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  • Philippe de Villiers : « Puy du Fou : les secrets d’une réussite mondiale ! « 

    Le 16 Nov 2018 - Catégorie : Les Rencontres du CERA

    Compte rendu de la 87° rencontre du CERA du 16 OCTOBRE 2018

    « Puy du Fou : les secrets d’une réussite mondiale »

    Accueil par Jean-Michel Mousset :

    Il est né le 25 mars 1949. Je ne ferai pas toute sa biographie ce soir. Voici néanmoins quelques points de repère. Diplômé de l’ENA en 1978, il a été sous-préfet, Secrétaire d’Etat à la Culture, député de La Vendée, Président du Conseil Général de Vendée de 1998 à 2010, député européen, Président fondateur du Mouvement pour la France-MPF, candidat à la présidence de la République Française en 1995 et en 2007. Durant ces 22 années à la présidence du Conseil Général de Vendée, on lui doit de très nombreuses réalisations, notamment l’Historial de la Vendée et le Mémorial des guerres de Vendée, l’ICES, les grands sites culturels et touristiques tels que Tiffauges, Grammont, Maillezais, La Chabotterie, Nieul sur l’Autize, les Vendéopôles, les autoroutes et le TGV, le Vendéspace et bien sûr le Vendée Globe. Il est aussi écrivain, essayiste, auteur de 27 ouvrages, le plus connu est « Le moment est venu de dire ce que j’ai vu » publié en 2015, le plus anticipateur « Quand les abeilles meurent, les jours de l’homme sont comptés » en 2004. Son dernier livre, sorti la semaine dernière « Le mystère Clovis » démarre sur les chapeaux de roue.

    Il a donc été haut fonctionnaire, homme politique et écrivain (il est toujours écrivain), mais aussi et peut-être surtout entrepreneur, Alouette FM en 1981 et bien sûr, cette magnifique et très originale entreprise, Le Puy du Fou, parti d’une feuille blanche en 1977 et qui se voit aujourd’hui décerner tous les premiers prix mondiaux. Il va nous en livrer les secrets. Mesdames, Messieurs, chers amis nous accueillons Philippe de Villiers.

    *****

    Intervention de Philippe de Villiers :    

    Je vous remercie d’être venus à ma rencontre pour parler d’une œuvre, de l’œuvre d’une vie, Le Puy du Fou.

    J’avais des rêves quand j’étais enfant, par exemple j’avais envie de faire venir le Tour de France en Vendée, d’organiser le départ du Tour en Vendée. A l’occasion du jubilée de Jean-René Bernaudeau se trouvait Jean-Marie Leblanc, le patron du Tour, à qui j’ai dit :

    –  Vous pouvez m’aider à réaliser mon rêve.

    –  Moi aussi , m’a-t-il répondu,

    –  Échangeons nos rêves.

    –  Moi, c’est de venir au Puy du Fou !

    –  Moi, c’est de faire partir le Tour de France depuis la Vendée !

    Jean-Marie et moi, nous nous sommes suivis, soutenus, et sommes de grands amis.

    Un jour, en 1988, dans un café, tout près d’ici, sur le port, je suis invité à déjeuner par un homme que je ne connaissais pas, j’étais jeune Secrétaire d’Etat à la Culture. Il s’appelait Louis-Claude Roux, un grand patron, le mari d’Annette. Il m’a fait part de sa préoccupation à l’égard du manque d’image de la Vendée.

    La situation était la suivante en 1988. Nous avions un tissu d’entreprises sans doute le meilleur de France puisque mon ami Michel Albert, Commissaire au Plan, disait en parlant de la Vendée  « le Japon de l’Ouest». On parlait même du miracle économique vendéen. Nous avions les plus belles entreprises de transport mais nous n’avions pas de routes…

    Tout jeune, je demandais à mes parents « Pourquoi mes copains baissent la tête ?» Notre instituteur Alphonse Thibault disait « La Vendée est du mauvais côté de l’histoire ».

    Avec mon frère, nous allions parfois camper au camping de la Demoiselle à St Jean de Monts. Quelques années plus tard, c’était fini. Plus de camping de la Demoiselle… A la place, il y avait Merlin Plage, des cages à lapins. Les journaux disaient « C’est le progrès ! » Simultanément la Vendée devenait le premier département français du camping, malheureusement dans la catégorie bas de gamme. Pendant ce temps, La Baule se développait dans le haut de gamme. Mes copains continuaient à baisser la tête et un jour on m’a expliqué « La Vendée est trois fois du mauvais côté de l’Histoire. D’abord en 93, la Vendée n’a pas compris où était le progrès des droits de l’homme, elle a combattu la Révolution Française. En 14, les Vendéens n’ont pas été très nets, pourtant sur les monuments aux morts répondais-je, je lis des noms de Vendéens ! Oui mais bon, ils n’ont pas pu faire autrement. Et en 40, ils étaient collabos ».

