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Pierre PIRARD

 

"Un tour du monde du mieux vivre ensemble"

Projection du film et conférence-débat avec son réalisateur Pierre PIRARD

 

Pierre Pirard : Merci de votre accueil en Grande Vendée !

 

Jean-Michel Mousset s’adresse au public : Nous venons de regarder ensemble le film de Pierre Pirard. Que vous inspire ce film émouvant, avec des moments très forts ?

 

Votre film donne des exemples d'initiatives personnelles, de gens qui créent des associations, de nombreuses dynamiques. "Et la politique dans tout ça ?" Auriez-vous pu prendre des exemples émanant d'une décision politique dans un pays ? Décision qui aurait développé une dynamique -comme le font des associations, alors que la politique fait souvent beaucoup de dégâts. Y aurait-il des raisons d'espérer de ce côté-là ?  

C'est un parti pris de réalisateur d'avoir choisi de montrer du bottom up plutôt que du top down. J'aurais pu prendre des exemples de pays ou d'organisations internationales comme les Nations Unies où il y a des alliances qui prônent des valeurs comme celles montrées dans le film. Je pense à la Belgique d'où je viens qui a une loi qui prône la mixité des origines des élèves dans les écoles. C'est un parti pris de montrer des citoyens qui se lèvent et décident que le monde dans lequel ils vivent n'est pas acceptable, qui décident de faire le pas vers l'autre. Je crois que montrer ces actions citoyennes conforte l'idée que les associations ne servent pas à rien. Ces derniers jours je parcourais la France et c'est fantastique de voir le bassin énorme d'associations qui prônent des valeurs défendues dans ce film.

 

Je voudrais revenir sur votre parcours. Êtes-vous redevenu prof ? Qu'avez-vous fait après le film ?

Pour l'instant il n'y a pas d'après le film car l'après le film, ce sera dans quelques mois. Faire un film comme celui-là prend une énergie folle. Cela fait trois ans et demi que je travaille sur ce projet. Le film est sorti en Belgique, maintenant il arrive à l'international et j'accompagne sa sortie. Après je ne sais pas, la page est blanche. C'est quelque chose d’extrêmement prenant et je ne sors pas indemne de toutes ces rencontres, de tous ces voyages. Il y a aussi toutes les personnes que l'on ne voie pas dans le film, que j'ai rencontrées et filmées. En 2018, j'étais en repérage dans ces pays avec juste mon caméraman. Nous sommes rentrés avec 31 histoires parmi lesquelles il a fallu faire des choix, c'est toujours douloureux de faire des choix.

Ce qu'il y a après... et bien je ne le sais pas encore.

 

Vous avez eu une autre vie avant d'être enseignant ?

Jusqu'en 2009, j'étais chef d'entreprise et en 2009 j'ai eu la crise de la quarantaine ou de la cinquantaine. Pour les plus jeunes, à un certain moment on se rend compte que l'on a moins de temps devant soi que de temps derrière soi. La question devient "Qu'est-ce que je vais faire du reste de ma vie ?" Il me faut passer à autre chose et je suis devenu enseignant à Meulebeke pour découvrir la réalité d'être belge issu de la migration magrébine. Ces élèves sont pour moi des perles rares, ils sont des diamants bruts qui ne demandent qu'à s'exprimer.

 

Beaucoup de sensibilité et d'émotion se dégagent dans votre film. Je voulais vous demander si cette sensibilité est née progressivement au fil de votre avancée dans la vie ou l'avez-vous toujours eue ?

C'est quelque chose qui progresse. Quand j'étais dans le monde de l'entreprise, j'étais très différent. C'est quelque chose qui évolue avec la rencontre des gens. Nous pouvons connaître plusieurs évolutions dans la vie et ce qui est bien, c’est que nous pouvons les connaître à tout âge.

Je voudrais aborder une autre question qui va sûrement arriver à un moment. C'est la question de la religion. Pourquoi avoir choisi l'angle religieux ?

De ce point de vue, j'étais athée, je n'ai donc pas fait ce film par conviction mais la rencontre avec le monde de la spiritualité, avec les gens qui croient, m'a conduit à passer du stade athée à celui d'agnostique. Des évolutions peuvent avoir lieu à tout moment.

 

Avez-vous revu toutes les personnes que vous avez rencontrées ?

