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  • Vendée TALKS 2018 : La meilleure façon de prédire l’avenir est de le créer « Les pouvoirs de la motiv’action »

    Le 11 Avr 2019 - Catégorie : Les Rencontres du CERA

    Vendée Talks– CERA – 12 décembre 2018

    CERA et St Gab à Saint Laurent sur Sèvres

    « La meilleure façon de prédire l’avenir est de le créer »
    LES POUVOIRS DE LA MOTIV’ACTION !

    Présentation d’Antoine Lambert.
    Je préfère vous prévenir d’emblée pour que vous ne soyez pas déçus, la soirée de ce soir sera
    un échec. Il y aura forcément des choses que nous pourrons qualifier d’échec. Je ne sais pas
    quoi, la température des petits fours, la déco que nous ne voyions pas de cette couleur-là, les
    intervenants que nous avions pensé de qualité et puis voilà… Alors, puisque nous en sommes
    convaincus, nous allons aller au point de célébrer l’échec ce soir, mais au point de s’y
    vautrer complètement ! Les trois quarts des intervenants de ce soir, voire presque tous, sont
    des gros losers revendiqués. Ils le revendiquent d’autant mieux d’ailleurs qu’ils ont fait le
    choix de ne pas s’arrêter sur leur échec. Ils ont en commun d’avoir choisi de ne pas chercher
    à prédire l’avenir mais de le créer, d’avancer quoiqu’il arrive. Ils ont vécu plein de choses.
    Ce soir, ils disposeront de douze minutes pour raconter, pour partager une conviction, une
    passion, une histoire. Douze minutes, c’est très peu, mais c’est tout ce que nous leur avons
    accordé !
    Vous allez voir, ce ne sont pas tous des surhommes ou des surfemmes, certains sont plus ou
    moins médiatisés, d’autres vivent quotidiennement dans un relatif anonymat, mais ils ont tous
    l’envie de partager quelques choses avec vous. Ils ont en commun cette volonté de croire en
    leur indépendance d’esprit et dans leur capacité à faire. Je vous demanderai, en retour, de
    leur transmettre tout votre enthousiasme et toute votre bienveillance. Ce ne sont pas tous des
    conférenciers professionnels mais nous les avons choisis parce que ce qu’ils ont à partager a
    de la valeur. Certains sont assis devant, d’autres sont en coulisse à se ronger les ongles en
    espérant que ça passera très très vite. Donc avant de commencer, puisque tout ça sera un
    échec de toute façon, je vous remercie de les applaudir très fort !

    La première personne que nous allons écouter ce soir, vous l’avez découverte dans le
    courant de l’été 96, à Atlanta, d’où elle est revenue avec deux médailles olympiques autour
    du cou, l’une en or, l’autre en argent. Depuis elle est cadre dirigeante dans le Groupe
    Bouygues et elle est venue partager ce soir sa croyance dans la confiance, dans l’audace.
    Merci d’accueillir notre première intervenante, Valérie Barlois-Leroux.

    Intervention de Valérie Barlois-Leroux

    J’ai décidé, ce soir, de vous parler d’une personne qui a près de 50 ans, née dans une
    famille modeste, une maman institutrice, un papa soudeur tuyauteur, qui a connu une enfance
    joyeuse, équilibrée, épanouie, une adolescence un peu plus difficile avec la perte prématurée
    de sa mère à l’âge de quatorze ans, un papa qui ne s’en est jamais remis, une soeur de seize
    mois sa cadette dont il a fallu prendre soin. Cette personne, c’est moi. Bonsoir.
    Rien ne me prédestinait à être championne olympique en étant diplômée d’une grande
    école de commerce, ni même cadre supérieure d’un grand groupe du CAC 40. Alors comment
    c’est possible ? Je pense simplement par la volonté d’être acteur de sa vie et non simple
    spectateur de sa vie.
    J’ai commencé l’escrime à l’âge de six ans, par le fleuret – il y a trois armes à
    l’escrime : le fleuret, l’épée et le sabre – dans un club à Melun, en Seine et Marne, avec des
    parents très investis dans le club. Je m’entrainais tous les soirs de la semaine. J’ai eu la chance
    d’y rencontrer un maître d’armes formidable, Maître Revenu, un grand Monsieur de l’escrime
    française. Il avait ce talent, ce don, de faire travailler tous les fondamentaux de l’escrime.
    C’est un sport assez peu académique dans la posture, dans la position. Mais lui avait trouvé le
    truc pour nous faire travailler. Il s’adressait aux gamins que nous étions sous la forme du jeu
    « Jacques a dit ». « Jacques a dit : marchez, Jacques a dit : rompez ». C’était assez drôle et
    nous nous sommes bien amusés, nous étions une bande de copains et nous avons pris
    beaucoup de plaisir.
    J’ai parlé de la présence de mes parents dans l’entrainement, dans la vie du club, dans
    les compétions. Cela peut sembler anodin mais celle-ci a été essentielles pour moi car je me
    suis sentie soutenue, encouragée dans la démarche, importante à leurs yeux, bref en confiance.
    La confiance, le plaisir, l’aspect ludique des choses sont pour moi des choses essentielles.
    Quand je n’ai pas ces ingrédients-là dans mon quotidien, dans ma vie personnelle, dans ma
    vie professionnelle, avec mes amis, je peux être amenée à prendre des positions très
    marquées, très fortes. A titre d’exemple, j’ai intégré l’INSEP, l’Institut National du Sport et
    de l’Education Physique, grand-messe du sport français, alors que j’étais en classe de
    Première.

    Qu’est-ce que l’INSEP ? Nous nous levons le matin, petit-déjeuner, deux ou trois
    heures de cours, entraînement en fin de matinée, puis déjeuner et l’après-midi, rebelote, cours,
    entraînement, dîner et nous nous couchons. C’est quelque chose qui ne m’a pas convenu. Ces
    conditions ont généré beaucoup de stress. Triste, je m’ennuyais. La routine m’ôtait l’envie de
    m’entraîner. De plus l’ambiance n’était pas exceptionnelle, des gens très égocentriques ne
    parlaient que de sport, de résultats, et d’échéances sportives. Je ne jouais pas ma vie à
    l’entraînement. Je pratiquais du sport de haut niveau sans jamais avoir l’idée que j’accèderai
    un jour au niveau que j’ai pu atteindre. De surcroît, il y avait dans l’équipe de France de
    l’époque une ambiance qui n’était pas extraordinaire. Plutôt que de donner le meilleur de soi,
    l’objectif était de regarder à quel moment la copine allait se planter pour dire « Je suis la
    meilleure Française de telle ou telle compétition » alors que la meilleure Française était la
    100° ou 150° au niveau mondial. Il n’y avait rien de glorieux là-dedans.
    Un matin, je suis arrivée à l’entraînement et j’ai dit à mon entraîneur :
     « Ecoute, je vais faire un break d’une semaine, je pars au ski.
     Ah non, ce n’est pas possible, ce n’est pas du tout compatible, nous avons des
    compétitions bientôt, tu risques de te blesser !
     C’est tellement possible que j’ai déjà pris mon billet de train et je pars aujourd’hui, je
    ne m’entraînerai pas aujourd’hui » et je suis partie.
    Et ce qui devait arriver arriva. Le premier jour de ski, je chute et me fais une rupture des
    ligaments croisés. Opération, puis six mois d’arrêt et de rééducation. Mon entraîneur n’a pas
    été très joyeux mais cette rupture a été bénéfique pour moi parce que, pendant ce temps, j’ai
    pu réfléchir au sens de ma vie. Pourquoi je fais tout cela, comment vais-je retrouver du
    plaisir à ce que je fais ?
    Quand je suis revenu six mois après, j’ai dit à mon entraîneur « C’est décidé, j’arrête ». Il
    est devenu blanc et m’a dit une chose qui me sert depuis toujours « Valérie, n’arrête pas
    maintenant, tu as des qualités. Il y a d’autres armes, essaie-les, le fleuret n’est pas tout, tu
    verras si tu prends du plaisir. Au moins tu auras essayé ».
    Il a fallu que je change de club. Nouvelles rencontres. C’est à ce moment-là que
    j’apprends que l’ESCT propose une filière d’accès pour les sportifs de haut niveau. J’intègre
    cette école, je fais mes entraînements le soir, avec des garçons. Ce n’est pas très facile car ils
    ont une puissance plus grande que la mienne. Les premiers mois d’entrainement sont durs, je
    me sens nulle et découragée. Malgré tout je prends beaucoup de plaisir à l’entraînement.
    Au cours de ma scolarité, j’ai pris contact avec une personne qui a changé ma vie. Il s’agit
    de M. François Jacquet, DRH de Bouygues Construction. Il envisageait l’intégration de
    sportifs de haut niveau dans son entreprise. La rencontre fut assez étonnante, le contact facile.

