome d’hydrogène n’est alors plus possible. Les photons perturbent tout en dansant alors autour des noyaux, ce qui éjecte les électrons en permanence dans ce bain dont la température s’élève encore à des milliards de degrés. Lorsque celle-ci descend en dessous de 3000°, il se passe alors un phénomène naturel. L’environnement est alors suffisamment froid pour que les photons cessent de s’agiter et cessent d’éjecter les électrons qui se mettent en rotation et finissent par s’accoupler aux protons. Les premiers atomes d’hydrogène se constituent alors, alors que jusqu’à présent, il n’existait que des noyaux d’atomes d’hydrogène. Et c’est la liberté pour les photons qui vont venir jusqu’à nous, puisque figurez-vous qu’ils flottent en ce moment même dans cette pièce. Les choses sont donc très précises, comme dictées par un dessein. Il a fallu 60 secondes pour fabriquer des noyaux, 379 000 ans pour fabriquer des atomes.

    Mais revenons à ce moment si mystérieux qui est celui du Big Bang.
    Je voudrais à ce sujet ouvrir une parenthèse. Vous savez que l’univers est en expansion. Depuis le début de notre rencontre, il y a environ une heure, il s’est agrandi de milliards de m3. Il s’échappe hors de lui-même à toute vitesse, avec une accélération qu’on appelle l’énergie noire. Si on rembobine ce film à l’envers, on se retrouve avec un univers de plus en plus petit. Lors de ses premières secondes, l’univers avait la taille de l’amphithéâtre dans lequel nous nous trouvons. A la première seconde, l’univers avait la taille d’une pomme. Endessous, on tombe à la taille d’un petit pois, puis une tête d’épingle, une petite particule élémentaire de plus en plus petite. C’est vertigineux, imaginez cette petite chose minuscule dotée d’une énergie absolument colossale. Son poids a été calculé, cette particule pèse 20 microgrammes. Au moment caractéristique du Big Bang, à 10-43 secondes, c’est le temps de Planck, l’univers n’était pas plus grand qu’une particule elle-même des milliards de fois plus petite que le noyau de l’atome d’hydrogène dont j’ai parlé tout à l’heure.

    C’est EINSTEIN qui est en mesure de nous donner la clé avec la théorie de la relativité et la fameuse théorie E=MC2, E désignant l’énergie et M la masse, ou matière, comme vous voulez. A cette époque, l’univers est tout petit, il ne pèse que 20 microgrammes parce qu’il a une énergie colossale. D’ailleurs, quand on regarde Big Bang dans le dictionnaire, on trouve la définition suivante « Déferlement d’énergie dans le vide primordial ». Toutes les grandes lois physiques que nous connaissons bien sont déjà à l’oeuvre. On observe déjà les grandes constantes comme la constante de Planck, la constante de structure fine, la théorie des groupes, la vitesse de la lumière,…

    Deux grandes questions se posent évidemment. D’où vient cette énergie ? Et comment se fait-il que cette énergie se libère de manière si organisée qu’elle peut ordonner en 60 secondes tous les éléments fondamentaux de l’univers ?

    Nous avons posé ces questions en 1990 dans le livre « Dieu et la science » que nous avons écrit avec ce philosophe immense qu’était Jean GUITTON, héritier de BERGSON, lui-même héritier d’EINSTEIN. A propos de ce dernier, nous ouvrons de nouveau une petite parenthèse. En 1922, date à laquelle EINSTEIN a reçu le prix Nobel de Physique, il était professeur à l’université de Berlin. Un jour, l’une de ses étudiantes, Esther SALAMAN, lui demande ce qu’il cherche dans ses équations. Il lui répond « Je ne suis pas intéressé par les détails de la matière, ce que je veux comprendre, c’est comment Dieu a créé l’univers. Ce que je veux connaître, c’est la pensée de Dieu ». D’où le titre de notre ouvrage.

