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  • Marc Halevy : « L’usine est dans le pré en Grande Vendée…Forces et faiblesses pour demain »

    Le 24 Sep 2018 - Catégorie : Les Rencontres du CERA

    Compte-rendu de la 85° rencontre du CERA du vendredi 25 mai 2018 : Marc Halévy

    « L’usine est dans le pré en Grande Vendée…Forces et faiblesses pour demain »

    Accueil par Jean-Michel Mousset :

    Franco-américain-israélien, il a fait ses études à l’Ecole Polytechnique de Bruxelles avec une spécialisation en physique nucléaire, il a été l’élève d’Ilya Prigogine, prix Nobel de chimie, auprès de qui il a appris la physique des systèmes complexes. Devenu le spécialiste de la complexité, il élabore des théories et des méthodes relatives aux systèmes complexes et les applique aux sociétés humaines, à nos systèmes socio-économiques, depuis 40 ans. Il a également étudié la philosophie et l’histoire des religions. Il a été aussi manager de crises en entreprises. C’est donc un homme à la fois de recherches et de terrain. Il a écrit des dizaines de livres. Expert APM et expert GERME, Marc Halévy se définit lui-même comme un physicien de la complexité et un philosophe de la spiritualité.
    Marc Halévy : Nous vivons une bifurcation, ça vous dit quelque chose ? Voilà de quoi il s’agit. Je suppose qu’il y en a parmi vous qui ont des enfants. A ceux-là je demande un effort mental. Rappelez-vous du moment de la naissance de votre 1° enfant. Ce jour-là, vous avez pris conscience d’une chose fondamentale : il y avait eu la vie avant et il y aura la vie après et ce n’est pas la même. C’est cela une bifurcation. C’est un changement de vie. De manière plus large, quand on parle d’un système humain, on parle d’un paradigme, c’est-à-dire d’une nouvelle logique de fonctionnement à un moment donné. Les paradigmes se croisent, quand il y en a un qui décline, un autre nait. A ce moment-là, il se passe quelque chose de turbulent. C’est un changement qui ne se voit pas immédiatement.

    C’est ce que l’on va essayer de voir maintenant : comprendre que l’on est en plein dans une bifurcation. Les historiens nous disent qu’il y en a une tous les 150 ans en moyenne. La dernière se situe à la Renaissance. La Renaissance a été une bifurcation colossale. On a quitté la féodalité pour entrer dans la modernité, on a quitté une politique dispersée pour entrer dans un Etat centralisé, on a quitté une économie de type local pour entrer dans une économie marchande. Tout cela a changé en relativement peu de temps. Il est intéressant de constater que toutes les institutions de pouvoir qui aujourd’hui veulent garantir la pérennité du paradigme moderne dans lequel nous sommes encore, sont apparues entre 1500 et 1550. Je veux parler de l’Etat central, des bourses, des banques, des universités, etc. Ces institutions sont toujours aux manettes de la gouvernance mais elles sont dans un paradigme déclinant, et comme par définition, une institution de pouvoir ne peut pas imaginer un seul instant que le paradigme qui l’a fait émerger puisse disparaître, les institutions de pouvoir sont dans un déni absolu. Elles sont dans le déni de la réalité de ce qui se passe dans notre monde. Il y a d’une part des institutions de pouvoir qui continuent à fonctionner comme si le paradigme qui les avait suscitées continuait et puis il y a la réalité, c’est-à-dire vous, vos entreprises, votre réussite de vie, votre société civile qui sait que le monde est en train de changer radicalement et que l’on n’est plus dans la même logique. Il y a donc conflit entre les institutions de pouvoir qui veulent perpétuer un monde qui n’existe déjà plus et vous qui êtes en train d’en créer un nouveau. Ça ne se passe pas forcément bien : la logique déclinante est dans le déni du changement et vous, vous êtes en train de créer un nouveau monde. Forcément il y a des heurts, forcément il va y avoir une zone de grande turbulence, comme vous pouvez le voir dans le schéma ci-dessus, l’effet de turbulence se situant dans la zone bleue.

    Essayons de comprendre ce qui se passe. Le pourquoi du déclin du paradigme de la courbe rouge, celui qui est née à la Renaissance et qui est en train de disparaître progressivement, et comment doit répondre la courbe verte du nouveau paradigme que vous allez créer.

    Première rupture : rupture écologique.

    Qu’est-ce que cela veut dire ? On ne veut pas l’entendre, on ne veut pas en prendre conscience, mais cela veut dire que nous vivons essentiellement sur des ressources non renouvelables qui, par définition, s’épuisent. Nous avons en 150 ans consommé 80% des réserves de ressources non renouvelables de la Terre. Les 20% qui restent correspondent à ce qui est renouvelable. Le renouvelable satisfait aujourd’hui environ 15% de la demande mondiale et ne dépassera jamais 20% de cette demande. Et n’oubliez jamais, car on ne veut pas l’entendre non plus quand on parle des énergies renouvelables, éoliennes et autres, le vent est renouvelable mais le béton, les métaux, les rotors, les stators, les hélices en matériaux composites, ne sont pas renouvelables. Vous voyez bien que l’on est en train de nous mener en bateau. De deux choses l’une, soit on ne veut pas voir ce processus de consommation des ressources non renouvelables, qui s’accélère du fait de la croissance économique toujours plus importante et d’une démographie humaine démente. Soit on fait autre chose pour éviter d’aller droit dans le mur. Notre démographie est juste délirante. Il y a 2000 ans, nous étions 100 millions sur Terre, en 1800 nous étions 1 milliard, en 1900 – 1,7 milliard, en 2000 – 6 milliards, aujourd’hui – 7,5 milliards et en 2050, c’est-à-dire demain, nous dépasserons les 10 milliards. La population croit beaucoup plus vite que la croissance de la richesse. Par conséquent la richesse par habitant diminue et nous allons droit dans le mur si on ne fait rien. Alors que pouvons-nous faire ?J’ai un joli mot à vous proposer sur la courbe verte, c’est la frugalité. Ce n’est pas l’ascétisme absolu, ce n’est pas la privation totale. La frugalité c’est tout simple, dans tout ce que vous faites, faites moins mais faites mieux !

    Deuxième rupture : passage des technologies mécaniques aux technologies numériques.

    Qui ici ne se sent pas un peu esclave de son téléphone portable ? Êtes-vous tout à fait maître de votre temps, de vos journées ? Quand on entend parler de big data, on sent bien qu’il se passe quelque chose de fabuleux. Le système est tellement riche d’informations sur vous qu’il sait avant vous quels sont vos états d’âme, vos envies, vos opinions. Si vous vous laissez faire, vous n’avez plus besoin de penser… On est bien dans un processus de crétinisation. Ne pensez plus, ne soyez plus critique, nous pensons pour vous…

    Bien sûr le numérique n’est pas que cela. Il y a aussi du bon numérique, qui ouvre des perspectives magnifiques. C‘est la raison pour laquelle je vous propose de cultiver l’intelligence technologique sur la courbe verte. L’intelligence qui dit simplement ceci : arrêtons de croire qu’il faut absolument entrer dans le monde technologique pieds et poings liés. Il faut que la technologie reste l’esclave de l’homme et non le contraire. Il faut donc choisir « sa » technologie, n’en conserver que ce qui est vraiment utile pour chacun.

