j'adhère au cera

Yannick ROUDAUT

« Quand l’improbable surgit, tout redevient possible »

100° rencontre du CERA du 26 octobre 2021

L’effondrement écologique et économique annoncé n’est pas assuré. La pandémie a plongé l’économie
mondiale dans une nouvelle ère. Elle nous a révélé nos faiblesses face à l’inattendu et nous incite à innover
pour anticiper les prochains chocs issus de la crise climatique et écologique. Elle nous contraint à bifurquer.
Partout dans le monde, des entrepreneurs ont commencé à repenser leurs modèles. Des citoyens modifient
leurs comportements. Chaque crise est un indicateur, elle nous offre l’occasion de nous réinventer,
d’explorer une nouvelle voie, de nouveaux chemins. Nos intentions ont la capacité de faire surgir un autre
futur…

Accueil par Jean Michel Mousset :
Il a un parcours atypique puisqu'il a d'abord été trader puis il s'est lancé dans le conseil en matière de
développement durable et tout ce qui touche aux questions écologiques, économiques, philosophiques,
pour dessiner un monde meilleur.
Il est expert APM, intervenant GERME, il intervient également au CJD, enseigne dans plusieurs écoles. Il a
fondé un cabinet de conseil qui s'appelle Alternité et une maison d'édition qui s'appelle La Mer Salée.
J'ai le plaisir d'accueillir Yannick Roudaut.

Yannick Roudaut :
Bonsoir et merci de m'accueillir.
Je viens vous parler du surgissement de l'improbable qui est un sujet venu à moi 8 mois avant le COVID. J'ai
eu l'intuition qu'il allait se passer quelque chose et cette pandémie est arrivée. Je vais essayer de vous
convaincre que malgré la difficulté actuelle, il y a de quoi rester optimiste parce que des choses inattendues
commencent à surgir et d'autres vont suivre dans les prochaines années. Le pire comme le meilleur peut
arriver. Tout est possible.
Avant de parler de ce qui nous arrive aujourd'hui, il faut comprendre que ce que l'on vit n'est pas anodin.
Pendant 390 000 ans, Homo Sapiens était chasseur cueilleur nomade. Il se levait avec le soleil, mangeait à
midi, jouait, discutait, taillait des flèches l'après-midi. Il y a 12 000 ans, tout change. L'humanité quitte le
statut de chasseur cueilleur nomade et devient sédentaire. C'est de cette sédentarisation que découle
l'urbanisation des grandes mégalopoles des grandes civilisations. On a complètement changé de monde en
l'espace de 3 ou 4 000 ans. Comment a-t-on changé le monde aussi brutalement ? Parce qu'un outil qu'on
ne connaissait absolument pas a surgi brutalement. Il s'agissait de l'agriculture. Le parallèle qu'on peut faire
aujourd'hui, c'est qu'on est à nouveau dans un néolithique, tout est en train de changer à une vitesse
considérable. Le rythme n'est plus de 3 ou 4 000 ans mais d'une vingtaine d'années.

