Olivier BABEAU à l’ICES de la Roche-sur-Yon le 01 Avril 2026

Nous ne vivons pas une époque de changement, mais un changement d’époque. C’est par ce constat, emprunté au Pape François, qu’Olivier Babeau, président de l’Institut Sapiens, entame sa réflexion. Pour lui, l’intelligence artificielle (IA) n’est pas qu’une nouvelle technologie : c’est une révolution prométhéenne qui redéfinit ce que signifie « apprendre » et « travailler ».
Olivier Babeau insiste sur la nature vertigineuse de notre époque. Si l’âge de pierre a duré 3,3 millions d’années, nous vivons aujourd’hui des ruptures technologiques majeures en quelques mois.
L’IA générative : En trois ans, nous sommes passés de modèles balbutiants à des outils capables de rivaliser avec les meilleurs experts.
Le Web Agentique : Nous entrons dans l’ère des « agents » IA, capables de planifier et d’exécuter des tâches complexes de manière autonome.
Le choc de la commodité : Autrefois rare et chère, l’intelligence devient une « commodité » disponible à coût marginal zéro. Ce qui structurait notre société (le diplôme, le savoir accumulé) perd soudainement de sa valeur de rente.
L’un des points les plus marquants de Babeau est l’effet ciseau qui menace les nouvelles générations :
L’exigence cognitive augmente : Pour avoir de la valeur face à la machine, il faut être un « généraliste transdisciplinaire » capable de piloter l’IA.
Nos capacités s’atrophient : Le confort technologique crée une « flemme » intellectuelle. Le « bed rotting » (rester au lit à scroller) et la consommation passive de divertissements (le « narcotique numérique ») réduisent notre capacité d’effort et de concentration.
Babeau décrit une réalité brutale : l’IA ne remplace pas (encore) les experts, mais elle rend les juniors substituables.
Le Senior augmenté : Un expert qui maîtrise son métier et l’IA devient « le maître du monde ». Il peut abattre le travail de dix juniors.
Le Junior largué : Pour un jeune diplômé, il devient presque impossible d’apporter de la valeur ajoutée immédiate face à une IA à 20€ par mois, sauf s’il possède cette « agence » (capacité d’initiative) et une culture générale solide.
Face au déclin de l’université traditionnelle (qu’il compare à un village Potemkine), Babeau propose des pistes pour « ne plus faire d’études » au sens passif, mais pour apprendre :
L’IA comme Sparing Partner : Utiliser l’IA comme un précepteur personnel (une « IAristote ») pour questionner, creuser, et non pour faire ses devoirs à sa place.
Le retour aux Humanités : La lecture, la philosophie, et l’art de la parole deviennent des armes de distinction massives. Plus la machine produit du contenu formaté, plus l’authenticité humaine et l’esprit critique deviennent des luxes.
Le test du Marshmallow : Apprendre à différer le plaisir. La réussite de demain appartiendra à ceux qui sauront résister aux shoots de dopamine des algorithmes pour s’imposer des efforts de long terme.
En citant Pinocchio, Olivier Babeau nous place devant un choix éthique :
Suivrons-nous le Renard sur l’île au plaisir (divertissement infini, passivité, dépendance) ?
Ou écouterons-nous Jiminy Cricket (la conscience, l’effort, l’apprentissage continu) ?
L’avenir est brillant pour ceux qui sauront rester « actifs ». Pour les autres, le risque est celui d’une civilisation de la couette, dépossédée de sa propre capacité de penser.