    J’intériorisais cette mauvaise image et quand je suis arrivé à Sciences Po, mes copains me disaient « Tu es Vendéen. Oh là ! » Un jour j’ai rencontré Olivier Guichard, un homme cultivé qui avait de la stature. Il m’a dit « Philippe, vous êtes Vendéen, ça ne va pas être facile de réussir. Regardez la carte de la DATAR, la Vendée, c’est la Lozère plus la mer ! A la DATAR on vous appelle les ruraux profonds, comme la Creuse et les Deux-Sèvres ».

    Très jeune, en allant à la Chapelle des Lucs, je me suis donné une mission, rendre aux Vendéens leur fierté, faire qu’un jour ils brandissent leur drapeau. Mon père était lorrain, ma mère catalane. Mais mes deux parents voulaient absolument que leurs enfants soient enracinés. On allait à l’école à Boulogne et je parlais patois.

    Je vous dis cela en prologue de mon propos parce que, en réalité, je suis un petit Vendéen qui, très tôt, a aimé d’un amour passionné sa Vendée. Je n’ai pas d’autres mérites que d’avoir restitué ce que la Vendée m’a donné, vous et les anciens qui ont souffert parce qu’ils étaient Vendéens. De là où ils nous regardent, ils peuvent se dire « Les générations qui ont suivi ont relevé le gant ».

    Le Puy du Fou et le Vendée Globe sont nés ici. Voici comment. Le Crédit Agricole me demande en 1984 de partir à Rio avec une équipe de cinéastes pour couvrir la dernière étape du BOC Challenge. A Rio je fais la connaissance de Philippe Jeantot, en bonne position dans la course et je lui dis « Quand tu auras gagné le BOC Challenge, il faudra que tu reviennes en Vendée. Bien que tu sois Breton, nous te ferons un accueil triomphal ». A l’époque je m’occupais d’Alouette et nous avons décidé de transporter le Scéni Bus pour projeter devant des milliers de Sablais le film Le Grand Sillon, sans doute un des plus grands fours du cinéma français. Philippe Jeantot s’installe en Vendée et m’expose une idée, le BOC Challenge, mais sans escale. Ensemble, nous mettons au point une stratégie pour convaincre la Vendée de faire le Globe Challenge. Les difficultés à réunir le budget se règlent quand je deviens Président du Conseil Général. Je lui demande alors de renommer la course en l’appelant le Vendée Globe, en espérant que les skippers finiront par l’appeler le « Vendée ». C’est fait ! Voilà comment est né le Vendée Globe. Mon idée était de voir flotter sur les voiles le double cœur, le logo de la Vendée. Le Puy du Fou et le Vendée Globe ont changé l’image de la Vendée, car ils sont complémentaires, le patrimoine et la mer, le patrimoine et l’ouverture au monde. Nous pouvons être fiers d’avoir cela, tous ensemble.

    Je vais vous raconter une belle histoire, celle de la naissance du Puy du Fou.

    Le Puy du Fou n’est pas né d’un lieu, mais d’un rêve qui a trouvé son lieu. Il est né à la confluence de deux urgences intimes. La première répondait à un devoir de reconnaissance pour l’enfance heureuse d’un petit gars qui courait la campagne et cueillait, sans le savoir, des fleurs de civilisation. J’habitais la commune de Boulogne, au-dessus de la rivière du même nom, petite rivière métaphysique rougie par le sang des Vendéens en 1794. Chaque matin j’entendais trois mélodies, le coq, l’angélus et l’enclume. Le lever du jour, la prière du matin, le forgeron au travail. Plus tard j’ai vu les chardonnerets qui disparaissaient, les arbres centenaires qui tombaient. On nous disait « C’est le progrès ! » L’Europe et la FNSEA expliquaient que les paysans allaient vivre dignement. Je sentais que cela relevait de l’indignité.