    Il m’a donné ma chance en m’offrant de faire mes stages d’étude de 2° et de 3° année chez
    lui, et de m’embaucher directement. Cela m’a enlevé beaucoup de pression. En 1995, un an
    avant les jeux de Sydney, j’ai intégré le groupe.
    Cet homme a changé ma vie. Il a communiqué sur moi « Nous avons la chance
    d’accueillir une athlète de haut niveau. Nous partageons des valeurs communes et sommes
    certains que cela va bien fonctionner ». En effet notre collaboration a très bien marché. Au
    retour de compétition, le lundi, j’avais toujours un petit cadeau qui m’attendait. Quand est
    arrivée la préparation finale des Jeux, il a mis en place tout un dispositif et je suis partie aux
    Jeux gonflée à bloc. Je me sentais soutenue par tous les collaborateurs. Il y a aussi tout le côté
    magique des Jeux, le village olympique, la mascotte, les athlètes tous hyper connus, et un
    évènement magique, la cérémonie d’ouverture des Jeux. Ce soir-là, notre entraîneur nous a dit
    « Les filles, ça ne va pas être possible d’y assister, la compétition commence dans 48 heures.
    Vous n’allez pas pouvoir défiler ». Devant notre insistance, il a fini par accepter « Mais, les
    filles, il va falloir faire le job ! ». Finalement nous l’avons tellement bien fait que nous avons
    fini 1° et 2° de l’épreuve individuelle et on a gagné l’épreuve par équipe. Ce jour-là j’étais
    tellement en état de grâce que j’ai pu tenter et faire tout ce que je souhaitais. Tout marchait !
    J’ai battu des adversaires que je n’avais jamais battues et que je n’ai jamais battues après.
    Tout cela pour vous dire que la vie, c’est comme un puzzle. Vous avez des pièces, à vous
    de les choisir ! A vous de choisir l’ordre dans lequel vous allez les assembler. La confiance,
    pour moi, est la base des fondamentaux. Quand nous sommes en confiance, nous sommes
    capables de soulever des montagnes. Nous pouvons tout faire dès lors que nous y ajoutons un
    peu d’autre chose, de l’audace, de l’optimisme, se donner les moyens de ses ambitions, ne
    pas avoir peur de perdre, avoir l’envie de gagner, arriver à entraîner les autres, se laisser
    guider par son intuition. L’intuition est mon ange gardien, elle me donne souvent les bons
    codes.
    Un dernier conseil m’a été donné par une femme formidable. Quand nous faisons des
    choses dans la vie, nous devons nous demander « Cette chose que je suis en train de faire, estce
    qu’elle est bonne pour moi ? »
    Alors je me suis demandée quand je préparais l’intervention de ce soir « Est-ce que cette
    intervention est bonne pour moi ? » La réponse a été « Oui ». « Oui » car elle m’a permis de
    reprendre racine, de reprendre pied avec mes fondamentaux dont je m’étais un peu éloignée
    ces derniers temps. Alors pour ça « Merci ! »

    __________________

    Notre prochain intervenant n’est pas neurologue, il n’est pas chercheur au CNRS. Il a un
    parcours de Grande Ecole. Il est passé par l’armée puis il s’est lancé dans l’entreprenariat.
    C’est un passionné des moyens de transport, de boxe thaï. Sa passion de l’entreprenariat l’a
    conduit à se confronter à une question existentielle pour lui « Qu’est-ce qui explique, qu’estce
    qui justifie biologiquement les différences de motivation, les différences d’envie entre un
    individu et un autre ? »
    C‘est à cette question qu’il va essayer de répondre. Merci d’applaudir Jean-Christophe
    Ordonneau.

    Intervention de Jean-Christophe Ordonneau

    Ce qui m’amène ce soir devant vous pourrait concerner tout ce que j’ai pu voir sur la
    question des entrepreneurs, tout ce que j’ai pu voir dans le monde de la boxe thaï où j’ai un
    club depuis une dizaine d’années, cela aurait pu être tout ce que j’ai pu voir au travers du
    think-tank que j’ai fondé sur les infrastructures de transport. En fait je suis allé chercher du
    côté de ma curiosité personnelle : la neurologie, les sciences humaines, l’anthropologie,
    l’histoire, l’économie, la finance, la nutrition, les questions de stress. Je suis allé chercher ce
    qu’il y a de scientifique derrière tout cela.
    Qu’est-ce que la science nous dit sur la motivation ?
    Nous pouvons être au niveau 0, cela s’appelle la dépression, qui parle de l’incapacité de
    faire quoique ce soit. C’est une incapacité physique, un mélange de ce que nous ressentons
    lors d’un deuil, sauf que cela ne s’atténue pas, comme une douleur chronique constante. En
    face, il n’y a aucune reconnaissance, « C’est dans ta tête, bouge-toi ! » C’est une maladie qui
    touche 430 millions d’habitants, allergiques à l’action et au mouvement.
    Comment cette maladie a pu survivre à la sélection de l’espèce ? Cela fait 200 000 ans
    que nous sommes humains avec le même ADN. Beaucoup de maladies ont été repoussées
    dans les maladies génétiques, les maladies rares. Toutefois la dépression persiste, et de plus
    elle n’est pas rare. 430 millions de personnes, ce n’est pas rare. Pourquoi biologiquement
    cette maladie existe-elle encore ?
    A certains moments, ne pas bouger est une bonne option. Il fut un temps où nous risquions
    de rencontrer une bête sauvage ou une maladie et se remettre consistait à rester allongé pour
    que le corps se guérisse de l’attaque des virus ou des bactéries, tandis qu’une inflammation
    s’installait simultanément. On peut noter le parallèle avec la dépression qui s’accompagne
    toujours d’une augmentation de la température, une sorte de fièvre.

    Quelles leçons pouvons-nous tirer du comportement de ceux qui n’arrivent pas à se
    motiver ? Lutter contre le stress, méditer, vivre le moment présent, rendre grâce, reconnaître
    les choses positives vécues dans la journée, être en contact avec la nature.
    Du fait que vous êtes venus jusqu’ici, nous pouvons penser que vous n’êtes pas au niveau
    0, mais à un niveau supérieur, vous cherchez à vous motiver. Nous pouvons considérer deux
    types de motivation. La motivation extrinsèque qui vient de l’extérieur, alimentée par l’argent,
    les récompenses, les primes, la peur, les punitions. Cette motivation n’est pas très utile, pas
    très efficace. Elle détruit la performance. Nous allons plutôt nous pencher sur la motivation
    intrinsèque, celle qui vient de nous-même, nous font bouger de l’intérieur.
    Nous lui trouvons trois grandes origines : l’envie de progresser, le besoin de se diriger
    seul et la quête de sens.
    L’envie de progresser est liée à une molécule, la dopamine. Elle est là pour que nous
    réalisions des tâches incertaines et difficiles. Lorsque nous sommes dans l’échec, nous avons
    besoin de la dopamine pour continuer à essayer. Les médias sociaux ont très bien compris
    cela en nous proposant des petites tâches, un peu difficiles, un peu incertaines. La plupart du
    temps quand nous consultons nos médias sociaux, nous trouvons des choses inintéressantes,
    nous sommes un peu déçus mais la dopamine est là pour nous dire « Essayez encore ». Ce
    sont des mécanismes d’addiction qui nous permettent, de temps en temps, de trouver un
    article sympa.
    Le deuxième besoin est celui de se diriger, d’être en autonomie, de contrôler ce que nous
    faisons. Il est lié à d’autres types d’hormones, notamment le cortisol, l’hormone du stress et la
    testostérone, hormone de l’énergie. Elles servent à ce besoin social de se coordonner, à créer
    une hiérarchie. Par exemple, qui commence à manger quand nous avons tué un gibier ? Si
    cette hiérarchie n’existait pas, il faudrait, à chaque prise, se battre pour savoir qui commence.
    Et se battre, c’est prendre le risque de se blesser, d’où une perte globale pour la société, aussi
    bien pour le plus fort que pour le plus faible car tout le monde peut être blessé dans un
    combat. Du coup, cette idée de hiérarchie a du sens. L’absence de hiérarchie donne des
    génocides comme au Rwanda, au Cambodge, en Vendée.
    Le troisième besoin est celui de l’identité sociale, celui de trouver du sens. Ce qui est
    propre à l’homme en devenant l’homo sapiens, entre -70 000 et -200 000, est la conscience de
    soi. Nous sommes devenus conscients d’exister et conscients du bien et mal. Cette conscience
    nous permet donc de faire le bien ou de faire le mal.
    Le dernier niveau est souvent celui que je travaille avec les entrepreneurs qui doivent
    bouger mais aussi faire bouger. Nous avons vécu plusieurs révolutions successives, la
    conscience de soi, l’arrivée de l’agriculture, la révolution de la science et de la compréhension
    de l’individu, celle-ci n’a pas encore couvert la totalité de la planète, et l’arrivée de la dernière
    qui est celle de l’informatique et de l’algorithme.
    Si l’on se place dans la révolution de la conscience de l’individu, ce n’est pas parce que je
    fais partie d’un groupe que j’existe, mais j’existe moi en tant que tel. C’est au niveau de
    l’individu que se situe la décision. L’entrepreneur va donc devoir faire bouger l’ensemble des
    individus pour utiliser leur énergie. S’il ne le fait pas, 25% seulement des employés se
    sentiront motivés par l’entreprise, alors que dans les entreprises qui ont un but, ce sera 75%.
    C’est un changement considérable. Le leader doit donner du sens, à la fois avec l’ordre, signe
    que son entreprise est stable et le chaos, signe de la rupture et de la croissance.
    Pour en finir je vais vous demander de vous poser deux questions.
    Comment vous parlez-vous ? Accepteriez-vous qu’un Bac Pro vous parle ainsi ? Je
    vous propose de vous parler avec respect. Merci beaucoup.