    Troisième rupture : rupture organisationnelle.

    Pendant très longtemps, le modèle essentiel de l’organisation humaine était la pyramide hiérarchique. La pyramide hiérarchique, en mathématiques, s’appelle une arborescence linéaire. Elle est là pour répondre à un problème simple : comment faire pour relier entre eux tous les éléments d’un ensemble avec le nombre minimum de relations entre eux. C’est donc la structure la plus économique, mais il y a un prix à payer, il s’agit d’une structure lourde et lente. Dans le monde actuel où la densité de sollicitations tant au niveau de nos personnes qu’au niveau de nos entreprises a augmenté exponentiellement, le monde est devenu de plus en plus complexe, avec en plus en face, des gens qui veulent une réponse immédiate à ce qu’ils demandent. Nous sommes dans un dilemme fabuleux, il faut donc que nous développions notre rapidité, notre agilité, notre souplesse, notre créativité, notre sens de l’innovation.

    Mais est-ce que le modèle pyramidal hiérarchique est compatible avec cette augmentation de créativité et de réactivité ? Evidemment non ! Il faut inverser les choses : il faut le maximum de relations entre les éléments et non pas le minimum. Alors se crée un réseau. Ce que vous les Vendéens, savez très bien faire !

    Si on continue à s’obstiner comme le font la plupart des Etats nationaux à fonctionner dans des structures pyramidales et hiérarchiques extrêmement lourdes et lentes, la capacité de réaction va diminuer, diminuer… ces systèmes fourniront la solution à nos problèmes longtemps après la disparition de ceux-ci. Il faut donc migrer vers d’autres types d’organisations qui doivent être des réseaux organisés et non mécaniques. Ce que beaucoup d’entreprises ont déjà compris bien qu’il ne soit pas simple de passer du hiérarchique au réseau, j’en conviens.

    Quatrième rupture : modèle économique.

    Le modèle économique dominant aujourd’hui est né avec la révolution industrielle, c’est-à-dire avec la production de masse. Le classement des entreprises se fait avant tout par leurs tailles, leurs chiffres d’affaire, leurs effectifs ? Il faut être gros, sinon on n’est pas visible, on n’a pas accès aux financements et on n’a pas la puissance nécessaire pour imposer au marché les normes qui sont les nôtres. Alors comment fait-on pour devenir gros ? Il faut vendre beaucoup et pour cela il faut baisser le prix de vente, donc le prix de revient, faire des économies d’échelle pour réduire la part relative des coûts fixes, augmenter les capacités de production, investir, rechercher des capitaux, réaliser une rémunération attractive des capitaux. Le modèle économique est devenu un modèle financiaro-économique. Dans les années 80 a eu lieu un basculement entre l’économique et le financier : avant la finance était au service de l’économie, depuis l’économie est devenue la servante de la finance. Avec tous les délires spéculatifs que nous connaissons. De plus l’obsession de vouloir baisser les prix toujours plus bas, a amené la baisse de la qualité. Dans les années 90, Jean-Pierre Coffe dénonçait ce phénomène : les prix bas, d’accord, mais pas en faisant n’importe quoi ! On entendait de nouveau une petite phrase toute simple qui venait du monde paysan «Je ne suis pas assez riche pour acheter du bon marché, parce que le bon marché finit toujours par coûter trop cher ». Cette phrase signifie que l’on sort d’une logique de prix pour entrer dans une logique d’utilité. Ce n’est pas le prix du tracteur qui est important pour un paysan, mais la totalité de ce qu’il va dépenser pendant toute la durée de vie de ce tracteur. Le prix n’est qu’un des paramètres de l’achat. Ce que cet homme souhaite, c’est que l’ensemble des dépenses qu’il va mettre dans son tracteur durant toute sa durée de vie soit minimal par rapport à l’utilité qu’il en aura. Et aujourd’hui, plutôt que d’acheter un tracteur, il va en louer un, seulement quand il en aura besoin. Il y a alors un basculement incroyable, d’une logique de propriété à une logique d’usage. Si vous utilisez Blablacar, Airbnb, etc. vous êtes dans la logique de l’usage et plus du tout dans celle de la propriété. Donc si on ne fait pas ce basculement, on reste dans la logique infernale de l’effondrement de la qualité des produits, des prix bas et dans la médiocrité de tout ce qui nous entoure.

    La réponse à cela est d’augmenter la valeur d’usage de ce que nous fabriquons et vendons en augmentant notre virtuosité. Nous devons à ce titre aller voir l’utilisateur final et lui demander « Qu’est ce que je peux faire pour augmenter votre satisfaction ? Quels seront vos besoins demain ? Comment puis-je y répondre ? ». Cette démarche ne demande pas beaucoup d’argent mais de l’intelligence. C’est donc un basculement des investissements matériels vers des investissements immatériels. Et le gros avantage des investissements immatériels est qu’il n’y a pas d’effet d’échelle. Payer deux fois plus cher un collaborateur ne le rendra pas plus intelligent ! Regardez les cours de bourse, la valeur de certaines start ups qui valent plus cher que de grands groupes ! Tout simplement parce que les critères de valorisation ne sont plus les mêmes. Avant on valorisait la taille, le total bilan, maintenant on valorise l’éventuelle promesse d’intelligences incroyables pour demain. Notre virtuosité sera d’augmenter notre capacité à générer et à maîtriser de la bonne ressource immatérielle, du talent, de la compétence, de l’intelligence.

    Cinquième et dernière rupture : donner du sens.

    Cette rupture est beaucoup plus philosophique, elle est éthique. Quand j’étais gamin, ma mère qui était veuve, m’a cent fois répété « Il faut absolument que tu réussisses dans la vie ». Sous-entendu « il ne faut pas que tu te retrouves dans la dèche dans laquelle je suis ». J’ai six enfants et quand je raconte ça à mon dernier fils qui a 18 ans, il est mort de rire : « Papa, mon problème ce n’est pas de réussir dans la vie, c’est de réussir ma vie ». Ce à quoi je lui réponds : « C’est beaucoup plus facile de réussir sa vie quand on a un père qui a déjà réussi dans la vie !»

    Réussir dans la vie ou réussir sa vie, ça ne résout en rien le problème éthique. On a tous connu des gars qui pour réussir dans la vie étaient prêts à tuer père et mère ! Ce type de réussite est une forme d’égoïsme avec une forte manipulation de l’autre, une instrumentalisation des autres en vue de favoriser son propre bonheur. Comment peut-on éviter cette sorte d’aliénation de l’autre ? Le cinquième défi de la courbe verte sera de reprendre ce beau mot de spiritualité éthique et d’en faire quelque chose, en donnant du sens à ce qu’on fait.

    Voilà, très rapidement brossé, ce qui est pour moi l’explication de l’effondrement de la courbe rouge et de la montée en puissance de la courbe verte. Les mots de la colonne de droite résument ce que seront les fondamentaux du monde économique de demain : la frugalité par rapport aux ressources matérielles, l’intelligence par rapport aux technologies, le travail en réseau pour ce qui concerne notre organisation, la virtuosité dans nos métiers, intellectuelle mais aussi manuelle,  et la notion de spiritualité pour donner du sens.