Cette grande mutation a lieu pour 2 raisons. D'abord le surgissement d'Internet dans les années 90, qui
commence à bouleverser l’économie, les cerveaux, la façon de faire de la politique, la façon de s'exprimer.
La deuxième raison, c'est qu'on arrive au bout d'une histoire qu'on a appelé la révolution industrielle. Hans
Jonas, écologiste avant l'heure, disait "La voie choisie depuis 2 siècles ne peut mener que vers l'impasse
tragique". Depuis 2 siècles et demi, l'humanité s'enferme dans ce que j'appelle un "déni de nature". On nie
le vivant comme si nous étions des êtres hors sol, non connectés à la nature. Nous commençons à payer
cher ce déni avec le dérèglement climatique. Et il n'y a aucune raison que ça s'arrête à court terme parce
que malgré les rapports alarmistes du GIEC qui appelle un chat un chat, il reste 10 ans à l'humanité, 15 ans
au mieux pour éviter des points de bascule irréversibles. Ce qui signifie que quand la glace aura fondu, ce
sera terminé, elle ne se reformera pas. Quand les forêts auront disparu, il faudra des décennies pour
qu'elles se régénèrent. On est au bord de la bascule, de quelque chose d’extrêmement grave, et la
trajectoire actuelle, c'est 2,7°. On est parti pour quelque chose de catastrophique si on ne change pas. Une
étude parue dans Le Monde récemment montre que malgré ces rapports, malgré la prise de conscience
générale, car je ne doute pas que dans la salle tout le monde a compris que nous avions un petit problème
à régler qu'on appelle le dérèglement climatique, malgré cela, les émissions de gaz à effet de serre suivent
une pente ascendante. Ça continue à augmenter. Même le COVID n'a pas freiné nos émissions de gaz à
effet de serre. Il n'y a aucune raison d'être optimiste, et je crois que nous allons devoir changer
radicalement. Individuellement et collectivement. On n'a plus le choix. Je suis papa, il y a plein d'enfants
dans le monde, on a envie qu'ils aient un avenir, un monde correct. Qu'on ne leur laisse pas un désert qui
ressemblera à la planète Mars dans 30 ou 40 ans. Donc la conclusion à laquelle je suis arrivé il y a quelques
mois, c'est de me dire qu'on est tous conscients, on sait qu'il y a un problème, mais on continue. Pourquoi
? Parce que rien n'arrêtera l'économie mondiale dans sa course effrénée. C'est un jeu complexe où
personne ne peut s'arrêter tout seul si les autres ne s'arrêtent pas. C'est difficile de s'arrêter. Je connais
plein de dirigeants qui essayent de changer mais il y a la compétition internationale, la concurrence, il faut
continuer à travailler, c'est très difficile de changer. La seule chose qui permettra de s'arrêter est
l'émergence d'événements inattendus et improbables. C'est exactement ce qui s'est passé. En mars 2020
surgit un virus qu'on appelle le COVID 19 et tout s'arrête. Et ça c'est incroyable, parce que malgré les
conséquences humaines, les souffrances, les complications, une chose exceptionnelle est apparue :
l'économie pouvait s'arrêter. Les avions sont restés cloués au sol. Bien sûr il y a eu des conséquences
sociales et économiques à court terme, mais ça peut s'arrêter.


Face au quadruple défi auquel nous sommes confrontés, le court terme c'est la crise sanitaire, le moyen
terme c'est la récession économique mondiale, la crise qui se profile commence déjà à prendre forme dans
certains pays, après il y a la crise climatique qui prend forme et se densifie de mois en mois, et puis derrière
la crise de la biodiversité. On oublie d'en parler mais le jour où il n'y aura plus de bactéries et de microorganismes
dans le sol, on ne mangera plus. C'est l'enjeu du siècle l'alimentation !
Face à ça comment fait-on ? Eh bien pour moi la seule échappatoire est le surgissement de l'inattendu et
c'est l'acceptation d'incertitudes. J'aime beaucoup cette phrase d'Edgar Morin qui dit "On a beau savoir que
tout ce qui s'est passé d'important dans l'Histoire et dans notre vie était totalement inattendu, on continue
à agir comme si rien d'inattendu ne devait désormais arriver" (Edgar Morin, Introduction à la pensée
complexe). On est tous en train de faire des business plans à 2 ans, des projections à 5 ans, tirer des plans
sur la comète, alors qu'on sait que ça ne va pas se passer comme ça. Parce que ça ne peut plus se passer
comme ça. De toute façon, il faut que ça change. Qu'on le veuille ou non, des événements vont se mettre
en place qui vont nous contraindre à changer. L'une des leçons qu'on peut tirer de la crise sanitaire, parmi
bien d'autres, c'est le fait que nous ne sommes pas prêts à affronter l'avenir parce que l'effondrement de
la biodiversité, le dérèglement climatique, la crise économique et sociale, ça veut dire surgissement de
beaucoup d'événements inattendus. Des catastrophes, des inondations, voire des pénuries alimentaires,
des risques politiques et sociaux. On commence déjà à toucher du doigt tous ces risques. En réalité, nous
avons été pris en flagrant délit de non-résilience. Et c'est intéressant parce que depuis je suis sorti d'écoles
de commerce il y a plus de 30 ans, on parle de la mondialisation de l'économie qui a apporté beaucoup de
bonnes choses à plein de gens dans le monde. Mais celle-ci offre une grande fragilité, c'est son incapacité
à faire face à une rupture de chaine logistique.


