Olivier HAMANT à L’ICES de la Roche-sur-Yon le 23 Septembre 2025

Nous vivons dans le culte de la performance. Efficacité, efficience, optimisation… ces mots sont devenus la boussole de nos entreprises, de nos politiques et même de nos vies personnelles. Mais à quel prix ? Dans une conférence inspirante, le chercheur biologiste Olivier Hamant nous invite à un « déraillement » salutaire : quitter la tyrannie de la performance pour embrasser celle de la robustesse.
Depuis le Néolithique, l’humain cherche à contrôler la nature. Cette quête s’est accélérée pour devenir une boucle infernale : face à une crise, nous cherchons plus de contrôle en augmentant la performance, ce qui épuise les ressources et crée… une nouvelle crise.
Le constat d’Olivier Hamant est sans appel : l’optimisation fragilise. En éliminant tout « gras » (stocks, marges, diversité) pour être plus efficace, nous rendons nos systèmes incapables d’absorber le moindre choc. Qu’il s’agisse de la pénurie de moutarde, du blocage du canal de Suez ou de la crise du Covid, ces événements révèlent une « syndémie » : la maladie d’un système suroptimisé qui craque à la moindre fluctuation.
Contrairement à nos sociétés, la nature ne cherche pas la performance absolue. Un arbre, une lionne ou même notre propre corps privilégient la robustesse : la capacité à rester stable et viable malgré les fluctuations.
Saviez-vous que notre corps est « médiocre » à 37°C ? C’est notre mode robuste. À 40°C (la fièvre), notre système immunitaire devient une Formule 1 ultra-performante, mais il s’épuise en trois jours. La nature nous enseigne que la performance doit être l’exception (une dérogation) et la robustesse la règle.
Pour être robuste, le vivant utilise des stratégies qui nous semblent aujourd’hui « aberrantes » :
La redondance : Pourquoi avons-nous deux reins et des millions de feuilles sur un arbre ? Pour avoir un plan B.
La lenteur : Pour durer, il faut savoir ralentir.
L’hétérogénéité : La diversité est la seule assurance contre un avenir imprévisible.
Le monde de demain sera fluctuant. Pour Olivier Hamant, nous quittons l’ère de la moyenne pour celle de l’écart-type (températures extrêmes, inondations massives, ruptures de stocks). Pour survivre, nous devons changer d’axe :
Réhabiliter les marges : Ce sont les initiatives à la périphérie (collectifs locaux, paysans en agroécologie, petites entreprises agiles) qui inventent les solutions de demain, car elles sont les premières exposées aux fluctuations.
Passer du « Meneur » au « Facilitateur » : Le décideur robuste ne dit plus « Je veux », mais « J’ai envie, et je ne sais pas encore comment faire ». Il crée le contexte pour que les solutions émergent du terrain.
Recarboner l’économie : Au lieu de la vaine quête de la « décarbonation » (qui exclut souvent le vivant), passons à la « décombustion » (arrêter de brûler) et utilisons le carbone du vivant pour créer des objets biodégradables et compostables.
Si le passage de la performance à la robustesse peut sembler difficile, il est porteur d’une promesse joyeuse. Là où la performance est synonyme de compétition et de violence contre les écosystèmes, la robustesse est celle de l’abondance des interactions.
Réparer, coopérer, diversifier… En mettant la robustesse au cœur de nos modèles, nous ne cherchons plus à arriver à destination le plus vite possible, mais à construire un chemin où personne n’est laissé de côté.