    En même temps, il y avait la Fête-Dieu, le mois de Marie, les processions, la kermesse. Il y avait de la gaité. En fait, le Puy du Fou a été pour moi le moyen ultime et désespéré de retenir l’enfance. Je voulais, à 18 ans, payer ma dette en nature pour une enfance heureuse. Payer ma dette à mon papa, à ma maman, qui m’ont tout appris, l’amour de la Vendée, de la France, qui nous ont appris que l’Histoire est tragique, pour l’avoir vécue. Je rends également hommage à tous ces personnages de mon panthéon personnel, des gens simples, des paysans qui sentaient la terre, le garde champêtre qui m’a appris à braconner les taupes, le cantonnier qui me parlait de ses ivresses mystiques. C’étaient des personnages cultivés à leur manière, des savants illettrés. Ils avaient la culture de la terre, la culture de l’humanité. Ils portaient en eux le chemin de l’universel. Ma première urgence était de leur dire merci.

    Ma deuxième urgence était un devoir de réparation pour l’injustice commise à l’égard de la Vendée. 300 000 martyres n’ont pas été « ensépulturés », comme on disait à l’époque, pour cette victoire posthume de Robespierre que dès mes 15 ans,  je n’ai pas acceptée. Robespierre disait : « Il faudra que dans la suite des temps les Vendéens soient considérés par l’Histoire comme responsables du mal que nous leur faisons ». Soljenitsyne m’a expliqué qu’il s’agit du processus de l’inversion de la charge de la honte. On fait porter à la victime le statut du bourreau. Les Vendéens sont morts deux fois. Pas de croix pour les morts et les survivants sont tenus au silence par la honte. Je retrouve ensuite mes copains à l’école, prostrés, la tête baissée quand le mot Vendée est prononcé. La Vendée est une honte.

    Quand mon père me demandait ce que je voulais faire comme métier, je lui répondais « Un hymne à la Vendée, pour réhabiliter les Vendéens morts pour rien ». Il m’a écouté et conseillé de faire des études, Sciences Po, l’ENA, d’acquérir de l’expérience à Paris pour être crédible auprès des Vendéens, puis de revenir en Vendée. C’est ce que je fis dès mon diplôme de l’ENA en poche, au lieu de choisir, comme la grande majorité de mes camarades, les corps de contrôle de l’Etat.  Mon père me prêta 1000 francs pour acheter une 4L d’occasion avec laquelle je faisais le tour des châteaux de Vendée. J’avais entendu parler de la vente du château du Puy du Fou au Département. Je m’y suis rendu et j’ai découvert, derrière les herbes hautes, trois vaches et des corbeaux, un silence sépulcral, une ruine que je sentais saigner encore.

    Juillet 1977, je n’ai rien, mais tout est là, je vais faire mon hymne. Un calme absolu, il n’y a pas de route, nous sommes aux Epesses. Je n’ai pas d’argent, pas de troupe, pas de technicien, pas de curriculum vitae, mais par contre, j’ai mon stylo. Si avec mon stylo j’arrive à émouvoir mon spectateur, quand bien même je n’aurais pas de lumière, quand bien même je n’aurais pas de son, j’aurais les mots. Le théâtre, c’est le verbe. La musique des mots, les voix dans la nuit de la gravité française. J’ai voulu Delerue pour la musique, Lily Laskine à la harpe, Noiret, Jean Piat, Suzanne Flon, toute la Comédie Française, je les ai eus et je les ai eus gratuitement. J’avais le feu sacré.

    Avec le comité de lancement, nous faisions le tour des communes. Nous convainquions des petites grappes de volontaires et sommes arrivés à la première, le 16 juin 1978. Les 200 pionniers sont devenus 1000. Admirables, ils m’ont suivi sur la foi de mon pari. Je leur disais « Ne riez pas ! Un jour le monde entier viendra ici. Sur cette petite colline dont on dira qu’elle est inspirée. Personne ne rira plus du mot Puy du Fou ».

    Le matin du 16 Juin 1978, il pleut des cordes, toute la journée. A 21h45, il pleut encore et les 2000 invités arrivent, s’assoient sur la tribune faite de planches de bois spongieux et trouvent la situation très inconfortable. Miraculeusement à 23h, alors que le spectacle commence, il s’arrête de pleuvoir et les étoiles garnissent le ciel. A la fin du spectacle, tout le monde était debout, applaudissant avec force. Les jours suivants, nous avons eu peu de monde mais petit à petit, le bouche à oreille a ramené des spectateurs jusqu’à remplir la totalité des 2000 places assises et plus, jusqu’à 6000 spectateurs. Et c’était parti !