    En 1922, EINSTEIN commence à être invité un petit peu partout. Cependant, la France lui oppose une certaine résistance. Paul LANGEVIN, son ami de toujours, compagnon de Marie CURIE, lui propose de venir parler à l’Académie des Sciences. Mais l’Académie menace de quitter la salle si EINSTEIN intervient dans ses murs. LANGEVIN, désolé devant cette hostilité, a une autre idée. Il organise une sorte de face à face entre EINSTEIN et BERGSON au Collège de France. BERGSON qui était le maître à penser de Jean GUITTON.

    Lorsque ce dernier nous demande « Mais finalement, d’où vient cette extraordinaire énergie révélée dans le Big Bang ? », nous sommes pris de cours et nous tournons vers les plus grands scientifiques de l’époque, européens et américains. Avec une sorte de condescendance aimable, ils nous répondent que la question de savoir ce qui s’est passé avant le Big Bang est absurde et non avenue.

    Devant cette réaction, nous décidons de nous inscrire en thèse de doctorat et commençons une longue traversée. Nous suivons des cours de physique pendant 2 ans, puis en 1993, un grand mathématicien, Moshé FLATO, nous accueille dans son laboratoire de physique mathématiques. (En 1999, Grichka soutient sa thèse de mathématiques devant un jury de l’Ecole Polytechnique, Igor la soutient en 2000).

    De ces 10 années d’études, nous retirons un début de réponse à la question de savoir s’il existait quelque chose avant le Big Bang. Il s’avère qu’il existait effectivement quelque chose, de très différent de ce que l’on peut imaginer puisque cette chose ne relève ni de la matière, ni de l’énergie, ni du temps, les 3 composantes de l’espace/temps. Le temps est une donnée fondamentale de toute la physique, qui a pour variable conjuguée l’énergie. Autrement dit, sans temps, il n’y a pas d’énergie. Prenez par exemple une bougie. En se consumant, elle échange de l’énergie contre du temps, ou plutôt, elle libère de l’énergie dans le temps. Si vous restreignez l’intensité de la flamme, la bougie va brûler plus longtemps. Il existe donc un couplage étroit entre temps et énergie. Ce que nous avons découvert, c’est que ce lien est brisé, le temps cesse d’exister lorsqu’on dépasse le mur de Planck. Il est remplacé par autre chose, un autre temps que les mathématiciens connaissent depuis très longtemps, qu’on appelle le temps imaginaire. C’est POINCARRE qui a, le premier, compris la nature profonde de ce temps. Notre question était alors « Si le temps réel a pour variable conjuguée l’énergie, quelle est la variable couplée au temps imaginaire ? » Il s’agit de l’information.

    Ce que vous devez bien comprendre, c’est que l’on quitte ce que les physiciens appellent la métrique d’espace temps lorsque l’on passe le mur de Planck. On remonte alors le processus à l’envers en remplaçant le temps réel par le temps imaginaire. Ce temps n’a pas de durée, il ne distribue pas les événements du passé vers le futur. Vous allez comprendre ces notions avec un exemple qui vous est familier. Vous regardez un film en DVD, au moment où vous le glissez dans votre lecteur, vous l’introduisez dans le monde de l’énergie. En le regardant, vous êtes dans le temps actuel qui répond aux règles de notre métrique. Une fois que le film est terminé, vous l’éjectez de l’appareil. Le film existe toujours mais hors du monde de l’énergie puisque l’électricité est coupée. Il existe dans le temps imaginaire. L’information du film existe mais gravée sur un support numérique, hors de notre temps.

    Pour revenir à notre sujet, il existe une information qui précède le Big Bang. Celle-ci est faite d’entités mathématiques, de nombres purs, de grandes constantes cosmologiques qui règlent le scénario cosmique. Avant le Big Bang, on peut dire que les informations sont gravées sur le DVD cosmique qui distribue de façon extrêmement rigoureuse le scénario à venir.