    ___________________
    La prochaine intervenante a dix-sept ans. Cela vous donne une petite idée de l’ivresse
    que peut représenter de prendre la parole devant trois cents personnes pour partager quelque
    chose, une expérience, une envie, je ne sais pas ce que j’aurais partagé à dix-sept ans si l’on
    m’avait tendu le micro. Merci d’applaudir Zoé Gautier.

    Intervention de Zoé Gautier

    Comment faire son avenir ? Je pense qu’à dix-sept ans, lorsque l’on nous demande de choisir
    notre orientation, notre avenir, c’est tout à fait normal de se demander « Comment faire,
    comment créer son avenir ? »
    J’ai eu un début de réponse grâce à une expérience qui m’est arrivée il y a environ un
    an. Il y a un an, j’entrais en classe de Première S à Saint Gab et j’ai toujours été ce que l’on
    peut appeler une bonne élève. Lorsque nous passons en classe supérieure, on nous dit souvent
    que le niveau risque d’être plus exigeant et que les notes risquent de baisser. J’ai eu la chance
    de ne jamais connaître cela, c’est-à-dire que je suis toujours restée dans la même tranche de
    notes sans trop voir ma charge de travail augmenter. Mais un jour, en fin d’un cours d’anglais,
    la prof nous rend notre interro et je me vois devant mon devoir, avec un 7 sur 20. Cette note a
    été comme un déclencheur, j’avais l’impression de ne plus rien contrôler, d’avoir tout raté.
    J’avais une vision de l’avenir un peu simpliste. Prenons un exemple. Je fais de
    l’escalade depuis dix ans. Imaginons que je suis à dix mètres de haut, en pleine ascension, en
    plein effort et que le mouvement qui suit est très dur. Pour moi, avec la vision que j’avais de
    l’avenir à ce moment-là, deux possibilités s’offraient à moi. Soit je réussissais le mouvement
    et je pouvais continuer vers le sommet, soit je ratais le mouvement, je tombais, j’échouais et
    je ne pourrais jamais remonter, je resterais à jamais au pied du mur, je ne serais jamais
    vraiment heureuse. Donc je me retrouvais avec mon 7 sur 20, je venais de tomber de mon
    mur, j’avais tout raté. Pendant plusieurs semaines je me suis apitoyée sur mon sort, je me suis
    répété que j’étais nulle, que j’avais déçu ma famille. Et un jour, je me suis dit que je ne
    pouvais pas tomber plus bas, alors j’ai remis mon baudrier et mes chaussons d’escalade et me
    suis dit que je n’allais faire qu’un mouvement de plus que la dernière fois, qu’un mouvement
    de plus et je me suis rendu compte que j’avais trois possibilités. Soit je réussis, soit j’échoue
    et j’en reste là, soit j’échoue et je décide de retenter encore. Je me suis rendue compte que je
    ne suis pas invincible, que je peux échouer, mais que je peux me relever et repartir. Repartir
    avec plus d’envie que la première fois car cette fois, je sais ce que signifie tomber et je sais où
    je vais. Grâce à cette remise en question, je me suis rendue compte que pour créer son avenir,
    il fallait simplement essayer et ne pas avoir peur.
    Depuis le début je parle de moi car nous sommes seuls à prendre la décision, à savoir
    si nous osons – ou pas – y aller. Mais croyez-vous qu’à dix mètres de haut, en pleine
    ascension, nous sommes réellement seuls. Bien sûr que non, nous sommes reliés à cette
    personne que nous appelons un assureur. C’est cette personne qui nous maintient en vie quand
    nous chutons, quand nous échouons. Au fond du trou, nous découvrons alors autour de nous
    des personnes, la famille, les amis qui nous disent que nous pouvons y arriver, mais aussi des
    personnes qui sont là uniquement pour nous aider à nous relever et à repartir.
    Je peux me demander pourquoi, pendant seize ans, j’ai eu une vision si réduite de
    l’avenir, pourquoi cette peur me bloquait-elle depuis si petite, cette peur que nous avons tous.
    Pourquoi avons-nous peur de l’échec ? Finalement, c’est normal puisque depuis toute petite,
    j’entends que l’échec, c’est mal. Nous l’associons à un manque de travail, de réflexion,
    d’attention, voire même un manque d’intelligence. Idem à l’école où nous apprenons que
    l’erreur est négative. Nous comprenons très vite que nous n’avons pas droit à l’erreur. Il est
    drôle que cette citation de Pierre de Coubertin « L’important est de participer ! » soit si
    connue en France. Finalement il avait tort, « L’important est de réussir ! » Nous nous
    retrouvons dans une société où nous idolâtrons les premiers de la classe et quand nous
    tombons de notre piédestal, nous avons l’impression de tomber dans l’estime de notre
    entourage, nous avons peur de ne plus être aimé. Nous nous remettons constamment en
    question pour ne pas prendre le risque d’échouer. Il nous faut régler cette peur que nous avons
    d’échouer. L’échec n’est pas la fin d’un rêve mais juste une étape en plus dans la réalisation
    de ce rêve.

    Ce soir avec vous, j’aimerais faire le pari fou d’arrêter cette peur de l’échec que nous
    avons sur la poitrine et que nous osions croire dans la réalisation de nos rêves, ce soir je crois
    en mon avenir, je crois en moi. Ce soir nous pouvons croire en nous !

    ___________________
    Notre prochain intervenant s’est placé dans la lumière des projecteurs quand il a sorti son
    film « En quête de sens autour du monde » avec un très bon ami, un documentaire, un road
    movie à la rencontre de personnalités, à travers le monde, de gens simples du quotidien qui
    les ont inspirés.
    Optimiste, militant, spirituel, contemplatif, il partage son expérience avec simplicité et
    avec confiance. Merci d’accueillir Marc de la Ménardière.