    Entre temps, je sors de l’ENA et je choisis la préfectorale, je me dis que c’est peut-être là que j’aurais le moins besoin d’obéir tout compte fait ! Je me retrouve sous-préfet, directeur du cabinet du préfet de La Rochelle. Situé près de la Vendée, je fais aisément de nombreux aller et retours pour préparer l’année 79 jusqu’à ce que le préfet me convoque pour me montrer un exemplaire de la revue Vie Publique, bien connue dans l’Administration. Tout administrateur rêve d’en faire la une. Ici la une montrait un cracheur de feu qui se trouvait être moi-même !

    Mon père m’avait dit un jour qu’un chef ne donnait jamais d’ordre qu’il n’était pas capable d’exécuter lui-même. Lorsque je dirigeais les répétitions en 78, je cherchais un volontaire pour endosser le rôle de cracheur de feu. Personne ne voulait de ce rôle. Fort du principe de mon père et avec les conseils d’un cracheur de feu expérimenté, j’ai montré que je pouvais cracher le feu. Les volontaires se sont alors manifestés. Un peu plus tard, lors d’un spectacle, j’ai joué le rôle du cracheur de feu qui, à mon insu, a fait l’objet d’une photo ensuite envoyée à Vie Publique. La photo en une du magazine portait le titre « Le sous-préfet cracheur de feu ». Le préfet, fou de colère, a eu ces mots « Villiers vous êtes grillé ! » et il est allé se plaindre auprès du Directeur Général de l’Administration qui a remonté l’information au Président Giscard d’Estaing. Ce dernier a demandé à me voir. A l’Elysée je me suis retrouvé face au Président et à son fils Henri, Conseiller Général de Marchenoir. Le Président m’annonce qu’il me nomme sous-préfet de Vendôme. En échange, il me demande de faire le nécessaire pour que son fils soit élu député et il me dit que tous les vendredi midi je serai libre.

    Quand Giscard a été battu en 81, j’ai quitté l’Administration pour un métier de conseiller juriste. J’avais compris que j’avais quelques problèmes avec la discipline, et l’activité du Puy du Fou montait en puissance. En 86, je suis nommé par Chirac Secrétaire d’Etat à la Culture et rapidement il me confie la mission de l’implantation de Disney à Paris. Simultanément je lui suggère de créer des parcs d’attraction à la française qu’il juge non viables en France, arguant que nous ne disposons pas des technologies nécessaires. Je présente alors à mes amis de Vendée le projet de création d’un parc de l’Histoire de France tandis que s’implantent Disney et le Futuroscope. Le démarrage fut laborieux, la première création fut le village XVIII°, le projet Histoire de France fut souvent traité de ringard. Mais petit à petit, de scénario en scénario, de spectacle en spectacle, le Grand Parc prend de l’ampleur. Après avoir appris le métier du spectacle de nuit, on apprend celui du spectacle de jour, beaucoup plus difficile. Nous avons quelques difficultés car nous n’avons pas d’argent, mais nous ne voulons pas perdre notre indépendance artistique, pour cela il nous faut absolument conserver notre indépendance économique. Nous irons peut-être moins haut, mais tout seul ! Après la Cinéscénie, spectacle en 3D jamais imité, nous nous lançons dans une deuxième audace, le Grand Parc de l’Histoire de France, devenu le Parc du légendaire français.

    Le troisième coup d’audace est l’Académie Junior créée en 98 pour former les cadres et techniciens indispensables au développement du Puy, isolé dans son coin de campagne. Nous décidons de créer un creuset de jeunes prodiges, puis le groupe Art Etudes, qui rassemble primaire, collège, et bientôt lycée, avec uniforme et levée des couleurs. 800 élèves préparés aux disciplines de la connaissance et aux disciplines de la sensibilité. A partir de 10 ans, les jeunes sont aussi acteurs dans les spectacles, jouant à tour de rôle les différents personnages.

    Le quatrième coup d’audace est la Cité Nocturne sur l’idée de la thématisation des hébergements qui déclinent, la nuit, le Grand Parc de jour. Avec des édifices dignes des architectes des Bâtiments de France. Le visiteur choisit son siècle pour dormir. Là encore, l’isolement du Puy du Fou en rase campagne nous a conduits à proposer des séjours en immersion. La moitié de nos visiteurs restent deux jours et dorment sur place.