    Nous vous proposons maintenant une nouvelle expérience. Prenez une feuille de papier et tracez aussi précisément que possible un cercle. Le rapport entre la longueur de la circonférence et celle du diamètre correspond au nombre Pi. Il est situé entre 3 et 4 sur la barre des nombres réels qui partent de 0 pour aller vers l’infini : 3,141592 etc. Il existe 3 aspects extraordinaires dans ce nombre. C’est d’abord un nombre dit « transcendant » par les mathématiciens, qui va à l’infini. Aujourd’hui, il existe 10 000 milliards de décimales connues à ce chiffre. Il en existait 707 avant 1950… Les algorithmes sont des formules qui permettent de calculer ce nombre de plus en plus exactement. Ce qui signifie que ce nombre ne se déroule pas au hasard. Mais d’où vient ce nombre pensé exactement jusqu’à l’infini ? Cette question nous ramène à celle du grand scénario cosmologique et à POINCARRE qui affirmait que l’univers n’est jamais hors la loi !
    En 1940, un grand mathématicien américain de notre époque, John VON NEUMANN écrit, après avoir longuement réfléchi sur le hasard « Décidément, le hasard est décidé. » Les nombreux phénomènes dont nous parlons ici relève d’un ordre qui s’apparente à un pseudo hasard.

    Nous allons maintenant vous livrer une formule qui illustre parfaitement cet anti hasard. Elle a été découverte par EULER au XVIII° siècle, 200 ans avant la découverte d’E=MC2. Il s’agit d’eixπ+1=0. C’est une formule extraordinairement simple qui veut dire que 0 contient l’infini. Vous avez, réunies dans une seule formule, les 5 grandes constantes sur lesquelles repose l’univers : « e » c’est l’expansion, « i » c’est le monde et le temps imaginaires, « π » est le témoin de l’avant Big Bang, « 1 » constitue la base. 0 et 1 constituant la base du binaire.

    Pour conclure, puisque nous devons tenir compte du temps réel, nous pouvons risquer une simple métaphore. J’ai parlé du DVD cosmique, qui est une pensée mathématique. Ce qui a fait dire à DIRAC que Dieu était peut-être le plus grand mathématicien. GALILEE avait dit que la nature est écrite en langage mathématique. En 1936, EINSTEIN, abordé par un enfant qui lui demande « Maître, est-ce que vous croyez en Dieu ?», lui envoie un courrier quelques jours plus tard qui contient cette formule « Tous ceux qui sont sérieusement impliqués dans la science finiront par comprendre un jour qu’un esprit se manifeste dans les lois de l’univers. Un esprit immensément supérieur à celui de l’homme ».

    Par ailleurs, James JEAN, un physicien et mathématicien britannique très rebelle à la religion s’est converti et à déclaré « L’univers n’est pas, contrairement à ce que je pensais, une grande machine mais une vaste pensée ».

    Nous allons terminer en évoquant Kurt GÖDEL, logicien et mathématicien austro-américain. Dans les années 30, il a environ 24 ans. Il publie dans une revue mathématique un théorème qui s’appelle le théorème d’incomplétude, qui démontre que tout système logique est nécessairement incomplet. Ce qui signifie que la cause qui a engendré le système se trouve à l’extérieur de lui, et s’avère donc différente de lui. L’univers est un système logique, donc nécessairement incomplet, dont la cause est extérieure. Puisqu’il est matériel et temporel, sa cause est immatérielle et atemporelle. EINSTEIN était plein d’admiration pour GÖDEL. Ils se sont côtoyés pendant de longues années à l’université de Princeton. EINSTEIN disait qu’il y avait dans ce théorème la preuve de l’existence de Dieu.