    Intervention de Marc de la Ménardière

    « Le meilleur moyen de prédire l’avenir, c’est de le créer… » J’aime bien cette phrase,
    mais le meilleur moyen peut être de parler du passé et du présent. Sachez que nous avons à
    peu près 80 000 pensées par jour et qu’à peu près 75 000 sont les mêmes que la veille !
    J’ai envie de vous emmener en Inde, dans un petit village, au nord de New Delhi, au
    pied de l’Himalaya, pour rencontrer Anang et Prima qui forment un couple d’indiens qui ont
    suivi la philosophie de Gandhi et ont décidé de mettre leurs talents au service de leur
    communauté. Leur exemple a été pour moi un déclencheur.
    A l’époque, je travaillais à New-York. J’étais entrepreneur et ça se passait bien. Je me
    suis cassé le pied et j’ai fait une dépression en regardant une cinquantaine de documents sur
    l’état de la planète, les revers de la mondialisation et ses conséquences en termes de
    destruction de la planète, de l’humain, de la perte de démocratie. Le futur ne m’apparaissait
    pas du tout sexy, il évoquait des notions d’effondrement, de fascisme. Du coup je me disais
    « Comment puis-je réussir ma vie et être heureux ? » en sachant que l’avenir que l’on me
    propose va être assez négatif. J’ai beaucoup réfléchi, longtemps et au bout d’un moment, j’ai
    décidé de passer à l’action. J’ai essayé de partager mon malaise, sans succès, et je me suis
    aperçu qu’il est préférable d’avoir des débuts de solutions pour commencer à intéresser les
    autres.
    J’ai proposé à mon ami d’enfance Nathanaël de faire un documentaire montrant du
    positif, de raconter des histoires qui donnent envie de construire un futur qui sera plus sexy. Je
    l’ai rejoint en Inde, à un festival où il présentait un film. J’y ai vu un autre film qui parlait de
    résilience de la nature, de résilience de l’humain. C’est cela que nous sommes venus chercher
    pour créer notre film. Nous n’avons pas besoin d’information, nous sommes en infobésité.
    Nous avons besoin de sagesse pour poser une action juste et féconde dans le monde. Allons
    chercher cette sagesse.
    Nous nous sommes donc retrouvés dans un petit village où nous avons découvert
    l’univers de Gandhi. Les habitants vivaient au sein de leur communauté. Ils avaient un talent à
    vendre, ils travaillaient très bien manuellement, mettaient tout ce qu’ils avaient au service de
    la communauté, prenaient soin des femmes qui travaillaient dans les champs, seules à élever
    leurs enfants suite aux suicides de leurs maris qui ne supportaient plus leurs conditions de vie,
    prêts et dettes, OGM, cultures insatisfaisantes, pauvreté.
    Il y avait une joie de vivre, une forme de résilience. Ils partageaient les choses de
    manière équitable. Je leur ai demandé quel était le secret de cette joie de vivre. Ils m’ont
    répondu : deux choses : Service and Spiritual Practice. Pour eux, c’était une évidence. La
    question de la pratique spirituelle a commencé à m’interroger. J’ai la chance de pratiquer le
    yoga et je me suis retrouvé dans une grande salle où étaient exposés les portraits de leurs
    grands sages. Il y avait ce que j’appelle des psychonautes, qui viennent explorer l’espace
    intérieur et chercher à se connaître, à comprendre, à voir quelle est la nature de la réalité par
    l’introspection. Au milieu des portraits, il y avait deux phrases ont attiré mon attention et
    m’ont fait prendre un autre chemin que celui que j’avais prévu.
    La première, « L’action est précédée de la pensée ». Donc nourrit ton esprit avec les
    plus grandes valeurs, les plus grands idéaux, nourrit les chaque jour, chaque nuit et à force de
    pratiquer, des choses extraordinaires naîtront. J’ai pensé que tout part du rêve alors que dans
    notre société nous nous intéressons plutôt à la partie la plus basse de l’individu, la peur, l’égo,
    le sexe. Vendre le plus possible étant le but de notre société avec des marketeurs qui s’y
    emploie efficacement en faisant appel à notre partie un peu plus reptilienne.
    La deuxième phrase était « Tu n’es pas l’ego, tu es le Soi ».
    Ces deux phrases, bout à bout, ont provoqué un déclic. Une partie de mon égo a dit
    « N’importe quoi » et une partie du Soi a dit « Hein-hein, il y a une piste par-là ! »
    Nous avons continué à voyager avec l’idée qu’il fallait saisir ce qu’était ce Soi.
    Comment se connecter au Soi. Que ce soit par la danse, le chant, la méditation, il y a dans
    toutes les traditions de sagesse des techniques qui permettent d’accéder à cette partie-là. Pour
    moi, c’est la partie lumineuse, la partie créative, la part de l’intuition. Pour moi, c’est surtout
    de cela dont nous avons besoin, être capable de découvrir en soi la compassion, l’altruisme,
    qui sont notre essence profonde. Les neuro sciences avec Mathieu Ricard montrent que nous
    sommes d’abord altruistes avant d’être en compétition. C’est l’égoïsme qui sabote les
    fondements de la vie sur Terre. Tout ce qui ne cherche pas à séparer mais à réunir, ne cherche
    pas à juger mais à accueillir et qui permet de trouver des correspondances avec tous les êtres
    humains, est la voie pour essayer de proposer un avenir désirable. Nous nous sommes dit
    « Qu’est ce qui va nous connecter au meilleur de nous-même ? » Et en voyant tous les rushes
    réalisés « On parle bien de tout cela, mais ce serait mieux de les vivre et de les appliquer à
    nous-mêmes ». Nous adorons les concepts mais l’expérientiel est important et il a fallu trois/quatre
    ans pour digérer tout cela. L’esprit comprend à la vitesse de la lumière mais il faut du
    temps pour reprogrammer notre inconscient, notre ego, pour proposer une action plus en
    congruence avec qui nous sommes. Cela a donc été un long travail. J’ai appris la culture
    biologique, j’ai aussi travaillé avec la cantatrice Mariame Sébastien. Moi qui pensais que le
    développement personnel était réservé à une élite, je me suis aperçu qu’elle appliquait toutes
    ces choses-là avec ses enfants. Elle permettait aux gens d’exprimer toute leur histoire, au
    chant, en quelques notes. Les gens m’ont inspiré dans ce qu’ils faisaient. Il y a d’abord eu
    cette introspection, cette connaissance de soi qui permet de vraiment savoir qui je suis, quelles
    sont mes valeurs. Puis nos projets sont devenus extrêmement féconds. La qualité de nos
    intentions quand nous menons un projet détermine la fécondité de nos actions.
    Citons une phrase de Nelson Mandela sortant de prison « C’est le chemin qui me mène
    vers la liberté. Je sens que si je ne laisse pas derrière moi toute la haine et l’amertume, je serai
    en prison toute ma vie ». Faire ce travail là est ce qui va nous permettre d’amener cet avenir
    vers quelque chose de plus coopératif, de plus harmonieux. Changer uniquement les structures
    sans avoir fait ce travail ne sera pas suffisant. Nous ne sommes plus dans l’ère du ou-ou, mais
    dans l’ère du et-et.

    ___________________
    Le prochain intervenant est également un élève de Saint Gab, mais un ancien et dans
    son genre, c’est encore une fois un sacré bon loser, un vrai pigeon. Il le revendique
    d’ailleurs ! Il aime le pigeon des campagnes mais aussi celui des trottoirs parisiens, deux
    territoires qu’il cherche à rassembler depuis quelques années. Mesdames et Messieurs, merci
    d’accueillir Paul-Henri Bizon.

    Intervention de Paul-Henri Bizon.

