Valérie JOUSSEAUME au Lycée Jean 23 le 05 Novembre 2025

Comment inventer un futur désirable par les temps qui courent ? Pour Valérie Jousseaume, géographe et élève de Jean Renard, la réponse ne se trouve pas dans la voyance, mais dans la biographie de nos territoires. Dans une conférence passionnante pour le CERA, elle nous invite à prendre du recul pour comprendre le « paradigme » dans lequel nous sommes enlisés et dessiner les contours de celui qui émerge.
Un paradigme est un filtre collectif et inconscient à travers lequel nous percevons le monde. Valérie Jousseaume retrace l’histoire de l’humanité à travers trois grandes façons d’habiter la terre :
L’ère sauvage (Chasseurs-cueilleurs) : Un monde linéaire et nomade, centré sur le ressenti et la fusion avec la nature.
L’ère paysanne (Le monde-potager) : Un temps cyclique où la richesse vient de la terre. C’est une société de réciprocité et d’équilibre relationnel qui a façonné nos campagnes et nos églises au centre des villages.
L’ère moderne (Le monde-usine) : La révolution industrielle nous fait entrer dans l’âge du moteur. Le temps devient linéaire, tourné vers un futur technologique qui fait table rase du passé. Le monde est vu comme une usine où tout doit être rentable, propre et pratique.
Aujourd’hui, la révolution numérique provoque une dématérialisation qui fait craquer le modèle moderne. Selon la géographe, nous sommes face à deux récits divergents :
C’est la continuité du modèle actuel, mais exalté par la technologie. C’est le monde des métaverses, du contrôle numérique et de l’urgence permanente.
L’espace : Homogène et sans saveur (partout le même McDonald’s).
L’homme : Un « zombie » à encéphalogramme plat, agité mais sans pensée profonde, déconnecté du vivant.
L’environnement : Artificiel et virtuel.
C’est le futur désirable où l’on reprend contact avec le réel et le vivant.
L’espace : Devient un champ relationnel. Atterrir, c’est reconnaître que la distance crée l’altérité et donc la relation.
Le temps : Devient la présence. C’est le retour à l’ici et maintenant.
L’homme : Devient un être conscient, relié aux autres et à l’écosystème.
Valérie Jousseaume souligne que la modernité a « dévoré » le fond paysan (l’entraide, l’ancrage) pour s’étendre. Aujourd’hui, la Vendée et les territoires ruraux sont à la croisée des chemins.
Le futur désirable ne consiste pas à vouloir « vivre à la campagne comme en ville » ou « comme en vacances » (avec des palmiers et de la vidéo-surveillance), mais à construire des territoires qui répondent aux besoins humains fondamentaux :
Protéger : Créer des communautés de vie sécurisantes.
Relier : Favoriser un urbanisme de la relation plutôt que du contrôle.
Donner du sens : Se reconnecter au vivant et au spirituel.
[Image de la pyramide des besoins de Maslow révisée]
« On n’arrête pas une idée dont l’heure est venue. » Le futur désirable n’est pas un projet technique, c’est une bascule culturelle. Pour Valérie Jousseaume, le grand chantier de notre génération est de quitter la frénésie du « monde-machine » pour devenir des habitants conscients.
L’avenir appartient peut-être à la petite ville et au village, à condition de savoir préserver notre « fond anthropologique » : cette capacité à faire société, à se reconnaître et à s’entraider, loin des tableurs Excel et des mondes virtuels.