    On ne va pas l’appeler Dieu mais quand on fait de la science, on doit remonter la chaîne causale. Or la régression infinie n’existe pas en mathématique. On remonte toujours à une cause. Ici, nous ne disposons pas de la cause mais l’on perçoir son reflet. PLATON, lorsqu’il nous parle du reflet de la réalité, nous dit que le temps est l’image mobile de l’éternité immobile. Il nous parle ainsi du temps imaginaire. Lorsque nous sommes face à ces équations qui nous montrent un chemin, nous savons que nous sommes très loin du but mais il y a quelque chose ou quelqu’un. Un physicien français, BIZET, disait « Quand j’observe les grandes constances de l’univers, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y a derrière quelqu’un de très très très très intelligent ». Pas question de le connaître mais se poser ces questions permet de percevoir une ombre de réponse.

     

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    Extraits des questions-réponses :

    Vous avez affirmé et fort bien démontré que rien n’est dû au hasard, en témoigne le DVD cosmique. Mais alors, comment expliquer que la main du Dieu créateur donne naissance à des enfants handicapés ?

    C’est en effet une question profonde. Pourquoi la souffrance, pourquoi l’arbitraire qui frappe certains et pas d’autres ? Comment un créateur peut-il permettre ça ?
    Il y a deux façons de répondre.
    EINSTEIN se posait la question de savoir si Dieu avait le choix lorsqu’il a créé l’univers. Il a conclu par la négative.
    L’autre façon de répondre fait intervenir le hasard qui surgit et frappe parfois très durement. Si on se pose la même question qu’EINSTEIN, on aboutit à la même réponse. On peut évoquer la très grande proximité qui existe entre le hasard et la liberté. Quand on dit « c’était écrit », en fait, ce qui est écrit n’est pas ce que l’on fait mais la liberté de le faire. On peut alors comprendre que le retournement du destin contre soi ou contre ceux qu’on aime est l’une des expressions de ce que l’on appelle en physique des degrés de liberté, qui font que l’homme est libre.

     

    A propos de liberté justement, dans cet univers qui n’est pas hors la loi, dans ce grand scénario cosmique, que devient notre libre arbitre, des notions comme bon, mauvais, bien ou mal ?

    Nous pouvons sans doute trouver des éléments de réponse à travers le nombre Pi, qui se déroule apparemment par hasard alors qu’une structure mathématique profonde le régit. Si l’on prend appui sur ce nombre, le « tout écrit » apparaît à notre échelle et dans nos vies sous la forme d’événements qui ont l’air imprévisibles. Ce qui est décidé nous apparaît sous la forme du hasard. Nous sommes prisonniers de cette illusion qui consiste à attribuer au hasard des événements qui, en profondeur, reposent sur des variables cachées.

     

    Quid du bien et du mal et de la morale ?

    Il y a deux niveaux de réponses.
    Nous sentons bien que nous sommes individuellement responsables de nos actes, que nous sommes dans la liberté de choisir ce que l’on fait.
    Ce libre choix s’intègre pourtant dans quelque chose de beaucoup plus vaste, qui s’appelle le niveau global. Peut-être que nous avons localement la liberté de choisir, que localement aussi il y a aussi des coups du sort qui nous emmènent vers le bien ou le mal. Mais globalement, les choses ne se passent pas du tout de cette manière. Elles sont pourrait-on dire inscrites puisque l’univers est très implacablement réglé. D’un côté nous sommes libres puisque nous vivons dans l’espace/temps, mais par ailleurs notre univers est administré par quelque chose qui est inscrit dans la durée.

     

    Si tout est décidé, si le hasard n’existe pas, l’homme peut-il dérégler ces lois par son action ?

    Il ne peut pas dérégler les lois mais la manière dont nous les interprétons. Notre liberté d’agir se moule dans des contraintes que nous ne vivons pas tous de la même manière. Donc il y a une sorte de faculté individuelle de s’interroger devant les lois et de se déplacer dans ce concert contraignant de lois. On peut choisir un certain nombre d’itinéraires mais pas à l’infini. Cette réponse n’enlève rien à ce que j’ai dit tout à l’heure. L’univers est profondément réglé par des déterminants qui ne se trouvent pas dans l’espace/temps. Et nous sommes nous-mêmes réglés par ces lois dont l’origine nous échappe. Nous pouvons déconstruire des choses qui ne fonctionnement pas et construire d’autre chose pour améliorer l’existant. Ce qui signifie qu’on ne peut pas changer les lois mais modifier la façon dont elles s’appliquent à nous.