Je ne les revoie pas mais nous sommes en contact, très fréquemment par WhatsApp. Il est maintenant très facile de parler bosniaque, indonésien, arabe, etc. Je suis en contact avec eux, à peu près tous les quinze jours, surtout depuis la sortie du film. Je leur envoie des photos. Nous sommes allés les voir une première fois, puis une deuxième, nous tissons des liens avec ces personnes et pour parvenir à avoir un dialogue avec eux, il faut prendre le temps. Même si restions 10 à 15 jours, c'était quand même assez rapide, les tournages étaient assez concentrés. Néanmoins il fallait prendre du temps avec eux pour qu'ils puissent se livrer.

 

Vous avez dit avoir 31 témoignages et parcours de vie. J'imagine que cela a été extrêmement difficile de faire le tri. Envisagez-vous de reprendre tous ces témoignages pour en faire un tome 2 ?

Non, je ne vais pas le faire. Encore une fois, cela demande beaucoup d'énergie pour faire ce genre de projet. Il n'y aura pas de tome 2 et les 31 histoires sont à la disposition de tout un chacun. Il y a quelque chose que je ferai peut-être car un pays est passé à la trappe, le Tatarstan qui est une république de Russie. Nous sommes allés tourner là-bas, c'était l'histoire fantastique d'une famille musulmane, assez pauvre, dans la banlieue de la capitale Kazan. Treize enfants avez été adoptés, musulmans, chrétiens. Au moment du montage, nous nous sommes rendus compte que leur histoire ne trouvait pas sa place. Peut-être ferons-nous un 26 minutes, juste sur cette famille.

 

Comment avez-vous trouvé ces gens-là ? Vous les a-t-on présentés ? Comment êtes-vous tombé sur ces deux jeunes filles, ces deux petites perles ?

J'ai une équipe de 523 personnes qui travaillent pour moi 😉 Non, évidemment, mais c'est beaucoup de travail. Comme tout le monde je vais d'abord sur Google, je commence par trouver les pays. Je suis parti sur 25 pays, certains pays qui ne m'ont pas donné l'autorisation de tourner. Et puis il faut faire des choix, je voulais des pays qui ont connu la guerre, des pays répartis un peu partout dans le monde.

Une fois qu’on a trouvé le pays, il faut trouver l'histoire, une histoire en amène une autre et l'on commence à tirer des fils. Ce sont des mois et des mois pour contacter, trouver des histoires intéressantes, contacter ces gens grâce à WhatsApp avec des traducteurs instantanés. Certains adhèrent au projet, d'autres pas.

J’ai pris des rendez-vous et en 2018 je suis allé les voir pour valider leur histoire, m'assurer qu'ils passaient bien à l'écran.

C'est un travail de recherche très agréable et qui prend beaucoup de temps. En fait un documentaire commence par de l'écriture. De l'écriture avant et aussi après car ce n'est pas un film de fiction. J'imagine une scène avec quelqu'un mais je ne sais pas ce qu'il va me dire, il faut alors la réécrire au moment du montage.

 

Je voudrais rebondir sur votre réponse à la première question sur la politique. J'ai cru comprendre que la politique est top top-down et vous avez fait le choix avec l'associatif du bottom-up. J'ai le souvenir, il y a quelques années de la nuit des idées au Quai d'Orsay, j’avais entendu Pierre Rosanvallon dire "La politique ce n'est pas que mettre un bulletin de vote, c'est la volonté de faire société commune".

Vous avez dans votre film mis beaucoup l'accent sur la spiritualité. Faire société commune, n'est-ce pas quelque part mettre en valeur la spiritualité qui est en nous, n'est-ce pas ce qui nous manque globalement ?

Je vais vous expliquer le choix de mettre en avant de la spiritualité et de la religion tout en marchant sur des œufs car nous sommes dans un pays laïc et je ne sais pas ce que je vais pouvoir dire.

L'élément religieux reste l'élément le plus clivant à l'heure actuelle. C'est celui qui crispe. Dans le débat Macron / Le Pen, il y a eu 22 minutes sur le port du voile. Voyez aussi la place prise par le burkini dans les piscines de Grenoble. Le religieux est bien un élément de notre identité qui pose problème à l'heure actuelle. Voilà pourquoi j'ai choisi cette appartenance-là. J'espère toutefois que le film dépasse cette appartenance religieuse.

Vous demandez si la spiritualité doit avoir plus de place ou pas dans notre société. En fait il y a deux grandes écoles en Europe. L'école française et l'école anglo-saxonne. Depuis 1905, la France a une loi sur la laïcité et il y a des pays comme les États Unis et l'Angleterre où les signes extérieurs religieux sont communément admis et la spiritualité visible. Qui a raison, qui a tort, je ne sais pas. Dans les deux cas, cela ne fonctionne pas très bien, il faudrait donc trouver une troisième voie à l’expression de la spiritualité pour que tout le monde se sente bien.