     

    Voilà le tableau général. Partout dans le monde, vous retrouverez ces mêmes cinq défis, avec différents moteurs selon les cultures bien sûr, mais mondialisation oblige, nous sommes tous dans le même bain et ce bain est en train de changer radicalement de couleur. On était dans le rouge, on entre dans le vert !

    Et la Vendée dans tout cela ? En Vendée vous avez des valeurs, une culture, une personnalité, des vertus, au sens où le thym a des vertus médicinales. Et comme par hasard, ce sont juste celles qui collent bien avec la courbe verte !

    Commençons par la réticularité. La culture du réseau existe depuis longtemps en Vendée. Vous êtes les champions du monde du maillage. La complexité – cumplexus en latin, qui vient de cum = avec et de plexus = tissé. Les Vendéens témoignent d’une réelle virtuosité à gérer de la complexité. Vos réseaux s’entrecroisent, s’imbriquent, et finissent par converger.

    Les technologies : les vendéens sont curieux d’esprit, ils ont envie de comprendre, ils ont envie d’aller voir, l’intelligence est en marche, ça bouillonne et ça crée !

    La frugalité : vous avez vécu dans un monde paysan qui depuis toujours est un monde frugal. Ici on ne gaspille pas. En France, 40% des denrées alimentaires sont jetées à la poubelle sans être déballées ! Nous revenons peu à peu au mode de vie des années 50, 60. Ce qui n’exclut pas du tout le recours aux nouvelles technologies. On ne peut plus regarder le monde comme un réservoir aux ressources illimitées. La Banque Mondiale vient de publier un rapport faisant état de l’évolution du coût des matières premières, on y lit des sauts colossaux : 20% sur le pétrole, 10% sur le gaz naturel, 7,5% sur les céréales, etc.

    La virtuosité est présente dans les entreprises vendéennes, on y aime la qualité, le bel ouvrage, on ne bâcle pas. Lorsque l’on est dans cette logique-là, on a envie de témoigner de cette virtuosité. C’est votre cas.

    La spiritualité, la Vendée a des racines très profondes dans le christianisme catholique qui fait partie de votre ADN. Il sera pour vous sûrement plus facile de développer une spiritualité nouvelle demain, contrairement à des régions où les gens ont perdu tout sens des valeurs. Nous sommes dans un monde qui a largement perdu ses repères.

    Approfondissons maintenant ces points :

    Les réseaux. Rappelez-vous du film de Spielberg, Jurassic Park. Souvenez-vous de l’arrivée sur cette île calme et verdoyante. Tout à coup d’énormes dinosaures apparaissent, on est impressionné par ces énormes corps qui courent et écrasent tout. Ce qui n’est malheureusement pas filmé, c’est l’herbe dans laquelle s’agitent des petits lémuriens, agiles et vifs. En raison d’immenses chamboulements climatiques, les premiers ont disparu et les seconds ont survécu. Ceux-ci se sont développés et nous leur devons d’être leurs descendants. Aujourd’hui il y a encore autour de nous plein de dinosaures, des gros, des énormes, mais avec une toute petite tête, on appelle ça le CAC 40, ou l’ENA, et puis il y a des lémuriens, des petits, adroits, qui construisent le monde de demain. Il faut donc que vous les vendéens, pensiez très fort aux réseaux. Ce que je viens de dire pour l’économie et les entreprises est valable pour toutes les organisations humaines qui doivent être de plus en plus réactives et donc passer d’une structure pyramidale à une structure en réseau. C’est aussi vrai pour les structures politiques, administratives, qu’elles soient nationales ou européennes. Ces structures-là sont beaucoup trop lourdes et trop lentes. Quand il y a un problème réel, elles ne peuvent pas réagir à temps. Il faut donc passer d’une Europe pyramidale des nations à une Europe réticulée des régions, et je pense que la Vendée en est un bel exemple. L’Europe des régions, c’est vous, ce sont  les Bretons, les Alsaciens… Vous avez la possibilité de développer cette Grande Vendée. L’échelon national va quasiment disparaître.

    Que faut-il faire pour créer un réseau régional ? Le réseau ne fonctionne et ne dure que s’il est mené par un projet fédérateur. Il n’y aura jamais de Grande Vendée s’il n’y a pas un projet collectif vendéen. La convergence des énergies devient alors possible sur le long terme. Le deuxième concept important est le principe de subsidiarité qui dit qu’un problème local doit être résolu localement par ceux auxquels il se pose. C’est exactement le contraire du management hiérarchique. Mais si on pousse le bouchon un peu loin, on peut se dire « c’est son problème, qu’il se débrouille ! » Pour un bon fonctionnement, il faut que la subsidiarité soit immédiatement complétée par la solidarité. Et ça, les Vendéens savent le faire depuis très longtemps.

    Les nouvelles technologies. La révolution numérique est bien là et avance à grande vitesse. Pour mémoire, l’apparition de l’informatique dans les entreprises date de 1973. Il n’y a que 45 ans, c’est-à-dire rien à l’échelle de l’histoire de l’humanité. D’abord, il ne faut jamais confondre les activités matérielles numérisées, comme Amazon qui fait de la logistique comme on en fait depuis longtemps, et les nouvelles activités numériques comme Google et les moteurs de recherche. Nous ne devons pas non plus confondre le numérique ludique et le numérique productif. Par exemple, Facebook d’une part et les robots d’autre part. Facebook, ça ne sert à rien ! C’est amusant, ça met les gens en contact, ça permet éventuellement de trouver des amis, rien de plus.

    On constate quelque chose d’intéressant, toutes les révolutions technologiques du passé ont engendré très rapidement un saut de productivité. La révolution numérique n’a engendré aucun saut de productivité. On a juste déplacé les métiers et les centres d’attention. Tant mieux si certains s’amusent avec mais ce n’est pas dans le ludique que se trouve le secret du numérique de demain. Ce secret se trouve dans deux révolutions extraordinaires que sont les robots de nouvelle génération, pensés, conçus et construits en Europe et en Extrême-Orient. Dans une petite vingtaine d’années, 40% du travail fait en Europe par des humains sera fait par des robots, y compris dans vos entreprises. Ce n’est pas grave à condition d’anticiper ce changement et qu’on fasse se déplacer le centre de gravité des emplois humains. Mais n’oubliez pas que de nombreuses tâches ne pourront jamais être robotisées, comme réparer une charpente, tailler une vigne, etc. L’autre grande révolution, c’est l’algorithme ou dit plus simplement la recette de cuisine qu’il incarne puisqu’il dit dans quel ordre il faut faire et refaire les choses jusqu’à atteindre le bon résultat. Le plus vieil algorithme connu a 3500 ans. Identifié sur une tablette phénicienne, il permettait de calculer la racine carrée. La notion d’algorithme est ancienne, c’est la puissance de calcul qui est nouvelle, et l’ensemble donne une nouvelle méthode de résolution de problème extraordinairement puissante.

    Je vous propose maintenant quelques réflexions philosophiques :

    La première est que le numérique n’est pas encore sorti de ses maladies infantiles, Instagram est une maladie très infantile. En revanche ce qui est en train de se passer, c’est qu’avec la robotisation, le travail physique, matériel, géographiquement localisé, pourra être fait par des robots. Cela veut dire que tout le reste du travail pourra être fait ailleurs, en recourant notamment au télétravail, lui-même incompatible avec le salariat traditionnel. En Europe, hormis en France où les lois du travail sont très dures à ce sujet, le télétravail concerne 23% des personnes en activité et augmente de 15% par an. Le salariat classique va donc massivement disparaître.