     

    Donc nous avons la liberté de détruire notre planète !

    En effet, ça s’est malheureusement produit dans le cours de l’histoire. Cette capacité s’appuie sur cette liberté locale dont je parlais tout à l’heure. Quand on pense à l’horreur déchaînée par un petit groupe d’hommes menés par un chef charismatique, on parle de ces quelques degrés de liberté.
    Mais on peut parler également de la lutte qui oppose les hommes de bien et les hommes de mal. Quand on aborde des thèmes si généraux, on peut faire appel à la philosophie et à l’éthique. Quand on lit les philosophes, qui après SPINOZA ont été amenés à travailler ce corps de pensées et de prédicats qui entraînent une réflexion morale puis leur application dans ce qu’on appelle le droit, on en arrive à une révélation assez frappante, c’est que le bien l’emporte toujours sur le mal.

     

    Vous nous avez parlé du passé, qu’en est-il du futur de notre système ?

    Le scénario est très connu puisque l’on sait que le soleil a commencé sa vie il y a 5 milliards d’années, qu’il consomme à chaque instant des quantités phénoménales d’hydrogène. Ces réserves seront épuisées dans un certain nombre d’années. Cette mort prévisible va entraîner la disparition du système solaire. Le soleil va augmenter, engober et brûler la terre, au-delà de l’orbite de Mars. Les seuls endroits qui seront à peu près habitable seront des planètes géantes, satellites de Jupiter.
    Au bout de quelques millions d’années, le soleil ayant épuisé ses réserves va se contracter sur lui-même et devenir un tout petit résidu de matière stellaire. Cette perspective paraît terriblement déprimante mais il ne faut pas penser que tout va s’arrêter à ce moment-là. Ce n’est pas parce que j’éteins la lumière dans cette pièce que plus rien n’existe. Toutes les étoiles vont s’éteindre mais ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Il faut se poser la question de savoir ce que tout ça va devenir une fois le soleil éteint. Après un temps très long, des milliards et des milliards d’années, cette matière va finir par s’évaporer. C’est la physique des trous noirs qui nous l’a appris. Le principe de la relativité nous permet de comprendre que le temps propre d’un système redevient imaginaire lorsque celui-ci s’arrête. Comme si l’on était passé dans l’ailleurs. Une fois que toute la matière de l’univers se sera dissipée dans une sorte de fumée, il restera quelque chose. On le sait depuis les années 1990. L’information survit. Si je jette mon portable, c’est ennuyeux pour moi bien sûr mais ça ne veut pas dire que toute l’information qu’il contient disparaît totalement. Stephen HAWKING, le célèbre physicien, dit que s’il jette un livre dans un trou noir, sa matière va être littéralement broyée mais son contenu est éternel. Tout ce qui a fait l’aventure cosmique, dont nous faisons partie, tout ce qui a participé à l’élaboration de l’univers ne disparaîtra pas et sera peut-être à l’origine d’un nouveau Big Bang, nous n’en savons rien. L’univers, en évoluant, devient de plus en plus complexe selon l’expression d’Hubert REEVES. C’est-àdire qu’il devient de plus en plus informé. L’infosphère occupe une place croissante. Posezvous la question de savoir si la France d’aujourd’hui est plus informée qu’elle ne l’était en 1940. Bien sûr que oui ! A sa naissance, l’univers n’était pour ainsi dire qu’énergie puis il a gagné en information. C’est la loi de l’entropie qui veut qu’en perdant de l’énergie, un système gagne de l’information. Quand nous aurons perdu toute énergie, nous aurons gagné un maximum d’informations et passerons dans le temps imaginaire.

     

    A ce propos, comment expliquer le passage de l’information immatérielle à l’information matérielle ?