N'oublions pas que la peur vient de l'ignorance. A partir du moment où nous avons de la connaissance, tout est déjà déconstruit.

 

J'ai beaucoup apprécié ce film et la profonde humanité qui s'en dégage. Dans cette humanité, ce qui nous rassemble est la connaissance de l'autre et la découverte des autres et de leurs différences. Sortir des idées préconçues et s'ouvrir à la différence de l'autre. C'est ma lecture de la spiritualité où le sacré est peut-être moins dans la liturgie, moins dans l'idéologie religieuse. Le sacré est au cœur de chacun de nous. Pour moi le sacré se situe dans les espaces de rencontre et de découverte.

Je vous rejoins parfaitement. La journée internationale du vivre ensemble en paix du 16 mai a été portée par un leader soufi aux Nations Unies, elle a été votée à l'unanimité des 104 pays en 2017.  Du côté musulman, des communautés soufies sont entièrement dans la spiritualité.

 

Je me demande pourquoi vous avez eu besoin d'aller si loin car finalement, les différences se trouvent également à 500 mètres de chez nous.

C'est vrai mais c'est un peu plus gai d'aller plus loin. En fait je ne voulais pas donner au film un ancrage belgo-belge, c'est encore un choix de réalisateur, je le voulais international.

 

J'ai l'impression d'avoir reçu le message que le changement viendra de l'intérieur des gens, d'une évolution intérieure.

Absolument oui, c'est un processus qui prend beaucoup de temps. Des années de vie, d'évolutions sur le plan personnel. Qu'est-ce que je peux faire pour mon pays ? Prendre mon bâton de pèlerin, je veux faire quelque chose pour changer, cela ne se fait pas de façon instantanée. C'est un choix de vie avec de profondes implications personnelles et familiales.

 

Je voudrais revenir à la genèse du film. Quel était votre état d'esprit lors du montage ? Nous avons tous une inspiration à un moment donné, l'envie de faire quelque chose mais "Ah mais je n'ai pas le temps !" Comment avez-vous fait sur le plan financier, comment avez-vous convaincu les gens de vous accompagner dans ce projet ?

Le film est financé à 100% par des fonds privés, ce sont des fondations ou des mécènes. Quand j'étais enseignant, il y a deux choses que j'ai découvertes. La première est les iniquités scolaires. La Belgique comme la France sont tout en bas du classement des pays en termes d'égalité d’apprentissage entre élèves venant de milieux favorisés et élèves venant de milieux défavorisés. Il y a trois années pédagogiques d'écart entre les favorisés et les défavorisés.

J'étais alors prof et j'enseignais dans des écoles professionnelles à Meulebeke. Les élèves avaient des écarts d'apprentissage énormes et nous nous demandions comment faire pour changer le système de façon structurelle. Avec d'autres travailleurs sociaux nous avons créé une association Teach for Belgium du réseau international Teach for all, présent dans 60 pays, qui a pour objectif d'aider les enseignants à aller enseigner dans les écoles dites difficiles. Pour financer tout cela il a fallu aller voir des mécènes, des fondations, etc.

L'avantage de la Belgique est que c'est un petit pays et à partir du moment où une famille riche s'engage, les autres suivent. C'est un jeu de domino et j'ai ainsi eu de bons contacts qui m'ont aussi été utiles dans mon projet de film.

J'avais également avec moi une excellente équipe technique. Vous avez pu apprécier la qualité des images, du montage, du son avec la participation d'excellents professionnels. Cela nous a donné la crédibilité indispensable pour attirer et convaincre les indispensables aides. Le film nous a coûté un demi-million d'euros.

Le gros avantage d'être financé par des fonds privés est qu'il n'y a pas besoin de retour sur investissement. Ce qui est attendu est que le film soit vu par un maximum de gens.

J'ai trouvé que les personnes que vous présentez sont très incarnées. La réalité n'est pas toujours aussi simple. Vous nous montrez le résultat d'un travail de plusieurs années mais au quotidien vous avez dû rencontrer beaucoup de difficultés. Quels écueils avez-vous dû traverser pour en arriver là ?

J'ai souvent cette remarque, comment se dépasser, comment sortir de sa zone de confort? Je n'ai qu'un mot, soyons curieux ! Si chacun a la curiosité de l'autre, c'est déjà gagné.

 

Si je peux me permettre, nous recevons tellement plus que ce que l'on donne que les difficultés s’atténuent. A partir du moment où l'on aboutit, il n'y a plus beaucoup de difficultés à aider et à aller vers les autres.