    D’autre part, il faut que nous ayons nos standards numériques en Europe. Aujourd’hui nous utilisons des standards qui nous sont imposés par Apple, par Microsoft, par Google, etc. Pensez que l’extension « .com » est géré aux Etats-Unis et qu’à tout moment il peut être retiré à tout utilisateur étranger, alors que « .eu » existe. Changez vite ! Savez-vous que Google a son équivalent en Europe, qui s’appelle Qwant, et qui fonctionne beaucoup mieux et qui ne vous pique pas vos données personnelles.

    La frugalité. Deux décroissances sont inévitables : la décroissance démographique et la décroissance de la consommation des ressources matérielles. Nous allons être 10 milliards sur terre, cela veut dire 8 milliards de trop. La terre ne peut pas se renouveler suffisamment pour nourrir autant de personnes. Tous les calculs conduisent à la même évaluation : 2 milliards d’êtres humains sont en rapport avec les ressources renouvelables de la Terre. Or les coûts des matières premières et alimentaires vont exploser.

    Mais il y a aussi deux croissances inévitables.

    La première est la croissance de notre servitude volontaire. Tous les systèmes mis en place par la courbe rouge tendent à un seul discours : « Ne vous en faites pas, on s’occupe de tout, on s’occupe de votre confort, vous allez avoir de bonnes émissions à la télé, de bons matchs de foot, vous allez boire du bon Coca Cola, mais surtout, oubliez tout le reste !» La Boétie disait à son ami Montaigne, au XVI° siècle, dans son livre Discours sur la servitude volontaire : « Les hommes réclament la liberté mais il y en très peu qui la veulent vraiment et quand il faut choisir entre liberté et sécurité, la grande majorité des êtres humains choisissent la sécurité et sont prêts à s’asservir pour plus de sécurité, plus de confort et plus de plaisir ». Et tant pis pour la liberté, et tant pis pour la responsabilité qui va avec. Nous sommes dans un monde dangereux.

    La deuxième croissance inévitable est la demande de virtuosité, la demande de toutes les formes d’intelligence et de toutes les formes de talents. Ce sera difficile. Rappelez-vous des deux courbes rouge et verte qui se croisent. A votre avis, les systèmes éducatifs sont sur quelle courbe ? La rouge bien sûr ! L’Education Nationale est en train de fabriquer des compétences pour un monde qui n’existera plus. Et elle n’en fabrique aucune pour le monde qui existera. Ce qui signifie que nous aurons de plus en plus de mal à recruter les gens dont nous aurons besoin dans nos entreprises. Cela veut dire qu’il va nous falloir assumer nous-mêmes la formation, et bien en amont compte tenu de l’importance de l’innumérisme et de l’illettrisme. Nous sommes en France à 21% d’illettrés alors que nous étions à 10% en 1970, 33% aux USA, 35% en Italie. L’innumérisme, encore plus préoccupant, touche les personnes qui ne savent pas faire des opérations élémentaires sur des petits chiffres. 29% de la population est concernée en France, 33% aux Etats-Unis, 35% en Italie.

    La frugalité, ce n’est pas la pauvreté, c’est faire moins mais mieux. Imaginez travailler moins et mieux. Cela ne veut pas dire travailler moins d’heures, cela veut dire regarder son emploi du temps et cesser de faire des trucs qui ne servent à rien comme certains coups de téléphone, mails, réunions inutiles… Comment faire pour combattre cette situation quand on s’aperçoit que 72% des réunions ne servent à rien…La virtuosité. Il y a plein de nouveaux métiers à inventer. Ne serait-ce que des professionnels qui accompagneraient les entreprises à entrer dans une logique de frugalité. Un virtuose est quelqu’un qui parvient à faire avec aisance quelque chose de difficile et que bien peu de gens peuvent réaliser. Je crois qu’il y a là un secret de ce que sera l’entreprise de demain. L’entreprise qui décide d’affronter la difficulté, de faire quelque chose que les autres ne sont pas capables de faire, sera maîtresse de son produit, de son prix, de sa marge.

    Il y a une âme vendéenne, au sens où il y a quelque chose qui vous anime, un esprit vendéen. Le fait d’avoir des racines, des valeurs, cette personnalité, vous amène avoir une forte spiritualité, catholique ou autre. Peu importe car il convient de distinguer spiritualité et religion. Je respecte infiniment la religion mais la spiritualité est plus large, plus englobante, elle permet de savoir où l’on va et pourquoi l’on y va. Aujourd’hui avec la génération Y, nous ne pouvons plus faire l’économie de cette question. Jadis on nous a appris comment faire les choses, maintenant les jeunes demandent pourquoi on fait les choses. Quel est le sens de ce qu’on leur demande.

    Nous devons sortir de la religion du progressisme, mais aussi du conservatisme. A côté ou plutôt au-dessus de ces deux mots, il y a le traditionalisme, qui n’est pas le bon vieux temps, le conservatisme ou le passéisme, ni la croyance infantile en un progrès infini. Le progrès n’est pas toujours bon à encenser, on l’a vu à Verdun, à Auschwitz, à Hiroshima. Mettez-vous dans la peau d’un Poilu à Verdun en 1916, que pensait-il à votre avis de la religion du progrès ?… En ce début de XXI° siècle, on sait bien que le progrès technique est indiscutable dans certaines parties du monde, mais a-t-on progressé du point de vue éthique, moral, spirituel ? A-t-on progressé dans le bonheur ? Dans le plaisir, ça ne fait pas de doute, mais dans la joie de vivre ? La tradition, qui m’est très chère, c’est ce que vous les Vendéens faites : transmettre un patrimoine vivant, qui prend sa place dans le monde, pas un patrimoine qui sclérose et enferme.

    Nous vivons quelque chose de passionnant d’un point de vue philosophique, nous passons d’une philosophie de la réussite à une philosophie de l’accomplissement. Vous les Vendéens êtes dans le long terme, dans la durée, vous êtes des sculpteurs, vous n’êtes pas dans l’immédiateté, dans la recherche effrénée du résultat à court terme. Vous construisez. C’est cela la philosophie de l’accomplissement.

    La question centrale à nous poser est la suivante : qu’est-ce qui va donner du sens, de la valeur à mon entreprise, à mon village, à moi-même, à ma famille ? Autrement dit, au service de quoi mon entreprise est-elle ? Moi-même ? Ma famille ? Au service de quoi vais-je mettre mon existence ? Très longtemps on a dit que l’homme devait être au service de Dieu. Et puis les philosophes des Lumières ont dit que l’homme devait être au service de l’homme. Donc il y a deux variantes : « Chaque homme doit être au service de lui-même » et « Chaque homme doit être au service de l’humanité prise comme un tout ». Protagoras d’Abdère a défini l’humanisme en énonçant la formule suivante : « L’homme est la mesure de toute chose ». Ce qui s’appelle du nombrilisme car si l’homme est la mesure de toute chose, cela veut dire aussi que l’homme est la mesure de sa propre démesure et qu’il n’y a plus de limite. En effet le XX° siècle a montré qu’il n’y a plus de limite : négation du sens, négation des valeurs.