    Le cinquième coup d’audace est inattendu. Des chefs d’Etat nous appellent, nous envoient des équipes, nous demandent d’aller les voir car ils veulent un Puy du Fou, terme devenu générique. Ils nous disent « Vous prenez notre patrimoine, notre histoire, vous prenez notre passé, et vous les faites rejaillir, vous les faites revivre ». J’ai été reçu par le Président Poutine, la famille royale britannique, les Hollandais et en ce moment par les dirigeants Chinois. Actuellement 40 de nos techniciens sont en train d’installer le Puy du Fou Tolède.

    Alors pourquoi cette pérennité et pourquoi ce succès ?

    Autour de moi, j’entendais souvent des commentaires désabusés sur le bénévolat, sur l’usure du bénévolat. Il n’y a pas eu d’usure. Il y a 4000 bénévoles aujourd’hui, et 600 candidats qui espèrent contribuer au Puy du Fou, certains attendant depuis 5 ans. On ne peut pas les accueillir. On ne peut pas grandir, sinon on va grossir. Il y a aussi 2000 salariés.

    La première clé de cette pérennité, c’est que l’idée ne s’est jamais abimée, elle est restée pure. L’idée était un hymne, un requiem à la Vendée, un hymne à la France avec le légendaire français du Grand Parc.

    La deuxième clé de la pérennité, c’est que le feu créatif ne s’est pas éteint. Nous n’avions rien et maintenant nous sommes sur le toit du monde ! La pratique du spectacle vivant met en œuvre 266 savoir-faire français recensés. Pour 65 d’entre eux, le Puy du Fou est sur la première marche mondiale. Cela veut dire que 65 de nos jeunes talents, qui ont moins de 30 ans, sont au top mondial. Lorsque je me suis retiré de la vie publique, il y a dix ans, j’ai dit à mon fils devenu président du Puy « On crée, on investit, on y va à fond » et ça a marché. Nous avons nos laboratoires, nos inventeurs, nous ne déposons aucun brevet et plus personne ne visite nos coulisses.

    La troisième clé, c’est que nous avons gardé notre ferveur. Le 11 mars 1978, je déclarais aux 300 premiers Puyfolais, sceptiques devant un jeune homme de 27 ans « Je comprends votre scepticisme mais je tiens à vous dire que je ne suis pas venu déposer un acte de business mais un acte d’amour. Je suis venu écrire un requiem, disposer une sépulture que nos ancêtres n’ont pas eue. C’est ma vie, je veux rendre hommage à ceux qui ont fait ce que je suis. Et ce que vous êtes. Alors nous allons relever la tête ensemble, et nous allons relever la tête de tous les Vendéens. Pour que vous me croyez complètement, en présence du notaire des Epesses, je vais faire devant vous 4 serments. Le 1° serment, c’est qu’il n’y aura jamais de droit d’auteur pour le créateur. En 2012 avec notre conseil juridique la FIDAL, j’ai même décidé d’aller plus loin en inscrivant que jamais personne ne pourrait racheter le Puy du Fou. Si l’œuvre doit péricliter un jour, ce ne sera pas pour une question d’argent. Le deuxième serment assure qu’il n’y aura pas de subventions, pour échapper au marketing électoral. Le troisième serment nous engage à ne jamais verser de dividendes car il n’y a pas d’actionnaires extérieurs. Le Puy du Fou est son propre actionnaire, le moindre centime gagné est réinvesti dans l’œuvre. Le quatrième serment porte sur la question des brevets. Nous ne déposerons jamais de brevet pour ne pas être tenté par la prise de brevet extérieur. Nous faisons tout nous-mêmes. Nous ne vendons rien et n’achetons rien. Ce carré magique des quatre serments garantit les quatre indépendances du Puy du Fou, indépendance économique, indépendance artistique, indépendance pédagogique avec nos écoles, et indépendance technologique.

    Et alors, pourquoi ce succès depuis 40 ans ? Chaque matin, tout entrepreneur doit se dire « Mon produit est-il périmé, est-il toujours apprécié par mes clients ? » Tous les jours, nous nous disons « Attention nous sommes fragiles, il faut aller plus vite, plus loin, être les meilleurs du monde ». Nous sommes dans l’angoisse créatrice. Et ça marche !

    Le succès interne vient de la création d’une société d’hospitalité et d’entraide. Il vient également du fait que nous avons fait sauter des écrans, entre les générations, nous avons tous l’âge du Puy du Fou, entre les statuts juridiques, bénévoles et salariés ne sont pas en compétition, ils ne cherchent qu’à faire du beau en ayant le même amour de l’œuvre. Celle du Puy du Fou est plus grande que chacun d’entre nous. Elle nous survivra. C’est l’illustration de la phrase de St Exupéry « Donnez-leur quelque chose à aimer et vous verrez qu’ils s’aimeront ». Nous avons créé une société, un groupe où règnent la sérénité, le bonheur de vivre, une petite nation avec une histoire, un hymne, un drapeau et un art de vivre.