Je suis d'accord avec vous. Nous donnons beaucoup aux élèves et nous recevons tellement. Nous sommes nourris grâce à ça.

 

Avez-vous prévu d'aller voir des gens sceptiques pour connaître leurs réactions ? Cela m'intéresserait de participer à un débat avec des gens possédant de fort a priori.

J'aime bien cette question. Peut-être y en a-t-il dans la salle ce soir ?

Quand j'ai commencé à écrire ce film, je me suis demandé comment j'allais pouvoir avoir les électeurs de Zemmour dans la salle. Clairement ils ne viendront pas voir ce film et même s'ils se sont trompés de porte, ils ne seront jamais convaincus. Par contre on peut encore convaincre les enfants des électeurs de Zemmour. C'est pour cela que je priorise la distribution du film dans les collèges et les lycées, quelles que soient les situations économiques. En Belgique le film est reconnu par le ministère de l'enseignement, des sites pédagogiques sont disponibles.

Si nous pouvons changer les choses par les jeunes, n'hésitons pas, tant mieux ! Et je serai ravi d'être invité par une assemblé pro Zemmour ou pro Le Pen et débattre avec eux.

 

Peut-être as-tu quelques a priori sur les électeurs de Zemmour et de Le Pen ? Si tu en rencontrais ...

Absolument, l'idéal serait de pouvoir les rencontrer et de discuter.

 

J'imagine que vous avez dû instaurer une relation de confiance avec les personnes rencontrées, mais n'est-ce pas difficile avec une caméra derrière vous, avec l'idée d'un travail à fournir. Comment créer ce climat qui doit apparaître comme le plus naturel ?

Il y a d'abord eu une première visite en 2018 avec juste un caméraman et peu de matériel. Ensuite il y a eu tous les entretiens par les WhatsApp, les Messenger, Facebook, etc. Quand nous sommes arrivés sur place, il fallait prendre du temps tout en sachant que nous n'en avions pas beaucoup. Il fallait rétablir le contact pour ensuite aller au plus pressé.

Par rapport au vocabulaire, vous avez dit que vous étiez athée, aujourd'hui vous êtes agnostique. La religion qui est idéologique et le spirituel qui est divin sont deux choses différentes et quand je vois votre foi en l'homme, j'ai du mal à concevoir le fait que vous soyez agnostique. J'ai croisé une jeune fille qui partait sur le chemin de Saint-Jacques, je lui ai demandé "Vous croyez en Dieu mademoiselle ?" Elle m'a répondu "Je crois en l'homme !" Je suppose que c'est cette spiritualité que vous avez.

Ma position d'agnostique est en rapport avec une présence divine et là, je suis dans le doute. Par contre oui, je crois en l'homme, je suis un croyant à 100%, je crois en lui avant tout autre chose.

Tu as dit avoir commencé le film comme athée et que tu l'avais fini comme agnostique. Qu'est-ce qui a fait le changement ?

La position d'athée est une position de croyance dans une vérité qui est de dire qu’il n’y a pas de divin, et quand je rencontre tant de gens croyants, je me dis "De quel droit puis-je imposer ma vision ?" A partir du moment où il y a un doute qui s'installe, je me positionne plus comme agnostique. Je n'ai peut-être pas raison. C'est aussi simple que cela.

 

Votre film me montre toute la complexité humaine. D'un côté, tous les conditionnements philosophiques, idéologiques, politiques, religieux, ce ramassis de conditionnements imposés par nos parents, nos chefs religieux, nos chefs politiques qui sont prêts à nous faire faire n'importe quoi. Et d'un autre côté, dans notre inconscient collectif, nous trouvons plus intelligent de coopérer plutôt que de s'opposer.

Il y a une phrase de Saint-Exupéry que je trouve formidable "Si tu diffères de moi mon frère, loin de me léser tu m'enrichis."

Je ne peux qu'être d'accord avec vous, merci pour votre commentaire.

 

Quand tu as démarré ce film, est-ce que tu avais des a priori ? Ont-ils disparu au fur et à mesure de ton travail sur ce film ?

Bien sûr j'avais des a priori, comme tout un chacun. Ils ont disparu plutôt en amont du film, lors des rencontres dans le monde de l'enseignement, avec le monde musulman, ma rencontre avec l'Afrique. Toutefois j'ai encore des a priori, avec les électeurs de Zemmour par exemple. Pour être tout à fait honnête, le tournage en Bosnie n'était pas facile car les tensions sont encore très présentes et je ne peux m'empêcher de penser que le village serbe dans lequel je passe est mauvais. Je devais lutter contre ça et le raccourci "Il est serbe donc il est mauvais !" Il ne faut pas enfermer la personne et son identité dans une seule appartenance.