    Alors une question fondamentale se pose : au service de quoi allons-nous mettre notre existence ? C’est une question magnifique, cruciale à laquelle chacun d’entre nous devra répondre, individuellement mais aussi collectivement.

    En termes de conclusion, vous vous souvenez du schéma que je vous ai montré. Une courbe rouge déclinante, une courbe verte montante et une zone de turbulence bleue. Cela veut dire que le paradigme de la modernité qui était né à la Renaissance est en train de décliner et ses institutions de pouvoir avec lui, et qu’en même temps vous êtes en train d’inventer une courbe verte avec les cinq vertus que j’ai développées devant vous. Mais une question vous brûle certainement les lèvres… « Ce croisement va-t-il durer longtemps ? »

    Que disent les historiens ? D’une part, la première grande rupture de la modernité est la guerre 14-18 qui a été une folie meurtrière absolue où toutes les valeurs ont été piétinées. La première crise par rapport à la grande foi dans le progrès. D’autre part les historiens parlent d’une durée de 1,5 siècle en moyenne entre la fin d’un paradigme déclinant et l’installation d’un nouveau, ce qui nous conduit aux environs en 2070. Le point de croisement, et bien c’est maintenant. A peu près. 2008 a été une année charnière dans la zone de basculement, d’autres suivent ou suivront avec des déclencheurs plus ou moins importants, parfois inattendus. En physique des systèmes complexes, on dit qu’une bifurcation nécessite un déclencheur. Celui-ci est lié à l’effet papillon. Une toute petite cause allume la mèche de l’effet boule de neige. Il existe des listes immenses d’effets déclencheurs possibles. Celui qui joue est sans doute le seul auquel on n’a pas pensé ! Pour d’autres modèles, on sait que les choses se passent dans le court terme. Dans les 3 , 4, 5 ans qui viennent, nous allons observer de grands déclencheurs, ou des petits déclencheurs qui vont mettre en place de gros chambardements notamment au niveau de la finance internationale. On a fait démarrer la zone de turbulence dans les années 70 durant lesquelles beaucoup de choses se sont passées. Les historiens estimant la durée moyenne d’une zone de turbulence à environ 50 ans, cela nous amène dans les années 2025-2030. Nous sommes dans la zone critique. Est-ce une bonne nouvelle ou pas ?

    Les médias nous transmettent la vision du monde des institutions de pouvoir de la courbe rouge. N’oubliez pas que ces institutions sont dans le déni. Ce qui signifie que la courbe verte que vous êtes en train d’inventer pour la Vendée n’est absolument pas prise en compte. Nous avons quelques soucis actuellement, mais vous allez voir, la reprise est pour bientôt !

    Maintenant je vais vous donner ma vision du monde de demain pour la Grande Vendée. Vous retirez les lunettes de la courbe rouge pour chausser celles de la courbe verte. On peut réinventer plein de choses. Ne faut-il pas réinventer l’école ? Ne faut-il pas réinventer l’université ? Ne faut-il pas réinventer la politique ? Ne faut-il pas réinventer le vivre ensemble ? Vous êtes en train de réinventer l’entreprise, le management. La courbe verte de la Vendée, c’est vous qui la faites maintenant! C’est magnifique. Et ne comptez pas sur les institutions de pouvoir de la courbe rouge pour vous y aider ! C’est votre responsabilité, et ce que vous ne ferez pas, personne d’autre ne le fera !


    Jean-Michel Mousset : Nous entrons maintenant dans la deuxième partie de notre soirée, pour cela j’invite nos trois témoins, Guylaine Bossis, Serge Papin et Frédéric Grimaud à me rejoindre sur scène, trois entrepreneurs de notre région de Grande Vendée qui nous feront part de leurs réactions et de leurs questions. J’accueille également Monsieur le maire de Cholet, président du comité d’agglomérations du Choletais, Gilles Bourdouleix que je remercie vivement de son accueil dans ce théâtre Saint Louis de Cholet.

    Guylaine Bossis : Je suis née en Vendée. Mon métier est le travail temporaire, le travail temporaire d’insertion. Je travaille donc avec énormément d’entreprises sur le territoire, ce qui me permet d’avoir des clés de compréhension sur ce qui a été évoqué, en particulier sur la thématique « l’usine est dans le pré ». L’usine est dans le pré à condition que tous les acteurs soient d’accord, cela ne s’est pas fait en un jour et je remercie le monde agricole qui a accepté cette évolution du monde économique pour que l’entreprise s’implante, tout en développant le mieux vivre ensemble.

    Frédéric Grimaud : Je dirige le groupe Grimaud, un peu moins de 2000 personnes dans le monde. Nous sommes basés à Roussay, notre chiffre d’affaire est de 300M€, dont 75% à l’international en travaillant dans de nombreux pays (Etats-Unis, Mexique, Inde, Chine, Vietnam…). Cette notion de territoire, je l’adopte volontiers, mais je fais attention à ce qui peut être attaché à cela : le chauvinisme.Je suis 100% d’accord avec la bifurcation, mais j’aimerais demander à Marc Halévy : « Est-ce que la bifurcation peut ne pas être chaotique ?»

    Marc Halévy : La réponse scientifique, c’est non, dans la mesure où par définition il y a une zone chaotique dans toute bifurcation (rappelez-vous de l’arrivée d’un bébé dans votre vie !) L’émergence de la courbe verte, c’est plusieurs scénarii possibles. Par exemple, il y a un scénario catastrophe, si l’on n’arrive pas à faire croître la courbe verte, celle-ci va s’effondrer, c’est le scénario d’effondrement. Très rare, mais le pire du pire c’est l’effondrement de l’humanité en 70 ans, donc « vive la Vendée ! ».

    Serge Papin : Je démarre la seconde partie de ma vie puisque je suis à la retraite depuis quelques jours après avoir transmis les rênes de Système U à la génération suivante. La société française est en train de s’urbaniser, on quitte petit à petit la ruralité. 36000 communes et 22 métropoles qui siphonnent la valeur ajoutée. En Vendée, il n’y a pas de métropole, ce qui peut être considéré comme un frein mais peut aussi être saisi comme une chance. Nous avons une homogénéité Vendée-Choletais-Grande Vendée. C’est ensemble que nous lutterons car les régions sont finies, les grands pôles urbains seront beaucoup plus forts. Si l’on ne veut pas se faire bypasser par Nantes, Rennes… Il faut se regrouper, quitter les anciens clivages. Il faudrait là une vraie bifurcation si l’on veut, tous ensemble, exister. Nous en avons les moyens.

    Deuxièmement nous sommes dans un monde où il faut d’abord conjuguer les choses, plus que les opposer. Je ne suis pas certain que le numérique va remplacer le conventionnel, les deux vont vivre ensemble. Il faut avoir la capacité à accueillir l’inconnu, nous sommes dans un monde qui n’est plus linéaire mais rupturiste. Il faut que l’entreprise soit en capacité d’accueillir ces ruptures. Nous devons apprendre à conjuguer les paradoxes en nous prenant en main, à partir de nos forces, en choisissant nos terrains de jeu. Paraphrasant Clémenceau qui disait que la guerre était une chose trop sérieuse pour la laisser aux militaires, l’évolution de la société est une chose tellement sérieuse qu’il ne faut pas la laisser aux seuls politiques. Il est grand temps que la société civile représentée par les entreprises, dans le cadre de l’intérêt général, prennent des positions pour changer les choses.