    C’est justement la théorie de l’information qui donne un début d’explication à ce mystère. Cette théorie est née vers la fin des années 40. Il y a un grand mathématicien américain, SHANNON, qui réfléchit aux travaux d’un autre grand mathématicien qui s’appelait TURING, à l’origine de l’intelligence artificielle et d’un certain nombre de programmes qu’on appelle des logiciels. C’est lui qui crée le mot « informatique ». SHANNON donne à ces nouvelles découvertes le nom de théorie de l’information. Derrière SHANNON il y a un élève qui s’appelle Rolf LANDAUER, d’origine allemande. A la pointe de l’application mathématique de ces travaux, il est récupéré par IBM. Pour la petite histoire, en 1914, un certain WATSON qui ne savait pas quoi faire de son argent décide de racheter une petite boutique de machines à écrire qu’il baptise International Business Machines (IBM). Il a l’idée d’ajouter de l’information à la machine à écrire traditionnelle. En 1965, LANDAUER découvre un principe confirmé en 2012 : toute dissipation d’énergie calorifique se traduit par une destruction d’informations. Autrement dit, on assiste à une conversion de l’information en énergie. Ce principe rapporté à l’univers nous donne un début de compréhension de ce qui s’est passé.

     

    Quand je vous écoute et quand je vous lis sur ces questions de l’information qui se transforme, je fais certains rapprochements avec d’autres recherches. Par exemple, quand il y a dilution d’une grande quantité d’un principe actif. Plus il y a d’eau, plus le principe actif est important. L’information est sous-jacente à ce phénomène. En vous écoutant, je ressens le même principe. Avez-vous déjà travaillé sur ce genre de rapprochement ?

    Cette question fait partie des phénomènes observés encore un peu mystérieux. Ce sont des questions un peu frontalières, même si les chercheurs, de parts et d’autres, n’y sont pas tous réceptifs. Je pense par exemple au Professeur MONTAGNIE qui n’a pas été soutenu à la même hauteur par tous au sujet de certains dispositifs expérimentaux liés à l’homéopathie. Les effets sont constatés par chacun d’entre nous de manière empirique mais le corps médical orthodoxe les réfute. Je ne veux pas faire de procès à ce dernier, c’est une façon de voir les choses. Mais il y a un complémentaire, comme on dit en mathématiques, qui va chercher du côté d’autres protocoles théoriques. Ces derniers fournissent des chemins de compréhension à des schémas incompréhensibles autrement. On ne peut pas comprendre ni même admettre quand on est ingénieur ce phénomène étrange qui caractérise la portée d’un principe extrêmement dilué.
    Ce qui est très intéressant, c’est d’approfondir la réflexion que certains physiciens développent autour de ce que l’on appelle des attracteurs étranges. Ce sont des structures abstraites qui déterminent et permettent de prévoir le comportement de systèmes chaotiques. On tente par exemple de prédire le comportement d’une fumée de cigarette. La fumée est-elle orientée par les simples mouvements de l’air dans la pièce ou y a-t-il autre chose ? Il semblerait qu’il y ait autre chose, une sorte de structure géométrique, appelée attracteur étrange, qui va contraindre le mouvement en apparence aléatoire d’une fumée de cigarette ou d’un front atmosphérique. Ce qui signifie qu’au-delà de la réalité physique, il existe des structures mathématiques profondes que nous ne sommes pas en mesure d’identifier mais qu’aujourd’hui, nous entrevoyons.

     

    Sur le transfert du message dans l’eau, de magnifiques travaux ont été effectués par un japonais, Masaru EMOTO. Dans l’une de ses expériences, il prend du riz qu’il fait cuire et conserve dans deux récipients qui portent chacun une étiquette différente. Sur l’une figure une injure, sur l’autre le mot « amour ». J’ai moi-même tenté cette expérience et constaté ce phénomène stupéfiant : le riz contenu dans le bol sur lequel figurait le mot « amour » était intact, l’autre était moisi. L’eau avait, semblerait-il, enregistré la mémoire des termes. Que pensez-vous de ça ?