    Un écrivain n’est pas du tout fait pour parler, il vit dans un autre espace-temps, celui
    du feuillet. Le feuillet, c’est 1500 signes et espaces compris, c’est à peu près une heure
    d’écriture quand je suis bien lancé. Si je fais bien le calcul, 12 minutes c’est 5 fois moins, soit
    300 signes et espaces compris. Pour moi c’est abyssal car, en à peine 30 secondes, j’ai déjà
    gagné 12 minutes de temps d’écriture, autant dire que ma présence devant vous ce soir n’avait
    rien d’évident. D’ailleurs la dernière fois que je suis monté sur scène, j’avais neuf ans, pour
    réciter une fable de La Fontaine qui s’appelait Le héron.
    « Un beau jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où le héron au long bec emmanché
    d’un long cou. Il côtoyait une rivière, l’eau était claire comme au plus beau jour, etc. etc. » A
    l’époque, ce fut une catastrophe, je n’avais pas appris la fable, j’avais le trac encore plus
    qu’aujourd’hui, peut-être et surtout cela ne sonnait pas très années 80. Pourquoi dois-je réciter
    ces vieilleries, pourquoi ne pas en écrire de nouvelles ? En fait, vis-à-vis de La Fontaine
    j’avais déjà un complexe, mais à l’époque, c’était un complexe de supériorité. En y repensant
    pour préparer cette conférence, je me suis dit qu’à ce moment-là j’ai pris conscience d’une
    chose qui allait prendre de l’importance dans ma vie et dans mon travail, c’est la notion de
    transmission. Faisons un retour au cours de latin à Saint Gab. La transmission est à la fois ce
    que nous donnons et la façon dont nous allons le donner, c’est aussi la façon dont nous le
    recevons et la façon dont nous allons le transmettre. En fait, la transmission n’est pas
    seulement une action mais presqu’un espace-temps, un écosystème d’actions qui serait
    engendré par une volonté de porter quelque chose au-delà.
    Il y a de multiples façons de le faire, la mienne est un peu monomaniaque, elle a
    toujours été la même, c‘est écrire. Ecrire, c’est prendre du réel, le transformer par la fiction et
    puis le donner à lire. Dis comme de cette manière, cela paraît assez simple, mais c’est plein de
    surprises. D’abord parce que le réel est rarement mono chromatique. Il peut être agréable,
    l’été, les petits oiseaux, l’amour. Moyennement agréable, un avion raté, un contretemps. Et
    puis parfois, carrément désagréable, ce qui s’est passé hier, le terrorisme, la mort. Il faut
    savoir s’y confronter. Et puis, il y a peut-être encore pire pour un écrivain, c’est quand le réel
    paraît tellement délirant qu’il faut d’abord le faire ressembler à du réel.
    Un jour, un type vient me voir et me propose de participer au projet de mes rêves.
    Créer à Paris 35 commerces de bouche et des restaurants qui permettront aux gens de venir
    s’approvisionner en produits agricoles vertueux sans l’intermédiaire de la grande distribution.
    Le type est un peu louche, il sort de nulle part mais il est entouré de gens que j’aime bien,
    dont je connais les travaux, et c’est pour moi l’occasion d’être une sorte de courroie de
    transmission entre deux mondes qui parlent peu, et quand ils parlent ensemble, ils ne parlent
    pas la même langue. Il s’agit de Paris, là où je vis et de la campagne d’où je viens. On me
    demande de donner un nom au projet, La Jeune Rue et de devenir la plume du projet, c’est-à dire
    de synthétiser toutes les idées qui vont affleurer aussi bien en urbanisme, en architecture,
    en agriculture, en commerce, en relation sociale. Je me trouve embarqué dans un projet qui
    grossit à vue d’oeil, qui ne cesse de grossir comme un monstre qui se nourrirait de tous les
    phantasmes, des miens et de ceux de tous les gens autour. Le truc prend une ampleur dingue
    et la presse ne parle plus que de cela, les Américains n’ont que La Jeune Rue à la bouche. Le
    type est invité à la télévision. Il se dit riche à millions mais les factures ne sont pas payées et
    au bout d’un moment, je me retrouve comme un idiot. Je perds beaucoup d’argent et sui
    obligé de licencier mon employé. Il ne me reste que la propriété de la marque. Un an après, le
    truc explose, 30 millions de dettes, 5 mois de prison pour le type et mes yeux pour pleurer.
    Voilà le monde réel, les histoires d’escrocs ne manquent pas. Qu’est-ce que je peux en faire ?
    Finalement la solution était dans Balzac et les « Illusions perdues » écrites en 1837. C’est
    l’histoire, à Angoulême, d’un vieil imprimeur radin qui vend son imprimerie à son fils qui se
    sent obligé de la payer. En même temps, la Révolution industrielle fait apparaître de grands
    financiers et Balzac décrit de grands progrès et les dangers qui les accompagnent. A Paris, la
    restauration se porte bien. Il y a beaucoup d’investissements, c’est un lieu de pouvoir et de
    l’autre côté de la chaîne, Angoulême est à bout de souffle. Balzac a été pour moi une sorte de
    courroie de transmission. Une fois que nous avons dépassé le réel par la fiction, une question
    se pose « Qu’est-ce que nous allons devenir ? » car en 2017, ce n’est pas comme en 1837. En
    2017, le problème n’est pas qu’industriel, seulement lié à l’imprimerie, il dépasse l’humanité
    elle-même, c’est le problème de son environnement. Qu’est-ce que nous allons faire ?
    Qu’allons-nous devenir ? Je suis écrivain, je n’ai pas de réponse. Ces questions sont offertes
    aux lecteurs. Je transmets. En éclairant, en montrant que nous sommes liés, que nous devons
    construire ensemble.
    Il n’y a d’autres vérités que celles que nous refusons de voir quand nous échouons. Ce
    pour quoi nous avons échoué et la contrepartie de cette responsabilité est que nous avons les
    solutions en nous. Il faut accepter de les voir, de faire un pas en avant, accepter de trouver
    cette motivation pour engendrer des connections nouvelles. Finalement dans cette fable, La
    Fontaine ne disait pas autre chose, « Ce n’est pas aux hérons que je parle, écoutez humains,
    un autre conte, vous verrez que chez vous j’ai puisé ces leçons. »

    ___________________
    Le prochain intervenant a une vraie hantise, c’est que tout se passe comme prévu.
    Exceptionnellement ce soir il ne serait pas contre que son propos se fasse sans accroc. Mais
    il en fera une exception et ce ne sera que durant sa prise de parole car le reste du temps, dans
    sa vie professionnelle, il est coach clinicien du travail, sa passion est de traquer, de tout
    observer, de traquer quand ça rate, de traquer tous ces petits échecs, de traquer le hasard,
    pour essayer de voir tout ce qui s’y cache et ce que cela peut révéler. Mesdames et Messieurs,
    merci d’applaudir Jean-Yves Germain.

    Intervention de Jean-Yves Germain.

    Je vais commencer par une question que je voudrais partager avec vous :
    « Aujourd’hui ou ces derniers jours, qu’est-ce que vous avez vécu de surprenant, d’inattendu
    ou d’imprévu ? »
    Voici une question que je me pose le plus souvent possible parce que depuis que je
    suis gamin, je suis fasciné par cette histoire qui m’a été racontée. L’histoire d’un grand
    navigateur au XV° siècle qui est parti pour rejoindre les Indes et qui aurait découvert
    l’Amérique. Surprenant, inattendu, imprévu !
    Peter Broker, le grand pape du management, a écrit un livre sur l’innovation dans
    lequel il décrit les sept sources d’innovation. La première source de l’innovation est
    l’imprévu, l’inattendu. Depuis, j’ai appris qu’il y avait un mot pour désigner ce phénomène. Il
    s’agit de la sérendipité. La sérendipité est le fait de trouver quelque chose que nous ne
    cherchions pas. Quelquefois nous parlons de découverte par hasard, par chance. A mon avis,
    la sérendipité est un peu plus complexe, beaucoup plus riche que juste le hasard ou la chance.
    Par exemple, il y a une soixantaine d’années, à Marcq-en-Baroeul, dans une usine où était
    fabriqué du caramel, les responsables parce qu’ils avaient trop de cacao ont mélangé du cacao
    avec le caramel, les machines se sont alors déréglées et le caramel est sorti en barre. Les
    caramels en barre ! Sans le faire exprès, ils ont à la fois inventé le Carambar et la machine à
    fabriquer les caramels en barre. Surprenant, inattendu, imprévu !
    Il y a environ soixante ans, chez 3M, il y a un chercheur, Spencer Silver, qui cherchait
    les colles les plus résistantes, les plus dures, les plus durables possibles. Il ne cherchait pas
    une colle qui ne colle pas ! Ses recherches ont abouti à la création du post-it. Surprenant,
    inattendu, imprévu !
    Il y a des dizaines et des dizaines d’exemples. C’est l’histoire de la découverte de
    l’Amérique, du Brésil, des grottes de Lascaux, c’est l’histoire du kevlar, du velcro, du VTT,
    du camping-car, de la tarte tatin. C’est extrêmement riche. On peut trouver quelque chose en
    cherchant autre chose. On peut trouver par maladresse, on peut trouver parce qu’il manque
    quelque chose ou parce qu’il y en trop, on peut trouver en imitant la nature, c’est le
    biomimétisme, on peut trouver en regardant ce que font les clients ou les salariés et on peut
    quelquefois trouver sans chercher. Ce que je trouve particulièrement motivant en travaillant
    sur la sérendipité, c’est que je m’intéresse à ce que nous découvrons qui est en réalité là, sous
    nos yeux. Les temps de recherche, de mise au point, de tests sont considérablement réduits,
    c’est génial ! C’est tellement génial que je me demande pourquoi nous n’en parlons pas
    davantage.