    Notre histoire est la sédimentation d’épreuves et de succès. L’histoire du Puy du Fou s’est tramée sur la question de la reconnaissance, avec trois dates clé, 1984, 1993 et 2012.

    1984, la grande émission « Vive la crise », commentée par Yves Montant passe à la télévision.  Il présente « La bonne nouvelle après la crise : le Puy du Fou ». C’est aussi un titre du journal Libération. On parle d’un nouveau modèle socio-culturel qui n’est pas fondé sur le capital, mais qui apparaît comme un vrai modèle autogestionnaire. C’est une opération extraordinaire pour nous. Mais il y a aussi les Deschiens qui, à la télé, noircissent l’image du Puy du Fou. Cela devient la kermesse du vicomte qui fait danser ses métayers autour d’un feu de joie.

    En 1993, nous faisons venir Soljenitsyne au Puy du Fou où il déclare « Un jour viendra où les Français seront de plus en plus fiers de la résistance et du sacrifice de la Vendée ». C’est un bouleversement, nous avons gagné, la Vendée est réhabilitée ! Il faudra désormais reconnaître qu’il y a eu un génocide en Vendée.

    Et en 2012, Hollywood nous décerne l’Oscar du plus beau parc du monde. La presse française, souvent méprisante, se retourne et titre « Le célèbre Puy du Fou ! » Depuis, je suis entré au Hall of fame, où je suis le seul Européen! Les décorations ne m’intéressent pas, mais je suis comptable de cette belle aventure. Nous avons accueilli l’anneau de Jeanne d’Arc et petit à petit le Puy du Fou est devenu un haut lieu de la mémoire vivante de la France. C’est à la fois une entreprise saine et une aventure humaine qui est restée la même qu’au premier jour.

    Pourquoi ce succès ? Beaucoup de gens m’ont dit « Pour nous, c’est devenu une petite patrie parce qu’avec nos enfants, nos amis, nos voisins, nous venons et revenons. C’est comme une source d’eau vive où nous étanchons notre soif de racines. »

    On vient au Puy du Fou du bout du monde car les racines conduisent à l’universel. Tant que le Puy du Fou répondra aux mémoires en manque, aux âmes appelantes et palpitantes, alors il grandira et il restera ce qu’il est, une œuvre de civilisation intime.

    C’était pour moi l’œuvre d’une vie et c’est un immense bonheur d’avoir pu donner l’occasion à des équipes qui me dépassent par leur enthousiasme, leur incandescence et leur effervescence, l’occasion d’avoir eu une belle vie. Au cœur de la France aujourd’hui menacée au sein même de sa civilisation, le Puy du Fou reste un havre, un môle qui ne bougera pas. Un isolat pour les dissidents comme le dit Jean Raspail, les dissidents d’une société multi déculturée.

    Je m’adresse à vous, chers amis Vendéens. On a fait une chose extraordinaire ensemble depuis 40 ans. Quand les Sablais allaient dans le bocage, il y avait un petit malaise. Quand les Bocains venaient aux Sables, il y avait un petit malaise. Aujourd’hui, grâce à tout ce que nous avons fait, il n’y a plus de malaise. Qu’on soit de la plaine, de la côte ou du bocage, on a fait ensemble une chose précieuse et mystérieuse, on a retrouvé notre fierté, l’amour de notre voisinage, de nos lignées et de nos voisins de demain. Vendéens, je vous aime !

    *****

    Les questions de l’assistance :

    Monsieur de Villiers, ne craigniez-vous pas que l’on s’attaque au principe du bénévolat qui échappe au fisc ? Est-ce que vous avez une perspective, une parade à ce qui pourrait nous arriver avec nos ingénieurs de Bercy ?

    C’est une question réaliste. En effet les gouvernements successifs, celui de Jacques Chirac puis celui de François Fillon, ont entrepris de mettre fin au bénévolat. On a craint le pire, mais il faut savoir que nous possédons une force de frappe énorme, et nous avons obligé le gouvernement à renoncer à son projet, en relation étroite avec nos amis Bretons. Nous l’avons averti, si nous devons arrêter notre activité, nous alerterons la France entière. Fillon a eu peur. Quand Emmanuel et Brigitte Macron sont venus en visite du Puy du Fou, on a abordé le sujet en disant que nous nous étions largement battus pour défendre ce principe de pratique amateur. Le Président de la République est intervenu pour qu’un nouveau texte régulant le bénévolat ne soit pas applicable au Puy du Fou. Cela reste à surveiller, je suis très circonspect.