    Votre témoignage donne envie de mener l’expérience !
    Ces structures géométriques nous nous venons de parler sont assez mystérieuses. Dans l’espace/temps, tout est une question de localisation, d’énergie et d’échelles. Les phénomènes différent selon qu’on les observe au degré du mètre ou celui du micron. C’est le temps réel qui fracture les choses ainsi. Cette variable que l’on appelle le temps permet de distinguer les événements les uns des autres. Chaque point de l’espace/temps est différent car ils relèvent chacun d’une échelle propre. Si on sort de l’espace/temps, on bascule dans l’ailleurs, c’est-à-dire dans le temps imaginaire où toutes les notions d’échelles ont disparu et où l’énergie est remplacée par l’information.
    Il y a des êtres mathématiques qui gouvernent des choses qui nous échappent. Certains de ces êtres ont été mis en évidence dans des phénomènes très simples. Par exemple lorsque l’on fait bouillir de l’eau avec une goutte d’huile à la surface, on voit apparaître des structures qui s’apparentent à des polygones qui ressemblent à des nids d’abeilles. Les scientifiques ont appelé cela des structures dissipatives. Cette propriété entraîne la mise en évidences des structures sous-jacentes. Dans ces phénomènes de dilution extrêmes, il y a des opérateurs mathématiques. Si on les considère dans leur nature d’êtres géométriques, on doit considérer qu’ils sont indépendants du temps. S’ils sont indépendants du temps, ils sont indépendants de toute échelle. Il faut admettre qu’ils ont dissipé leur énergie pour nous donner de l’information.
    Lorsque LORENTZ a effectué la première modélisation de l’un de ces attracteurs, il a travaillé sur le comportement d’une masse d’air. Il a mis en évidence la forme géométrique de ce que l’on appelle un papillon. Il s’agit de courbes constituées par des points qui ne se recoupent jamais. Quelle que soit l’échelle à travers laquelle on observe le phénomène, la structure géométrique demeure identique. La même information est transportée à des échelles différentes.

     

    Est-ce un être mathématique qui a mis en route le DVD cosmique, et pourquoi avoir appuyé sur le bouton « démarrer » ? Est-ce Dieu qui a déclenché le Big Bang ?

    C’est la question profonde à laquelle les scientifiques en général évitent de se confronter directement tant elle est immense. On risquerait de les prendre pour les tenants d’une nouvelle forme de religion ou d’une illumination au mauvais sens du terme.
    On peut toutefois limiter les risques en disant d’abord qu’on constate son existence. Quand les physiciens sont assez audacieux, ils vont même un peu plus loin en se demandant d’où viennent ces lois. Question que POINCARRE s’était posé. On peut déjà affirmer qu’elles ne sont pas humaines. Est-ce le hasard ? Dans ce cas, il existerait une multitude d’univers et nous aurions tiré le gros lot ! Ou l’on peut suivre GÖDEL et les spiritualistes en évoquant Dieu. Le dieu de la science lui ressemble étrangement.

     

    Est-on sûr aujourd’hui qu’il n’existe qu’un univers ?

    Cette hypothèse est détruite par les mathématiques. Parce que s’il y avait plusieurs univers, il y aurait plusieurs entropies.

     

    Le Big Bang n’est-il pas contesté par plusieurs scientifiques ?

    Il l’a été, même par les plus grands, mais aujourd’hui, il n’est pour ainsi dire plus mis en question. Il fait partie des théories particulièrement robustes puisqu’il a été confirmé par l’observation. Trois piliers le soutiennent, d’abord la formation des éléments légers dont nous avons parlé tout à l’heure, cette nucléation primordiale a été prédite par GAMOW dans un article paru en 1948, elle a ensuite été observée, le 2° pilier, c’est l’expansion de l’univers avec HUBBLE, le 3°, c’est l’écho du Big Bang avec le prix Nobel décerné à PENZIAS et WILSON.