L'économie mondiale ne supporte pas la rupture d'un réseau énergétique, numérique, voire un bateau qui
reste coincé pendant 3 semaines dans un petit canal par lequel passe tout le fret mondial. On a vu que ce
fait provoquait une catastrophe. Imaginez qu'il soit resté bloqué 3 mois, l'économie mondiale s'effondrait.
Récemment un réseau que vous connaissez tous, Facebook, a connu une panne de 4 heures, et là beaucoup
de chose se sont mises à sauter. Imaginez une panne mondiale de réseau numérique ! On a tellement
numérisé l'accès à notre alimentation, l'accès à l'eau, l'accès à l'énergie, que la moindre panne nous
mettrait au tapis. Il est urgent de le comprendre. Effet COVID, la Chine connaît des pannes électriques à
répétition depuis quelques mois. La production tousse, c'est difficile de repartir. Vous connaissez les
conséquences avec des pénuries dans tous les magasins, en textiles, en matériaux, en pièces électroniques,
en alimentaire, auquel s'ajoutent des aléas climatiques qui font que les récoltes ne sont pas toujours à la
hauteur des attentes. La bière devrait connaître une augmentation de 30% dans les mois à venir, comme la
baguette de pain. C'est le début de la contestation sociale, le début de l'inflation. Je ne voudrais pas être
oiseau de mauvais augure mais les salaires allemands ont été augmentés, les salaires anglais vont l'être.
Beaucoup de jeunes ne veulent plus travailler en entreprise. Pour les attirer, ces dernières augmentent les
salaires, on appelle cela de l'inflation. Hausse des prix et hausse des salaires. L'inflation est bonne pour
l’État qui va éponger ses dettes progressivement mais ce n'est pas bon pour les gens qui ont des économies,
parce que l'inflation, ça ruine le capital. L'autre limite à notre modèle actuel, qui montre à quel point nous
ne sommes pas résilients, c'est notre manque d'autonomie locale. Il faut renforcer les territoires à 200%
tout en étant ouvert sur le monde. Je ne soutiens pas du tout l'autarcie mais l'autonomie comme une force
pour rayonner davantage à l'international. Cette force locale aujourd'hui, c'est s'assurer de notre
approvisionnement en ressources naturelles indispensables à la survie d'un territoire, alimentation,
énergie, et tous les minerais dont on a besoin. Alors qu'aujourd'hui tous les pays d'Europe dépendent de la
Chine, de l'Amérique du Sud, et du lithium bolivien pour faire tourner des voitures électriques ou des
téléphones portables.


Si l'on extrapole, nous sommes un modèle économique extrêmement gourmand en ressources naturelles,
et si l'on veut que la croissance économique mondiale progresse de 3 à 4% en Afrique, en Asie, en Amérique
du Sud, il faut 5 planètes Terre. On est confronté à un début de rareté qui pourrait déboucher sur des
pénuries. Et là où le climat pose problème, c'est que 66% du PIB dépendrait de la bonne santé de la
biodiversité. Les abeilles, les insectes, tous les petits organismes qui vivent dans le sol et nous permettent
de vivre. Si on n'agit pas, ça va nous coûter 66% du PIB. En bons économistes pragmatiques, on va réagir et
changer de modèle parce qu'on n'a pas le choix. Ce n'est pas moi qui le dit mais des actuaires suisses. Les
marchés financiers vont s'ajuster, c'est ce qu'on appelle le signe vert, toutes les mauvaises nouvelles de
l'inaction écologique vont coûter cher aux entreprises. Regardez ce qui s'est passé en Californie avec les
grands incendies, les infrastructures électriques ont été détruites. Ca coûte très cher à l'économie
américaine avec des grosses entreprises en faillite. Donc on rentre dans le dur.