    Il ne faut pas oublier que si nous avons beaucoup de salariés, c’est parce que les bénévoles créent de la richesse qui nous permet d’embaucher.

    Merci Monsieur de Villiers, car je vous dois aujourd’hui même mes 19 ans de mariage. J’étais jeune MPF et lors d’une réunion à Lyon, vous m’avez présenté à un député européen, je suis devenue sa stagiaire et j’ai épousé son assistant. Merci aussi en tant que mère de cinq garçons, tous fans du Puy du Fou. Notre troisième rêve de devenir vétérinaire chez vous, et merci aussi en tant que chef d’entreprise qui veut faire découvrir le beau qui élève. Je veux faire découvrir le fait-main français et c’est l’objet de ma question. Les magasins du Puy du Fou vont-ils mettre en avant le fait-main français à la place du made in china ?

    Nous y travaillons. En particulier pour tout ce qui touche l’alimentation et les achats de proximité. Nous souhaitons que les produits que nous utilisons proviennent préférentiellement de la Vendée.

    Vous avez parlé de racines que je sens bien quand je vais au Puy du Fou. Nos racines chrétiennes qui ont été si souvent persécutées par notre pays. Je sens ces racines chrétiennes dans vos spectacles.

    Je viens de sortir un livre qui s’appelle « Le mystère Clovis » et j’explique que si la France oublie ses racines chrétiennes, elle va mourir. Si l’Europe oublie ses racines chrétiennes, elle va mourir aussi. J’ajoute que, qui que nous soyons, nous avons tous un peu de Rome, un peu de Jérusalem, un peu d’Athènes en nous, comme un petit évangile qui coule dans nos veines. Si la Vendée n’avait pas été chrétienne, le Puy du Fou n’aurait pas existé. Si elle n’avait pas été chrétienne, la Vendée ne se serait pas révoltée en 1793 et elle n’aurait pas sauvé l’honneur. Si la Vendée a été massacrée, c’est parce que la Révolution Française porte un gène terroriste dans son ADN, celui de la table rase. Elle a voulu remplacer la religion ancienne par une religion nouvelle, l’Etre Suprême et le droit de l’hommisme. On voit les dégâts aujourd’hui car toutes les frontières sautent. La frontière géographique qui définit l’identité, transforme le citoyen en consommateur compulsif sur un marché planétaire de masse, la frontière anthropologique entre le sexe masculin et le sexe féminin, la frontière entre la vie et la mort, la frontière entre les animaux et les hommes. L’animal est en train d’obtenir un statut de sujet de droit au moment où l’embryon humain est en train de devenir un objet. Au nom du militantisme animalitaire, nous vivons un chassé-croisé sans que personne ne dise rien. Ce chassé-croisé prépare la transhumanité, l’homme bionique, l’homme augmenté, l’homme aliéné, l’homme détruit. Je pense avoir répondu à votre question.

    Je suis un pur produit Villiers car je suis issu du Puy du Fou et de l’ICES. Vous avez fait de multiples réalisations, l’éducation avec l’ICES et l’école du Puy du Fou, la politique avec le MPF et le Conseil Général de la Vendée, l’art et la culture avec le Puy du Fou. Aujourd’hui le Puy du Fou est seul en France. Ne faudrait-il pas d’autres Philippe de Villiers et que faut-il faire pour les faire émerger ?

    Vous avez évoqué l’ICES. C’est en effet une extraordinaire réussite, un professeur de la Sorbonne m’a dit que c’était probablement la meilleure université de France.