    Les questions de l’assistance :

    Je voudrais revenir sur les réseaux sociaux. Sur ce thème-là, j’ai trouvé que vous avez parlé comme un vieux. Je vais partager avec vous une expérience à ce sujet. Dans un premier temps, avec mon épouse, nous avions décidé de nous passer de Facebook, et puis peu à peu, nous avons constaté qu’on avait moins de contacts avec nos enfants et  nos amis. Et finalement on s’y est mis. Facebook, ça crée des liens. Notre entreprise travaille avec le monde entier et nous avons des collaborateurs qui parlent 18 langues, dans 30 pays. De cette manière aussi nous communiquons avec eux. Sur le plan commercial, vous dites que Facebook ne sert à rien. Je ne suis pas d’accord, nous avons des amis qui développent très bien leurs petits commerces par le biais des réseaux sociaux. 
    Marc Halévy : C’est ce que je dis, si vous avez une bonne raison de vous mettre sur Facebook, faites-le ! Il ne faut pas être sur Facebook parce qu’il faut être sur Facebook ! Choisissez des technologies qui sont vraiment utiles pour vous !Pour rebondir sur ce que Serge disait. La bifurcation que nous vivons actuellement, c’est quelque chose qui ressemble à un saut dans la complexité où chaque membre de la société est en relation directe avec un nombre croissant d’acteurs et où la fréquence des échanges est de plus en plus intense. Ce qui est caractéristique de la complexité. Sur un plan managérial j’ai dit qu’il faut passer du pyramidal au réseau. Dans les faits, le changement se fait progressivement avec des dosages difficiles à mesurer, à la fois hiérarchique pour certains problèmes et réseau pour d’autres.
    Serge Papin : Nous devons être des intégrateurs de complexité et pour les entrepreneurs, il faut choisir son terrain de jeu, ce n’est pas facile. Chaque jour on entend qu’avec le digital, il faut embaucher (commity manager, base de données…), mais notre métier c’est le commerce. 70 000 commerçants physiques, des bouchers, des charcutiers, des poissonniers… La modernité n’est pas forcément là où l’on pense. Pour nous, elle dans la présence du boucher. Il est plus compliqué pour nous d’avoir des bouchers que d’avoir la dernière technologie. C’est tout le paradoxe, comment conjuguer tout ça ? En fait l’idée c’est de connecter le boucher ! C’est notre défi.
    Marc Halévy : Entendre que la technologie résout tous nos problèmes de ressources n’est pas juste, c’est une bêtise. Avoir le dernier téléphone Apple est aberrant. Remettons la technologie numérique à sa juste place, c’est un outil comme un autre. Si elle vous est utile, c’est bien, si elle ne vous est pas utile, vous n’êtes pas obligés d’y aller.
    Guylaine Bossis : Pour continuer sur la question des réseaux, mon métier c’est de connecter des gens avec un emploi. Cela semble assez simple sur un territoire comme la Vendée où les gens se connaissent. Ce que l’on apporte c’est la sécurité, l’employabilité, la formation, l’appartenance, la spiritualité, le bien-être. C’est ce qui fait la force de ce territoire. D’autre part contrairement à ce que disait Marc, je pense que certaines personnes ont besoin de sécurité, un toit, une famille, cela peut simplement suffire.
    Marc Halévy :Oui c’est la pyramide de Maslow, modèle américain des années 60. Ce modèle n’est pas fait pour tout le monde et les valeurs américaines ne sont pas du tout celles d’ici. C’est un monde qui n’existe plus. Il faut se méfier de ressasser la pyramide de Maslow comme modèle, celui-ci doit être revu très sérieusement surtout avec les générations Y et Z qui sont en train de monter en puissance.
    Jean-Michel Mousset : Comment faites-vous pour recruter les fameux virtuoses ?
    Guylaine Bossis : Il faut de bons entrepreneurs, c’est-à-dire des entrepreneurs qui attirent, et effectivement des métropoles ou des sites pas trop éloignés d’une métropole. Grâce au digital, aux réseaux sociaux, nous voulons toucher le maximum de personnes, par exemple par l’envoi de messages positifs et attractifs, comme vivre un bon match de foot à la Beaujoire !
    Serge Papin : Nous devons réartisanaliser notre société. Si j’avais trente ans aujourd’hui et si je voulais acheter un magasin, j’achèterais une ferme à côté. Une ferme et un magasin. Avoir le contrôle sur les produits et faire de la qualité, du vrai.Concernant la formation. Qui forme, qui donne envie ? L’artisanat aujourd’hui est nourri par l’échec scolaire. C’est normal puisque les gars ne sont pas payés. Il faut repenser un capitalisme plus ouvert, une économie plus partageuse. Quand ça va mal, les employés sont touchés par les plans sociaux et quand ça va bien, ils n’en récoltent pas beaucoup les fruits.Voilà deux sujets très importants :

    – Réartisanaliser la société et assurer une formation adéquate et performante. La Vendée devra prendre des initiatives dans ce domaine.

    – Comment aller vers plus de partage des fruits des résultats de l’entreprise.

    Frédéric Grimaud : Au sujet de la façon d’attirer les talents, je vais rebondir avec bonheur sur la notion de sens que vous avez bien développée. Pourquoi les gens viendraient-ils plus travailler dans une entreprise ou une autre ? Certes il y a des conditions en termes de salaires mais comme il y a un marché, on est assez tenus. C’est avant tout le sens qu’on donne à ce qu’on fait qui compte, la façon dont l’entreprise porte un projet collectif pour changer le monde d’une certaine manière, selon une vision un peu idéaliste je vous l’accorde, mais qui anime bon nombre de chefs d’entreprises. Certes nous sommes à un moment de rupture, mais comment voyons-nous l’avenir ? Comment faisons-nous la promotion ? Comment délègue-t-on et quelle marge de manœuvre laisse-t-on à nos coéquipiers pour qu’ils puissent s’exprimer dans ce projet ? La question de la spiritualité se pose également. Dans le fond du fond, à quoi sert une entreprise ? Mais là on s’éloigne un peu de notre sujet.
    Serge Papin : Un des  problèmes qui va également se poser, c’est le déficit d’entrepreneurs. Qui va reprendre ? Nous avons chez Système U des magasins indépendants qui ne trouvent pas de repreneurs. Si vous dites à un jeune de 25 ans qu’il va tenir un U express ou un Super U dans le fin fond de la Touraine, ça ne le fait pas rêver. C’est un vrai sujet pour la Chambre de Commerce ! Même le MEDEF ne s’occupe pas de ces questions. Et les fonctionnaires se moquent complètement de cet aspect de l’entreprenariat. Les associations institutionnelles qui sont chargées de s’en occuper sont nourries par l’argent public, ce qui pose aussi un problème.

    Comment donner envie à des jeunes de devenir entrepreneur ? Et comment attirer, recruter, former ces fameux virtuoses ?