La bonne nouvelle, c'est que cette crise est arrivée au bon moment. Parce que si nous n'avions pas eu un
coup de frein brutal aujourd'hui, nous étions sûrs de ne jamais atteindre l'objectif de - 40% d'émission de
gaz à effet de serre en 2030. Ça c'est que prévoient les Accords de Paris. Vous avez certainement entendu
parler de ce qu'on appelle la neutralité carbone, ne pas produire plus que ce que les océans et les arbres
peuvent absorber pour faire court. Mais pour atteindre l'Everest, il faut un camp d'étape, une adaptation.
Le camp d'étape, c'est 2030. A cette date, il faudra que l’humanité soit à - 40%, voire - 45% d'émission des
gaz à effet de serre. C'est beaucoup, on est tous les ans à + 2 à 3% depuis 30 ans. Ce qui est intéressant,
c'est que si cette crise était arrivée en 2029, on serait déjà largement hors des clous. Il nous reste 9 ans. 9
ans où tout peut surgir, tout peut se produire. Le meilleur comme le pire. Il peut s'agir d'une rupture
technologique, démocratique, sociale, politique, il peut y avoir le surgissement de plein de choses, qui
permettrait de faire - 45%. Là où la crise nous apprend qu'il ne faut pas être fataliste et inquiet, c'est qu'en
2018/19, lorsqu'on parlait de sauver le climat, il n'y avait pas d'argent pour ça. Le COVID est arrivé,
l'économie s'est enfoncée, et là on a débloqué 5 000 milliards en une semaine. C'est la preuve que l'argent
n'est pas un problème. Quand on met cette somme face aux 460 milliards nécessaires pour arrêter la
déforestation mondiale, ça rassure. Comme le disait Hugo Chavez "Si le climat avait été une banque, il y a
longtemps qu'on l'aurait sauvé." Quand c'est important, on trouve l'argent. Donc là où je suis optimiste,
c'est qu’il y a de l'argent, on peut en créer. Regardez ce qui s'est passé en mars dernier avec Maastricht.
Après des années d'immenses contraintes, Maastricht a disparu. Ça veut dire que même ce qui nous paraît
inamovible, gravé dans le marbre, peut changer en quelques jours, en quelques semaines. C'est pour moi
une grande note d’espoir, tout peut arriver ! Le pire conservateur anti-écolo peut devenir écologiste en
quelques mois s'il comprend que c'est son intérêt économique. Autre bonne nouvelle. On a vu pendant le
confinement que nous pouvions retarder l'échéance de notre empreinte écologique, c'est-à-dire de ce
qu'on ponctionne.


Nous avons gagné 3 semaines. Donc c'est possible. Si on instaurait un jeun économique mondial de 3
semaines par an, on gagnerait tous les ans du temps. Et puis la pollution, qui est un vrai problème
puisqu'elle tue 7 millions de personnes dans le monde par an, peut s'arrêter, le ciel redevenir bleu en Chine
et les enfants voir enfin des étoiles.
Tous ces bouleversements, comme le disait Carl Gustav Jung, ne surgissent pas par hasard. Ce sont des
indicateurs pour rectifier une trajectoire qui n'est pas la bonne, ça va nous permettre d'explorer de
nouvelles orientations, ce qu'on appelle l'innovation, pour déboucher sur une nouvelle civilisation, un
nouveau monde. On vit une grande bifurcation, comme l'Empire romain l'a connu avant nous, comme la
chrétienté l'a connu au Moyen-âge. Aujourd'hui la modernité, l'occidentalisation du monde, est en train de
bifurquer au profit d'un autre monde dont les valeurs politiques, économiques, sociales, seront
radicalement différentes de celles d'aujourd'hui. Et j'espère qu'en 2050 les enfants nous regarderont
comme on regarde Cro-Magnon dans sa grotte. Une grande bifurcation, c'est une renaissance. C'est un
monde qui s'effondre - la chrétienté comme on disait au Moyen-âge - au profit d'un monde qu'on appelle
la modernité, le monde de la science et de la technologie. Quand un monde s'effondre et qu'un autre naît,
on a tous le biais cognitif de faire du futur antérieur. On regarde le futur dans le rétroviseur, alors que
demain sera totalement différent d'aujourd'hui. Aujourd'hui ne peut plus être projeté sur demain. On en a
plus les moyen naturels, écologiques et économiques. On arrive à la fin du monde moderne, à la fin de
l'occidentalisation du monde puisqu'on a même occidentalisé la Chine qui veut nous ressembler. Et si je
vous parle d'un monde frugal, lowthèque, soutenable, où l'être humain est réconcilié avec la nature, vous
allez me regarder comme un bisounours. On tombe tous dans le travers de ne pas arriver à imaginer un
futur qui nous échappe totalement. Parce qu'on veut maîtriser et ne pas entrer dans l'incertitude. Ce qui
est intéressant, ce sont les 2 points de la Renaissance à retenir, un changement d'appréhension du monde
qu'on croyait petit, limité à 3 continents, on découvre un monde immense qu'on va appeler les Amériques
et ça va être le début du mythe de la croissance infinie dans un monde fini. Il n'y a aucune matière nouvelle
sur terre à part les photons, le reste n'est que de l'existant. L'eau que nous buvons ce soir est la même que
celle que buvaient les dinosaures il y a 60 millions d'années. Un autre phénomène de la Renaissance nous
invite à nous laisser bousculer par l'incertitude. Aristote déclarait que la Terre était immobile au centre de
l'univers, et pendant 2000 ans, voilà le système solaire décrit comme un rideau d'étoiles entourant des
planètes qui décrivent des cercles parfaits. Ça nous fait sourire. Comment ont-ils pu penser ça ? Ceux qui
l'ont pensé n'étaient évidemment pas des idiots et pourtant ils étaient incapables de voir le monde comme
il est vraiment. Ce qui nous renvoie philosophiquement à la question "Qu'est-ce que le monde ?" Le monde
est-il ce que l'on voit ou autre chose ? On verra tout à l'heure que notre perception du monde est en train
de changer. Regardez ce qui s'est passé à la Renaissance, deux événements improbables surgissent et
changent l'histoire de l’humanité. La chrétienté domine l'Europe et surgissent les Amériques, les
conquistadores prennent le pouvoir, le royaume d'Espagne domine, l'Europe a colonisé la planète pendant
des siècles, jusqu'aux années 60/70 en Europe. Phénomène totalement inattendu et improbable, personne
n'imaginait un autre monde et un tel essor économique de l'Europe face à une Chine repliée sur elle-même.
Fin du géocentrisme remplacé par l'héliocentrisme, et des lanceurs d'alerte comme Copernic et Galilée
disaient quelque chose que personne ne voulait entendre.