    La première source d’innovation ? Combien d’heures de cours, d’entraînement au
    collège, au lycée ! Pasteur a dit : « Le hasard ne favorise que les esprits préparés ». Quand j’ai
    lu cela, j’ai fait attention à avoir un esprit préparé et, depuis pas mal d’années, je travaille ce
    concept le plus possible. L’idée est d’apprivoiser l’inconnu, d’apprécier l’inattendu, d’aimer
    l’imprévu et d’en faire quelque chose.
    J’ai appris que l’on m’avait appris des bêtises. Christophe Colomb n’a jamais
    découvert l’Amérique. Pendant quatorze ans, c’est-à-dire jusqu’à sa mort, il a toujours
    proclamé qu’il était arrivé aux Indes, même si en 1492 ses bateaux sont bien arrivés en
    Amérique Centrale. Pourquoi ? Parce que c’est ce qu’il avait prévu, ce qu’il cherchait.
    Autre exemple, chez Pfizer, ils travaillaient sur la mise au point d’un médicament pour
    lutter contre une maladie cardiaque, l’angine de poitrine. Le médicament était presque au
    point, il était en test et en validation sur des malades quand quelques-uns ont fait état d’effets
    secondaires inattendus, imprévus, qui permirent aux chercheurs de comprendre qu’ils avaient
    découvert un médicament pour lutter contre l’impuissance et a permis à Pfizer de gagner
    beaucoup d’argent avec le Viagra.
    Aujourd’hui cela peut paraître totalement évident, mais nous pouvons imaginer que
    pour les chercheurs qui avaient un programme, cela n’était peut-être pas facile d’abandonner
    la piste première, éventuellement de confier les nouveaux travaux à une autre équipe. Peutêtre
    auraient-ils préféré travailler sur les effets secondaires. Ils ont été beaucoup plus lucides
    que Christophe Colomb, ils se sont intéressés à ce qu’ils avaient trouvé.
    Puisque vous avez réfléchi à ce que vous avez vécu d’inattendu, d’imprévu ces
    derniers jours, je vous propose une démarche en quatre étapes. Premièrement, qu’est-ce qui
    s’est passé ? Deuxièmement, qu’est-ce que je peux en retenir de positif ? Qu’est-ce que cela
    m’apprend et surtout qu’est-ce que je peux en faire ? Et plus je pratique cet exercice, plus je
    transforme l’inattendu en source de saisie d’opportunités, et plus je le fais souvent, plus je
    transforme l’imprévu en innovation. Si je le fais souvent, j’en fais une posture quotidienne,
    c’est-à-dire une innovation ordinaire, de tous les instants sur n’importe quel sujet. Je trouve
    tout cela tellement formidable que je n’ai qu’une envie, c’est que cela arrive plus souvent
    parce que je peux le faire exprès, j’ai appelé cela la sérendipité intentionnelle. En gros, qu’estce
    que je pourrais mettre en oeuvre pour que plus souvent, une saisie d’opportunités soit
    inattendue. Ce n’est pas aussi simple qu’il y paraît car il faut à la fois une posture de lâcherprise
    et d’humilité et en même temps être dans l’action, dans la recherche d’application et
    d’innovation.
    Pour faire cela, j’ai une nouvelle question : « Demain et dans les jours qui viennent,
    qu’est-ce que je vais faire pour mettre en oeuvre, pour rencontrer quelque chose de surprenant,
    d’inattendu, d’imprévu ? » J’ai des propositions très simples et d’autres plus sophistiquées.
    Ça commence tout à l’heure. Tout à l’heure, je vous propose durant le cocktail que vous
    engagiez la conversation avec quelqu’un que vous ne fréquentez pas d’habitude et qui si
    possible ne ressemble pas aux personnes que vous fréquentez d’habitude. Dans les jours qui
    viennent, je vous propose que vous laissiez, dans votre agenda, une journée ou une demijournée
    totalement vierge en écrivant « Rien de prévu » pour laisser place à l’imprévu. Dans
    les mois qui viennent, je vous propose d’assister à toutes les conférences du CERA, surtout si
    le sujet ne vous intéresse pas. Et comme vous serez comme moi et que vous découvrirez dans
    les inattendus plein d’opportunités et plein de connaissances nouvelles que vous appliquerez,
    vous n’aurez qu’une envie, pratiquer plus souvent la veille de choses plus sophistiquées.
    Prédire l’avenir est quasiment impossible, le monde est complexe, l’incertitude est
    plus certaine que le reste. Mais surtout, à trop le prédire, à trop le prévoir nous risquerions de
    ne pas nous rendre compte que ce que nous avons rencontré, c’est l’Amérique. Le meilleur
    moyen d’appréhender l’avenir avec la sérendipité, c’est de le découvrir et d’en faire quelque
    chose. Avec la sérendipité intentionnelle, le meilleur moyen d’appréhender l’avenir est de
    provoquer l’inattendu. La méthode pourrait tenir en quelques mots sur un post-it :
    « Provoquer l’inattendu, observer ce qui se passe, l’utiliser pour en faire quelque chose. » Ma
    proposition est la suivante : j’aimerais qu’ensemble, nous devenions des provocateurs de
    l’avenir.
    Au moment de nous quitter, je vous propose une dernière question : « Est-il possible
    de trouver volontairement quelque chose que nous ne cherchions pas ? »