    Marc Halévy : Quand on parle du rapport ville/campagne, métropoles et alentours, il y a une chose qu’il ne faut surtout pas oublier, c’est que le coût de déplacement va augmenter exponentiellement dans les 20 ans qui viennent, avec des dépenses d’énergies qui vont flamber. Nous devons donc intégrer le fait que nous allons vers une économie de proximité, avec une distance minimum entre le producteur et le consommateur. C’est quelque chose qui va complètement bouleverser le paysage ville/campagne.

    rais Un autre sujet concerne la formation. L’Education Nationale est typiquement une institution de la courbe rouge. Ce n’est plus de cela dont nous avons besoin si nous voulons nourrir les entreprises avec les talents et les compétences appropriés. Et je rejoins Serge à 100% dans l’idée que nous devons réartisanaliser le tissu économique, et revaloriser l’intelligence des mains. On a bousillé en France un nombre considérable de savoir-faire en mettant systématiquement en avant des bacs+8. On a saccagé beaucoup de professions dites manuelles en les proposant uniquement à des gars incapables de faire autre chose. C’est aberrant. Aujourd’hui les Compagnons du Devoir ont un mal fou à recruter pour cette raison.

    L’entreprenariat. J’ai été professeur invité par HEC pendant 2 ans. Après, je me suis fait virer parce que je racontais aux étudiants ce que je vous raconte ce soir, ce qui ne plaisait pas du tout aux économistes patentés. Je leur disais aussi qu’ils ne devaient pas se tromper. Ils se trouvaient dans une grande école qui leur apprenait des techniques de management, ce qui ne ferait pas forcément d’eux des entrepreneurs. Car l’entreprenariat, ça ne s’apprend pas. C’est un truc qui vient des tripes, qu’on n’apprend pas à l’université. Il y a là un déficit qui vient de la mentalité d’un pays. Plus un pays va vers le sécuritaire, moins il favorise l’entreprenariat. En Europe, on conseille volontiers aux jeunes de faire des études traditionnelles avec lesquelles ils pourront être sûrs de gagner bien leur vie, et après s’ils le souhaitent, ils pourront entreprendre. D’origine israélienne, je connais bien ce pays. Les choses se passent différemment. Israël est en guerre depuis 70 ans, les nouvelles technologies explosent partout, les nouvelles entreprises foisonnent, ça fait partie des gènes. C’est un vrai mystère, comment peut-on déclencher chez quelqu’un l’envie de tenter l’aventure, de prendre des risques ?  Je ne sais pas comment transformer en entrepreneur quelqu’un qui a besoin de sécurité. C’est peut-être parce qu’il n’y a pas de sécurité en Israël que l’audace se révèle davantage. Aux Etats-Unis, l’esprit entrepreneurial est en train de s’effondrer mais pendant très longtemps, les Américains ont été très entreprenants. Je ne sais pas pourquoi.

    En Grande Vendée, nous sommes très entreprenants, c’est ce qui nous caractérise. Nous témoignons également d’un fort esprit d’association.

    Guylaine Bossis : Nous avons l’esprit d’association certes, mais nous savons également que la reprise d’une entreprise, ça se prépare. Pour passer d’une zone sécuritaire à quelque chose d’ambitieux, souvent les entrepreneurs vendéens n’y vont pas seuls. Ils se font accompagner et ils y vont en collectif. Concernant les jeunes qui font des écoles de commerce, soit ils achètent une entreprise s’ils ont le capital, soit ils ont envie de créer une start-up. Ils ont envie de vibrer. Prendre la suite de quelqu’un ne les intéresse pas. Ils ont envie de créer leur business model. Aujourd’hui on voit de nombreuses start-up démarrer, beaucoup périclitent au bout d’un ou deux ans, mais ils ont envie de tenter.
    Marc Halévy : Je confirme, lorsque j’étais à HEC il y a quelques années, 80% des jeunes disaient qu’ils voulaient rentrer dans un grand groupe avec un gros salaire pour démarrer, 20% qu’ils allaient reprendre l‘entreprise familiale ou se lancer dans un projet. Aujourd’hui, la proportion s’est totalement inversée, sauf que les 80% qui ont envie d’entreprendre disent qu’ils ne veulent pas le faire en France, au regard des contraintes règlementaires, du droit du travail, de tout le carcan fiscal et administratif qu’on connaît bien. Je trouve cela dramatique.

    C’est un peu l’excuse à 2 balles ! Je ne veux pas le faire en France ! Il ne faut pas se raconter d’histoire. Les jeunes qui disent ça, c’est bien souvent parce qu’ils se dégonflent. En France, nous avons un vrai territoire. Quand on voit de belles entreprises vendéennes, ça nous stimule beaucoup. On a envie de faire aussi bien, et pourquoi pas mieux ! 

    Marc Halévy : Effectivement, c’est une manière de se constituer un alibi. Mais pas pour tous. Parmi les pays qui attirent, il y a toujours les Etats-Unis, l’american dream continue à faire rêver. La première population de la Silicon Valley après les Américains est française. Il y a aussi le Canada, l’Australie, la Nouvelle Zélande, et très curieusement la Chine.

    Jean-Michel Mousset : L’artisanat est bien représenté en Vendée, notamment dans toute la filière de formations. On peut nommer les Maisons Familiales Rurales. Nous sommes les champions français en termes de densité de Maisons Familiales Rurales. On peut également citer l’association L’outil en main, qui fonctionne très bien en Grande Vendée.

    Raymond DOIZON, entrepreneur :

    J’ai ouvert une nouvelle vie deux ans avant Serge ! Et aujourd’hui à la retraite je me définis comme entrepreneur connecteur, pour passer de la logique des génies individuels qui savent tout et partagent peu, à la mise en commun collective. Je vais parler avec ma casquette de président de l’OESTV, l’Observatoire Economique Social et Territorial de Vendée. Il s’agit d’un lieu de réflexion et d’études. En plus des points que vous avez soulevés, nous avons relevé les 3 points suivants :

    – La solidarité sans doute née de la pauvreté historique. On sait bien que quand on est pauvre, on partage plus que lorsqu’on est riche.

    – L’engagement et la responsabilité. On n’attend pas tout des autres et de l’Etat. On se met en route entre nous pour régler nos problèmes.

    – L’humilité qui caractérise les Vendéens.

    La Grande Vendée compte environ 1 200 000 habitants. Parmi ceux-ci, 672 000 vendéens. Peu de gens savent que 47% d’entre eux ne sont pas nés en Vendée. Le défi posé à la Vendée, c’est certes la transmission mais c’est aussi l’enrichissement et la construction de la nouvelle Vendée par cet apport qui permet d’inventer un nouveau modèle. Depuis une cinquantaine d’années, nous avons réussi à doubler quasiment notre population avec de nouveaux habitants parfois plus  vendéens que les vendéistes !

    Marc Halévy : Vous avez raison, et il y a une explication à cela. La capacité vendéenne à absorber des arrivants est sans doute liée au fait que vous avez des certitudes, des fondations et des repères que beaucoup de régions n’ont plus. Vous savez qui vous êtes, d’où vous venez et où vous allez, ce qui attire un certain nombre de personnes.

    Bernard Daurensan : Faisant suite à votre jeu de provocation, je m’inquiète un peu en vous écoutant dire que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. D’abord je voudrais dire qu’il n’y a pas que des entreprises modèles en Vendée. Et nous devons surveiller les choses, de manière à ce qu’il n’y ait pas trop de Vendéens qui suivent la courbe rouge.