 

Durant ce travail, as-tu été étonné par certaines choses ?

Pendant le tournage, en Indonésie, Ella la chrétienne et Mishka, la musulmane se rencontrent et copinent. Elles en viennent à désirer voir le lieu du culte de l'autre. Pendant que nous organisions ces visites, je demande à Mishka "Qu'est-ce tu voudrais vraiment poser comme question à Ella concernant sa religion, sa chrétienté". Après réflexion, Mishka me répond "J'aimerais savoir pourquoi dans les églises, vous gardez vos chaussures ?" Étonnant, non !

Un autre exemple. En Syrie, je demandais à des sunnites "Quelle est la différence entre les sunnites et les chiites ?" Leur réponse " C'est leur manière de prier" Et ma réaction "Et c'est pour cela que vous faites la guerre ?" "Ça doit être autre chose, mais on ne sait pas très bien".

Tout est politisé. L'élément religieux dans les conflits reste anecdotique. Les jeunes du Liban prenaient leur kalachnikov chaque matin - théoriquement pour des motifs religieux, en fait pour assoir le pouvoir de chefs de guerre. En Bosnie, c'était la même chose.

 

Et à Meulebeke, comment cela se passe-t-il ?

En fait à Meulebeke, c'est bien ! C'est multi culturel, 164 communautés y cohabitent. Malheureusement il y a un certain nombre de terroristes qui sont issus de cette commune et dans la presse internationale, celle-ci a acquis une très mauvaise réputation. Néanmoins elle est restée très agréable à vivre. Si vous allez à Bruxelles, allez à Meulebeke.

 

Etes-vous devenu optimiste sur le fait que l'on puisse construire un monde multi identitaire harmonieux ?

Je préfère le mot espoir plutôt qu'optimiste. L'optimisme est quelque chose de fugace, on peut être optimiste et brutalement, il y a la guerre en Ukraine... L'espoir est sur le long terme. Donc je garde espoir. Si je regarde la marche du monde sur les 100 dernières années, grosso modo le monde va mieux, alors que ponctuellement je peux parfois me sentir un peu morose. Je garde espoir, même si de temps en temps il est mis un peu à mal. A terme nous allons y arriver.

Actuellement nous sommes contraints à des forces opposées, les forces du bien et celles du mal. Quand nous regardons les résultats des élections au Chili, aux États Unis, en France, nous voyons un monde qui se bi polarise. Qui va l’remporter ? Je ne sais pas. Il est donc important de montrer des choses positives. Ce film peut paraître naïf, c'est un parti pris, tellement on nous parle de tout ce qui ne va pas. Je garde espoir !

 

Je voudrais revenir sur cette jeune femme qui incite les autres à faire du sport. Personnellement je fais du sport de longue durée et j'ai remarqué qu'il y a une production d’endorphine qui crée un état de bien-être.

Jemma est fascinante, elle vit dans une famille très religieuse, elle est investie d'une passion en l'humanité, portée par sa foi. Elle a inventé une ligne de vêtements de sport compatibles avec sa religion, pour sa pratique propre et pour celles des autres femmes musulmanes.

 

Est-ce que le film "Demain" vous a inspiré ?

Ce film m'a profondément inspiré, je l'ai vu de nombreuse fois. Il m'a inspiré dans son montage, dans sa dynamique et son rythme.

 

Jean-Marie Poirier, qui avec nous ce soir, va à la rencontre des autres pour les interviewer : Depuis bientôt un an je vais à la rencontre des gens que je ne connais pas sur le département. Je leur fais un portrait sous la forme de photos et de récits où je raconte le parcours de leur vie. J'aime beaucoup le côté naïf de la présentation des personnages du film car ce que nous envoie les médias aujourd'hui est tellement anxiogène, tellement négatif que ça fait du bien d'entendre des paroles positives tournées vers l'espoir. C'est ce que j'essaie de faire au niveau du département et mon action s'appelle "Pose vagabonde".

 

En termes de conclusion, je vous invite à aller sur les réseaux sociaux Facebook et Instagram et "likez, likez, likez...", et signez la déclaration universelle du vivre ensemble.

Le film sort cette semaine de façon internationale, nous avons la chance d'être porté par 450 organisations dans 52 pays. Parlez-en sur YouTube !

 

Je revis la soirée (YouTube)

Compte-rendu réalisé par Laurence Crespel Taudière

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