    ___________________
    La prochaine intervenante fait partie de ces gens qui pose un vrai problème aux gens
    comme moi qui ont un métier d’animateur et de présentateur. A chaque fois que nous
    cherchons un truc pour définir ces personnes, ce qu’on en dit ne remplit pas exactement la
    fonction. J’ai donc renoncé à chercher comment vous la présenter, elle le fera très bien elle même
    et évitera l’écueil dans lequel j’aurais pu tomber, en oubliant une partie ou la faisant
    rentrer dans une case qui n’était pas la sienne. Mesdames et Messieurs, merci d’applaudir
    Emilie Coutant.
    Intervention d’Emilie Coutant.
    De Fernando Pessoa, écrivain et poète portugais, je tire ces quelques mots qui
    synthétisent le regard que je porte sur ma vie : « De tout il restera trois choses, la certitude que
    tout était en train de commencer, la certitude qu’il fallait continuer, la certitude que cela serait
    Page 17/22 Vendée Talks– CERA – 12 décembre 2018
    interrompu avant que d’être terminé. Faire de l’interruption un autre chemin, faire de la chute
    un pas devant, faire de la peur un escalier, du rêve un pont, de la recherche une rencontre ».
    Je vais vous parler de la rencontre, de cette rencontre qui a fait de moi ce que je suis
    aujourd’hui, une sociologue libre, indépendante, une surfeuse, une maman heureuse, ancrée
    sur le littoral, à Longeville sur Mer. De cette rencontre est né le désir de créer ma vie et de
    m’affranchir des contraintes qui auraient dû peser sur le choix d’embrasser une carrière de
    sociologue. Cette rencontre est triple. C’est la rencontre d’un lieu, la rencontre d’un élément
    et la rencontre avec soi-même. J’ai fait cette rencontre il y a dix ans, sans rien chercher
    vraiment. Je ne cherchais rien d’autre que de passer quelques jours apaisés, loin de la capitale,
    quelques jours de vacances. J’ai d’abord rencontré un territoire, la Vendée. Elle est un lieu
    riche de sa qualité de vie, j’ai découvert ce territoire mais aussi un sport, le surf, une tribu. J’ai
    découvert en fait la Vendée par son littoral, par ses vagues, par le surf. J’ai rencontré la Petite
    Californie comme nous l’appelons ici, et plus précisément Bud Bud, le célèbre spot de surf à
    Longeville sur Mer. Et bien c’est chez moi ! J’habite juste de l’autre côté de la dune.
    Désormais c’est une partie de moi, ici, loin des parcours des enseignants chercheurs des
    universités françaises ou des consultants des bureaux tendance parisiens, c’est dans ce coin
    très reculé que j’ai choisi d’élire domicile et surtout d’installer le siège social de mon cabinet
    d’études sociologiques.
    Ma rencontre était le surf, la Vendée, la vie libre et indépendante, atypique pour un
    sociologue mais avec laquelle je me sentais alignée, en phase avec moi-même. De cette
    rencontre est née mon ambition, mon envie de créer ma vie, quitte à bousculer les conventions
    établies et froisser Papy, Mamy et quelques amis. « Pourquoi vas-tu t’enterrer là-bas, tu ne
    trouveras pas de travail !» Et pourtant avec de l’optimisme, du panache et un soupçon de
    rébellion à l’égard des chemins classiques, il est facile de s’affranchir des contraintes. Au
    contraire, celles-ci vont devenir de formidables leviers de développement personnel et
    d’amélioration de soi. Se libérer des contraintes, sortir des sentiers battus, être créative de sa
    vie, j’avais trouvé mon créneau.
    Originaire de Saint Laurent, petit village dans le Cher, j’ai ensuite passé mon
    adolescence à Abou Dabi avant d’entamer mon cursus universitaire à Tours puis à Paris.
    Attachée à la ruralité et enivrée par l’océan, je voulais surfer la vie et c’est ici que j’ai trouvé
    un lieu d’attache.
    Nous étions en 2008, j’avais 23 ans, je venais de créer ma petite structure
    d’indépendante et parallèlement je démarrais ma thèse de doctorat, je m’engageais avec
    passion dans la vie. Pour moi il était inconcevable de vivre à Paris et de faire les allers et
    retours, les week-ends, pour trouver un peu d’apaisement en Vendée. J’ai pris le problème à
    l’envers. J’ai choisi un lieu de vie non pour le travail que j’aurais pu y trouver une fois mon
    diplôme en poche mais pour mener cette vie paisible que je m’étais choisie. Je voulais
    m’engager dans une vie plus slow avec du temps à consacrer à la recherche, à la lecture, à la
    réflexion, source d’inspiration pour satisfaire ma soif de connaissances.
    Cette soif de connaissances a toujours été le moteur de ma vie depuis que je suis toute
    petite. Une curiosité, une envie de tout savoir, de tout comprendre et de tout transmettre aux
    autres. Je voulais vraiment apprendre pour transmettre ces connaissances. J’ai même eu l’idée
    en 2006 de faire un master en vulgarisation scientifique, mais j’ai rebroussé le chemin pour
    faire ma thèse de doctorat car j’ai compris que c’est vraiment là, dans la recherche que je
    satisferai ma soif de connaissances. Comme le dit Edgar Morin, « Plus on apprend, plus on se
    rend compte de l’immensité du savoir et finalement plus on devient ignorant ». Eh bien moi,
    c’est ça, plus j’apprenais, plus je me sentais riche et à la fois pauvre, j’avais toujours envie
    d’apprendre.
    Qu’est-ce qui m’a amené à la recherche ? Quand j’avais six mois, j’ai perdu ma mère
    d’une méningite foudroyante. J’ai vécu mon enfance avec mon père et mes frères, dans un
    monde d’hommes. C’est tout naturellement que la question du masculin s’est posée à moi et
    j’ai voulu comprendre comment nous pouvions déconstruire et reconstruire le masculin. Oui
    messieurs, j’ai fait une thèse sur vous qui s’intitule « Le mâle du siècle, mutation et
    renaissance des masculinités ». A cette époque, nous parlions beaucoup des métrosexuels, des
    hommes efféminés, l’homme qui change, qui prend soin de son apparence. Peu à peu j’ai
    commencé ma thèse de doctorat en Vendée, j’avais créé ma société pour être à mon compte.
    Une société d’études à Paris, Eranos, me proposait de réaliser des études sociologiques pour
    ses clients, comme L’Oréal, et des médias me sollicitaient pour des défilés de mode. J’ai alors
    accroché ma première corde à mon arc, je suis devenue sociologue de la mode, ce qui
    n’existait pas à l’époque.
    En 2012, j’ai accroché une deuxième corde à mon arc. Eric Verdier, psychologue
    communautaire, est venu me chercher pour travailler sur la question du jeu d’argent et du
    hasard, de ces hommes qui jouent trop, des joueurs addicts. L’idée était de comprendre les
    vulnérabilités au masculin, parce qu’un certain nombre d’hommes qui fréquentent les bars de
    jeux ne vont pas bien. De là a commencé une immersion de quinze mois pour rencontrer ces
    hommes et en sous-terrain pour comprendre les situations de vulnérabilité, sociales,
    familiales, professionnelles, psychologiques parfois, qui conduisent à des trajectoires
    problématiques. Cela fait maintenant six ans que je travaille avec La Française des Jeux et la
    filière de soins. Nous mettons en place des dispositifs expérimentaux pour repérer les joueurs,
    intervenir auprès d’eux, les diriger vers les filières de soins. Ces projets sont passionnants car
    nous aidons des gens et nous rencontrons des gens qui ont envie d’aider. Nous nous appuyons
    sur d’autres types de personnes, en particulier d’anciens joueurs. Nous côtoyons l’immensité
    du monde, ses trous noirs, ses malheurs, tout cela me donne envie de les comprendre pour les
    combattre et la motivation que je tire de ces joueurs, de ces personnes vulnérables, de ces
    personnes faibles, est incroyable. De ces joueurs addicts, nous pouvons tirer une capacité à
    nous extraire de la souffrance. L’empowerment, la résilience, c’est tout à fait fascinant. Je ne
    me lasse pas d’aller dans ces bars parler avec ces gens, avec des bossus, des cabossés de la
    vie. Je peux vous dire qu’il y a des gens avec des expériences fabuleuses, qui m’ont nourrie.
    Montrez-vous curieux de leurs parcours. J’ai l’habitude d’aller parler avec les SDF et les
    mendiants dans la rue. Eux aussi, ils ont une motivation incroyable. Imaginez-vous à leur
    place, répéter toutes les quinze secondes la même demande sachant que neuf fois sur dix, ils
    obtiennent un refus. Et pourtant, ils le font avec optimisme et avec le sourire. En parlant avec
    eux, vous leur offrez la ressource la plus inestimable, le plus beau cadeau de la vie, vous leur
    offrez du temps, quelque chose qui ne vous reviendra jamais. Quand nous parlons avec eux,
    nous apprenons beaucoup de choses sur l’humanité, nous relativisons nos propres difficultés,
    nous bousculons notre zone de confort. L’inspiration par la motivation, je l’ai trouvée.
    Alors qu’est que créer sa vie ? Pour moi, c’est tout cet ensemble. Pour moi, créer sa
    vie, c’est surtout garder cette indépendance du corps et de l’esprit et savoir prendre tous ces
    risques. La grenouille au fond du puit n’en connaît pas la hauteur. J’aime le risque, j’aime les
    chemins de traverse, les routes qui quittent la grande route, les chemins plus courts, plus
    sauvages, moins connus mais parfois plus ou moins rassurants. Se risquer, c’est cela, se tester,
    s’expérimenter, c’est échouer et recommencer, être sur le fil et se sentir divin. Être rebelle,
    c’est faire de la rébellion une ressource contre la normopathie, cette maladie de la norme qui
    parfois rend les témoins passifs et empêche les témoins d’oser défendre les plus vulnérables,
    d’intervenir dans une situation de discrimination, de harcèlement, de violence.
    Personnellement j’ose, j’ose défendre les plus vulnérables. Se rebeller, c’est ça. J’ai osé
    remettre en cause les normes, c’est être plus humain. Mon indépendance, ma rébellion, c’est
    mon humanité et je ne la quitterai jamais. Alors s’il suffit d’être travailleur indépendant,
    d’exercer en libéral, de ne pas savoir de quoi seront faits les prochains mois, de jongler entre
    l’addiction, la mode, la robotique industrielle et plus récemment la sociologie des gilets
    jaunes, vous voyez cette liberté, cette ouverture d’esprit, cette rébellion face aux conventions,
    cette prise de risques, c’est pour moi la condition de réalisation de soi, la condition de la
    rencontre avec soi. Cette rencontre n’est jamais achevée, c’est tous les jours. Alors prenez le
    risque de vous rencontrer, soyez rebelle, libérez-vous des normes et devenez créateur de votre
    vie !