    Votre deuxième question est celle du clonage ! En fait nous sommes des milliers en France, sans se connaître, à être lucides. Je crois aux élites et aux idées. Ce sont les élites qui commandent les masses, et les idées qui mènent le monde. Les hommes politiques l’oublient et ils vont être balayés. En Europe, il règne aujourd’hui un sentiment de dépossession, de nous-même, de notre mémoire, de notre histoire, de notre territoire. On installe une contre-société qui ne relève pas de la même civilisation, agressive et conquérante. Que pouvons-nous faire ? Faire confiance aux hommes politiques, mais c’est une voie sans issue. Créer notre petite structure de résistance, notre cellule de dissidence. A chacun son charisme pour défendre son petit bout de France. Un chef d’entreprise qui défend ses salariés et développe quelque chose qui lui appartient mais appartient aussi à plus grand que lui défend un bout de France. Heureusement les peuples ont un instinct que les élites comprennent parfois trop tard. Il va y avoir un gigantesque coup de balai dans toute l’Europe. Quand ? Je ne sais pas. L’Europe se fragmente. Les Anglais veulent défendre leur identité et « brexitent ». Ils nous disent qu’avec notre parti pris migratoire, nous laissons toute l’Afrique venir chez nous en ayant aboli les frontières, avec les principes de non-discrimination et de libre circulation poussés à leur extrémité. L’Europe de l’Est ne l’entend pas de cette oreille. Je connais bien Viktor Orban qui est monté sur les chars soviétiques en 1956 en leur disant « Vous ne bougerez pas ! » C’est pour cette raison qu’il est populaire chez lui. Elu 3 fois de suite au 2/3 des voix. Pas un Hongrois ne parle de dictature. Orban veut conserver les racines chrétiennes de son pays. Il veut un homme et une femme, un père et une mère, et faire respecter le traité de Schengen, c’est-à-dire faire respecter sa frontière. Pas d’immigration illégale. La Hongrie est un pays traumatisé qui a connu Gengis Khan, l’occupation allemande, l’occupation soviétique, l’occupation autrichienne et l’occupation islamique. Les Hongrois pensent que nous sommes complètement fous. L’Etat de droit, c’est l’enfant sans père, l’homme sans racines, une Europe sans frontière, sans souveraineté, sans Etat, et la fabrique d’un homme de sable. Je n’en veux pas ! Bruxelles est en train de tout déstructurer, de détruire les racines, les cultures, et tous les équilibres affectifs, ce sera la fin de notre civilisation. Mais il y a heureusement des gens qui se lèvent. Personnellement j’avais choisi de quitter la vie publique, j’ai toutefois décidé d’écrire, estimant que j’ai plus de poids comme conscience morale que je n’en avais quand j’étais élu.

    Jean-René Bernaudeau : Un jour, je t’ai croisé dans un TGV et tu m’as dit « Tu as mis la Vendée très haut aux Jeux Olympiques, au Tour de France, le Vendée t’en sera reconnaissante.»

    Tu as sauvé l’honneur du cyclisme français et tu as fait grandir la Vendée. D’année en année, tu as sorti de grands champions comme Thomas Voeckler et d’autres, tu nous as toujours étonnés. A cause de toi, sur toutes les routes du Tour il y avait des drapeaux rouge et blanc, double cœur. Jean René je te remercie de tout mon cœur.

    Vous avez évoqué à plusieurs reprises l’entreprenariat et je voudrais savoir quels conseils vous pourriez donner aux étudiants audacieux mais sans expérience, à la sortie de leurs études ?

    A un jeune, je dirais d’abord que les études ne sont jamais assez longues. De Gaulle disait « Le commandement, c’est la culture générale ! » C’est profondément vrai. Ça vaut la peine de faire de longues études pour arriver à maturité.

    Mon deuxième conseil sera de chercher une entreprise dont le patron est amoureux de son produit parce que l’entreprise n’est pas une démocratie, c’est une dictature, la dictature du client. Le patron de l’entreprise n’a qu’un boulot, faire vivre son produit, l’adapter, le faire grandir.

    Au début d’une entreprise, il faut un entrepreneur, un créateur, un défricheur, après il faut des intrapreneurs. Au Puy du Fou, nous fabriquons tous les jours des intrapreneurs. Un problème, ils interviennent. Un défaut, ils améliorent. Pas de hiérarchie, ils sont les actionnaires moraux de l’entreprise.

    En Vendée, nous avons la chance d’être le premier département pour la création d’entreprises, et le premier département pour la propriété d’entreprises. Les entrepreneurs Vendéens disent que leur vrai capital, c’est leur travail. Et que leur richesse réside dans la transmission familiale de l’entreprise et le respect des salariés sans lesquels l’entreprise ne serait pas.

    Dans votre vie, choisissez un mentor. Il vous apprendra beaucoup et détectera en vous des qualités que vous ne connaissez même pas. J’étais complexé et timide, et j’ai trouvé des gens qui m’ont donné confiance en moi et j’ai fait le Puy du Fou. Choisissez un mentor, soyez-lui fidèle et vous irez très loin !

     

    Compte-rendu réalisé par Laurence Crespel Taudière

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