    Je voudrais d’abord rappeler que la Vendée a clairement développé sa solidarité au moment du traumatisme des guerres de Vendée. Ensuite, je pense que nous devrons retrouver les voies du projet. Philippe de Villiers, avec le Puy du Fou, a créé un certain nombre de projets. L’enjeu des Vendéens pour les années qui viennent, ça va être de garder ça. Pourquoi ne pas créer une école de projets ? Jean-Michel contribue à ce projet pour demain avec le CERA, il y a certainement d’autres choses à inventer.
    Marc Halévy : Pour rebondir sur Philippe de Villiers, j’ai un peu travaillé avec son fils Nicolas qui a repris. Il y a une expression que je trouve très belle au Puy du Fou, c’est « Tout le monde est au service de l’œuvre ». Ici nous sommes au sein d’une œuvre scénique bien sûr mais l’expression peut être reprise par n’importe quelle entreprise.

    Je voudrais réagir sur vos propos. Je ne dis pas que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, mais juste le contraire. Nous n’avons pas le choix. Si nous voulons construire un bel avenir pour nos enfants, nous devons absolument choisir la courbe verte. Tout le monde n’est pas capable de le faire bien sûr, et il y aura certainement des saboteurs. La loi des grands nombres joue ici. Et la statistique est incroyable. Quand un grand projet se dessine, 15% des participants y adhèrent, 23% refusent d’y aller – et parmi ces 23% il y a des saboteurs qui non seulement disent non mais qui vont tout faire pour le casser – et au milieu, 62% n’ont aucune opinion. Ce qui signifie que dans un train tel qu’il soit, il y a toujours une locomotive et un dernier wagon rebelle.

    Je voudrais revenir sur l’enseignement qui effectivement pose un problème depuis la très jeune enfance. En Vendée, l’Etablissement Saint Gabriel Saint Michel a formé de nombreux entrepreneurs actuels. La question que nous ne devons pas oublier en Grande Vendée, c’est l’adaptation qui fait aujourd’hui clairement défaut. Je pense que l’enseignement en Grande Vendée doit reprendre sa liberté et répondre notamment au souci de Serge en formant des artisans.

    Alain Glon : Nous sommes venus de Bretagne pour vous écouter et peut-être vous suggérer d’aller plus loin. Qu’est ce qui peut fédérer la Grande Vendée ? Ce n’est pas la richesse des combats individuels mais le bien commun. Lorsque nous faisons une analyse rapide de la situation, la France est gouvernée par des élites qui se logent dans trois univers. Le Grand Paris, ville monde qui organise les jeux olympiques. Ensuite il y a ceux que nous appelons « les champions nationaux ». Il s’agit d’environ 25 entreprises cotées en bourse dirigées par des inspecteurs de finances, qui s’entendent fort bien entre elles pour nous piquer un maximum d’argent. Une seule de ces entreprises vaut 2,5 fois un département ! On autorise Vinci à piquer 55% de résultats d’exploitation sur les autoroutes et 35% sur les parkings. Comme le capital de ces entreprises passe sous contrôle étranger avec des fonds de pensions, nous avons entrepris en Bretagne la reconquête de ce qui permet de servir les besoins primaires de la population, dans l’énergie par exemple. Le territoire doit absolument redevenir propriétaire de tout ce qui est indispensable. Parce qu’aujourd’hui, tout ce qui rentre et sort de la maison, que ce soit la banque, l’assurance, l’énergie, les égouts et autres, ce sont des moyens de prélèvements. Aujourd’hui, se loger en France coûte 40% de plus qu’en Allemagne. Se nourrir, c’est 25% plus cher.  Si nous n’améliorons pas cette situation, nous ne retrouverons pas la compétitivité. En 3 ans, ce sont plus de 1000 entreprises dans le secteur de l’énergie qui sont devenues clientes de ce que nous avons construit. Nous commençons par les assurances. Swiss life nous propose d’assurer nos voitures en Bretagne pour 20% de moins que la moyenne française parce que cette compagnie nous dit que les Bretons ne brûlent pas leurs voitures lorsqu’ils veulent en changer. Nous nous mettons donc dans la logique de dire « I want my money back ». Il y a là un chantier fantastique, redonner du bien commun. Pour réussir dans un métier, il faut affronter des concurrents pas trop performants. A ce titre, ce n’est pas très difficile de faire mieux que ces  grands champions nationaux dont je vous parlais à l’instant.  Cette société industrielle s’appelle Redéo, les entreprises vendéennes y sont les bienvenues.

    Marc Halévy : Convaincu que les régions doivent devenir autonomes d’un point de vue économique, je suis en accord total avec ce que vient de dire Alain Glon.

    Serge Papin : En guise de conclusion, j’aime bien cette phrase de Lamartine qui dit « Le réel est étroit et le possible est immense ». La Grande Vendée, c’est une énergie intense. Bien sûr les guerres de Vendée y participent mais je pense aussi à l’énergie dépensée dans les années 60 dans notre agriculture et notre urbanisation. Même si aujourd’hui, nous ferions certainement différemment. Je pense que ceux qui gagneront demain seront ceux qui seront capables de mettre de l’énergie dans la réconciliation. Nous sommes issus du rapport de forces qui ne gagne plus. La réconciliation, c’est la solidarité des citoyens, des entreprises avec leurs collaborateurs, c’est produire mieux, plus sainement. C’est ce projet-là que nous devons porter pour la Grande Vendée. Ceux qui gagneront seront créatifs, disruptifs à cet égard.
    Guylaine Bossis :Réconciliation oui, mais sans compromis. J’ai bien aimé ce qu’a dit Bernard Daurensan. Derrière le Grand Paris, ne peut-on pas faire une Grande Vendée avec d’autres acteurs, les Bretons sont les bienvenus. L’intelligence collective va sans doute nous permettre d’essayer des modèles qu’on n’a pas encore tentés. Notre point de faiblesse, c’est la mobilité. Nous avons les entreprises, les outils, les formations, mais nous avons du mal à emmener les salariés d’un point à un autre. La CCI a bien compris votre message. Nous avons plein de choses à faire.

    Frédéric Grimaud :Mon mot de conclusion sera optimisme. Je ne suis pas du tout d’accord avec l’idée que d’ici quelques années, nous serons 8 milliards de trop. On peut le considérer comme une menace mais aussi comme une opportunité fantastique. Si l’on regarde en perspective, il n’y a jamais eu aussi peu de conflits globaux. Vous avez parlé des horreurs des guerres mondiales, c’est vrai mais plus depuis ! Il n’y a jamais eu aussi peu de famine, les maladies globalement reculent, l’espérance de vie augmente. Tous ces constats peuvent nous conduire à l’optimisme.

    Marc Halévy : Je voudrais terminer en faisant une distinction forte entre complexité et complication. Il faut cultiver la complexité car celle-ci entraîne de la richesse, alors que la complication en consomme. L’entreprise de demain doit être une entreprise organique complexe dont il faut chasser toutes les formes de complications. Une constante apparaît dans mon domaine d’expertise, quand on a affaire à un problème complexe, le premier réflexe est de trouver des solutions compliquées qui ne fonctionnent jamais. La seule bonne réponse à un problème complexe, c’est la simplicité. Ce qui ne rime pas avec simplisme ni facilité. C’est très difficile de faire simple mais c’est la seule manière de gérer la complexité !

    Compte-rendu réalisé par Laurence Crespel Taudière www.semaphore.fr