    ___________________
    C’est amusant, Emilie disait à l’instant que en tant que sociologue, elle surprenait tout
    le monde en s’installant en Vendée. Moi au contraire, je me disais que si je devenais
    sociologue mon premier terrain d’études serait la Vendée. Je ne suis pas vendéen au départ,
    j’ai grandi à Caen mais ma belle-famille est vendéenne et je me suis toujours dit que ça ferait
    au moins une ou deux thèses de pouvoir comprendre ou chercher à comprendre le début de
    quelque chose. Je sais ce que je vais pendre. « Pourquoi est-ce que les vendéens, dès que
    nous parlons de la Vendée, se mettent à applaudir ? » Je vais même pouvoir me faire financer
    par des labos de recherche.
    En tout cas Emilie le disait, ce n’est pas par hasard si la grenouille du fond de la mare
    ne connaît pas la mer. Elle le disait parce que nous avons choisi de placer la fin de cette
    soirée sous le signe des batraciens. Pourquoi ? parce qu’il faut bien faire des choix dans la
    vie. Notre prochain intervenant n’est pas zoologue, n’est pas non plus chercheur à l’institut
    de bactériologie mais, en tout cas sa passion, à lui, ce sont les crapauds fous. Nous aurions
    pu dire que c’était une très bonne raison de ne pas l’inviter, nous avons pris l’option inverse,
    Stéphane Bigeard, s’il vous plait.

    Intervention de Stéphane Bigeard.

    Quel est le point commun, à votre avis, entre toutes les personnes que vous venez
    d’entendre ? Malgré leurs différences, ce sont tous des crapauds fous et il y en a peut-être
    même d’autres dans la salle. Je suis aussi un crapaud fou, mais qui vient du Nord de France,
    reconnaissable à son accent. Je suis un crapaud fou qui observe le monde qui l’entoure, je suis
    un consultant en management et en motivation. C’est un beau métier parce que mon job, c’est
    observer ce qui se passe dans les entreprises et comme je n’ai pas fait de grandes études, je
    n’ai pas de doctorat, j’observe, je pique les bonnes idées, je les garde et je les revends très
    cher ailleurs et ça marche très bien !
    La première chose que j’ai observé, c’est qu’il y a une masse critique qui regarde ce
    qu’on lui a dit de regarder. Ce sont des gens disciplinés qui s’emmerdent dans leur quotidien.
    Ils vont bosser le matin, vous les croisez à la machine à café et si vous leur demandez
    « Comment ça va ? », ils vous disent « Bof ». Ils s’emmerdent dans ce qu’ils font parce qu’ils
    n’ont pas le choix, nous leur disons ce qu’ils doivent faire, comment ils doivent le faire et
    avec qui ils doivent le faire.
    Voyez les similitudes que nous pouvons avoir avec la société. Les gens ne décident de
    rien, ils ne regardent rien, ils attendent que ça se passe et ils passent leur temps à se plaindre
    discrètement en disant « Je n’ai pas le choix ». Alors pour se consoler, ils regardent le 20
    heures et là ils disent « Tu as vu chérie, ce n’est pas si mal chez nous quand même ». Ces
    gens vivent dans la tristesse parce qu’ils ne regardent rien et que nous ne leur montrons pas
    grand-chose de bien à la télé.
    A l’opposé de ça, vous avez ceux qui ne regardent que ce qui va mal et qui le disent
    « Y’en a marre, c’est le bordel !» Aucune similitude avec la vie actuelle. Ces gens-là sont
    obnubilés par le bordel environnant.
    Et il y a une troisième catégorie, les crapauds fous. Ils regardent ce qui va bien, les
    forces en présence qui pourraient changer le monde, qui pourraient aider les autres. Ils sont
    centrés sur des forces, sur des positions, même s’il y a plein de choses qui ne vont pas. Ils
    vont d’abord regarder ce qui va bien pour essayer de traiter ce qui va le moins bien. Cela
    s’appelle des crapauds fous.
    Alors pourquoi les appelle-t-on des crapauds fous ? Parce que à Paris, il y a quelques
    semaines de cela, j’ai découvert une magnifique pièce de théâtre. C’est l’histoire vraie de
    deux médecins polonais qui ont sauvé 8000 personnes de la déportation en cherchant une
    solution dans leur secteur d’activité, la médecine. Ils ont inoculé le virus du typhus à une
    population qui grâce à ce stratagème, considérée comme contagieuse, n’a pas été envoyée
    dans les camps. Cette pièce est aussi très drôle, elle montre l’exemple d’un groupe de
    personnes qui trouve des solutions en faisant autrement, en cherchant ce qui est positif dans la
    vie, même dans une situation de conflit mondial.
    Je vais vous présenter trois crapauds fous que vous connaissez probablement tous si
    vous êtes Vendéens. Le premier est Philippe Maindron, un vendéen distributeur de bonheur
    au travers des Meules bleues, du festival des Poupées, du championnat du monde du Cheval à
    deux pattes. Il aime voir les gens se rassembler et vivre des instants de bonheur. Comme par
    hasard, ce sont des chefs d’entreprise qui vont se rencontrer, échanger, faire du business
    ensemble, du développement, créer une communauté de partage extraordinaire dans la région.
    Le deuxième est Jean-Michel Mousset que j’ai la chance de connaître depuis une
    dizaine d’années. C’est un entrepreneur qui est toujours en avance d’une expérience. Il a créé
    l’événement de ce soir, sans lui nous ne serions pas réunis. Il a créé le Vendée Job Challenge
    pour permettre à des jeunes accompagnés par des chefs d’entreprise de trouver un emploi. Il a
    créé le Ludylab, réalité virtuelle, jouer pour apprendre, jouer pour partager. Et il a des projets
    plein la tête. A quoi ça sert ? A pas grand-chose, n’empêche que ça peut faire avancer le
    monde. C’est un super crapaud !
    Un troisième n’est pas Vendéen mais il pourrait l’être. Il s’agit de Damien GRIMONT.
    L’année dernière il a organisé la traversée de l’Atlantique entre les Etats-Unis et la France
    pour permettre à des gens de se retrouver et surtout de fêter l’aide des Américains lors de la 1°
    guerre mondiale en 1917. Il a su rassembler 2500 dirigeants qui, pendant une semaine, se sont
    isolés pour réfléchir au monde positif que nous pourrions construire dans les entreprises.
    Voilà des crapauds fous. Il y en d’autres dans la salle. Ce que j’ai vu de Saint Gab fait
    que vous êtes un super incubateur de crapauds fous et si tous, vous êtes ici, c’est que vous êtes
    déjà des crapauds fous. Comment devenir un crapaud fou ?
    Première clé, trouve son terrain de jeu. Nous ne cherchons pas un métier, nous
    cherchons un terrain de jeu. Je le dis aux jeunes qui souvent, ne savent pas quel métier faire
    mais qui peuvent plus facilement définir leur univers de prédilection, le sport, la culture, la
    recherche, la médecine, le jeu. Trouve ton univers et tu trouveras dedans un métier !
    Deuxième clé, trouve ton verbe. Chercher son verbe, c’est chercher son ADN, sa
    force, ce pour quoi je suis fait et ce que j’utiliserai quel que soit l’univers dans lequel je serai.
    Posez-vous la question, parlez en ensemble, avec vos enfants ! Nous avons besoin des autres
    pour trouver notre verbe. Cela fera de belles conversations autour de la table.
    Vous allez maintenant fermer les yeux et vous allez entendre les trente dernières
    secondes de la pièce des crapauds. « Un été j’ai entendu parler des crapauds fous. Alors que
    tous les crapauds migrent vers le sud aux mauvais jours, certains remontent la rivière à contre
    sens et se rendent dans des régions inhospitalières sans qu’aucun biologiste ne puisse
    expliquer ce comportement marginal. Ce que nous savons en revanche, c’est que, lorsque à
    cause d’une catastrophe naturelle, d’une soudaine sécheresse ou d’une construction humaine,
    tous les crapauds voient leur vie menacée et succombent, il est sûr que la survie de
    l’espèce repose uniquement sur l’existence de ces crapauds fous. »
    La dernière chose que j’ai envie de partager avec vous, c’est une phrase que vous
    pouvez garder pour vous « Faites un choix ! Que voulez-vous regarder pour que ce que vous
    allez regarder se développe. Soit vous ne regardez rien parce que vous êtes obnubilé par ce
    que vous vivez sans vous occuper de rien. Dans ce cas, vous allez avoir une vie plutôt terne.
    Soit vous passez votre temps à regarder ce qui va mal et probablement vous allez développer
    ce qui va mal pour vous-même et pour les autres. Soit vous passez votre temps à regarder ce
    qui fonctionne, ce qui est beau, ce qui est bon, ce qui est utile pour vous-même et pour les
    autres. »

    Epilogue d’Antoine Lambert.

    C’était le dernier conférencier de la soirée, le dernier à partager son expérience de
    vie avec vous. Merci à eux ! J’espère que cela aura changé deux trois petits trucs en vous,
    que vous ne repartirez pas complètement de la même façon ce soir !