     

    L’expérience des neutrinos a-t-elle remis en cause la formule E=MC2 ?

    Absolument pas. Ce qui s’est passé me paraît grave. Un groupe de scientifiques à déclaré l’année dernière qu’on avait violé le mur de la lumière en observant des neutrinos qui allaient plus vite que les photons. Aucun corps n’a jamais franchi la vitesse de la lumière. C’est une supercherie totale dans laquelle ont sombré des scientifiques trompés par une erreur de mesure assez magistrale.

     

    Quelles raisons peuvent pousser des intellectuels, philosophes, mathématiciens, astronomes, qui disposent des mêmes données que vous, à refuser de voir le visage de Dieu dans l’origine et l’évolution de l’univers ?

    C’est en effet quelque chose de très mystérieux. On peut y répondre par une pensée développée par un très grand philosophe du XIX° siècle, BERGSON. Tout jeune, il s’est posé la question « Pourquoi refuser l’idée d’un principe créateur ? » Il y répond de manière profonde et lapidaire « L’évidence n’est jamais visible. »
    Quand nous nous sommes trouvés confrontés à cette question de l’énergie de l’origine du Big Bang, il nous est effectivement apparu comme une évidence que la matière était née à ce moment. Il était donc évident qu’il existait autre chose avant. Le Big Bang, du point de vue de l’échelle, a été mesuré par le temps de Planck qui est de 10-43 secondes. L’univers était très petit mais son échelle n’était pas nulle. Cette particule existait à un temps qui n’était pas égal à 0. Alors on peut se poser la question d’où vient cette particule ?
    Certains sont capables de se poser cette question, peut-être parce qu’ils ont un regard plus naïf. Comme disait PICASSO, on met du temps à devenir un enfant.
    Il n’est pas question d’évacuer la question immense de l’origine.
    EINSTEIN, qui avait gardé un regard émerveillé, disait « Ceux qui doutent d’un esprit à l’oeuvre dans l’univers douteront de tout, y compris de leur propre existence ».

     

    Quel est votre point de vue sur les énergies renouvelables favorables à la planète ?

    Nous sommes très attentifs à ce qui peut créer des conditions de renouvellement. Même si la présence d’énergie produit forcément du désordre, on peut limiter celui-ci. Les énergies renouvelables font partie de ce réservoir très important.

     

    Que voulez-vous transmettre exactement au travers de vos conférences et vos livres à un public non averti ?

    C’est une magnifique question. D’abord le goût de l’émerveillement, qui transforme le regard que l’on a sur soi et sur les autres, qui rend tolérant, gentil et humble.
    Nous essayons aussi de transmettre le sens du goût métaphysique. Nous vivons dans un monde physique décrit par les mathématiques, la physique, la science, mais au-delà, il y a un horizon vers lequel nous devons cheminer.
    Nous éprouvons un sentiment de bonheur de se trouver dans le cosmos, sentiment qu’a éprouvé PASCAL lorsqu’il dit « Perdu entre deux infinis, le rien et le tout, l’homme est un ange qui se souvient des cieux ». Nous sommes tous à égalité devant le savoir, reliés par quelque chose d’invisible, la connaissance. Nous sommes ainsi portés par un immense ballet qui nous porte bien au-delà d’ici, qui unit ceux qui nous ont précédés et ceux qui vont nous succéder, ainsi celui qui a créé tout cela. Faire passer aussi l’idée de transcendance, nous ne sommes pas seuls. Et enfin au-delà des messages d’amour, nous souhaitons faire passer des messages d’humour, permettent de prendre de la distance. On dit d’ailleurs que Dieu préfère quelqu’un qui fait des petits péchés en riant plutôt que quelqu’un de très sérieux qui soit dans la lignée !

    Compte-rendu réalisé par Laurence CRESPEL TAUDIERE
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