Deux événements surgissent et en quelques siècles le monde change. Pourquoi ? Parce qu'on accepte notre
ignorance.


Et ce qui a permis la révolution scientifique au 18ème siècle, ce qu'on appelle les Lumières et l'humanisme,
c'est le fait que des hommes et des femmes ont accepté de voir qu'ils ne savaient rien. La religion
n'expliquait pas concrètement ce qui se passait dans la nature. Cette révolution scientifique a débouché sur
la révolution industrielle. Eh bien aujourd'hui le challenge pour l’humanité, c'est de passer à une nouvelle
révolution philosophique, industrielle, sociologique. Explorer tout ce qu'on ignore, changer nos
représentations du monde, et surtout accepter de faire voler en éclats toutes nos certitudes, qui sont
mortifères. Les gens qui savent sont des gens dangereux en entreprise. Où est l'innovation quand on sait ?
On ne peut déceler aucun signal faible.


L'humanité voit son Histoire comme une succession de phénomènes inattendus et improbables. Le droit de
vote des femmes en Europe obtenu grâce à l'intervention de 300 suffragettes, la résistance armée avec 2%
des Français qui facilitent le débarquement allié - sans eux, c'était le chaos - la chute du mur de Berlin - qui
aurait parié sur l'éclatement de l'URSS quelques années auparavant ? Personne. La révolution électrique
avec Edison et Tesla - qui aurait imaginé au début du 20ème siècle qu'on allait électrifier les États-Unis et
changer l'histoire de l'humanité ? Plus récemment, qui aurait pu imaginer qu'un Trump soit élu président ?
Les utopistes changent le monde, ils innovent, rêvent un monde qui n'a pas encore de lieu. Hitler et Trump
en font partie. C'est pour vous dire que l'incertitude ne rime pas forcément avec du positif mais qu'il soit
positif ou négatif, le champ des possibles est ouvert.
Où nous emmène cette nouvelle renaissance ? Quel sera le monde de demain ? Sachant que je n'en sais
strictement rien puisque je vous dis depuis tout à l'heure qu'il va surgir de l’inattendu ! On ne sait pas ce
qui va surgir, en revanche on peut voir ce qui est en train de se former tout en restant ouvert et malléable.

 


Deux directions apparaissent. La première est dangereuse, voire mortifère. C'est la société numérique. Le
numérique arrive en Europe en 1995, Amazon est créé, puis Google en 1998, puis c'est au tour de Tesla,
YouTube, etc. On est dans l’uberisation de l'économie. Aujourd'hui, nous sommes en train de vivre ce que
nos aînés ont inventé. J'en veux pour preuve la passion de Zuckerberg et de ses acolytes pour la sciencefiction.
Ils sont en train de réaliser ce qu'ils ont lu, la fiction de leur adolescence, Fahrenheit 451 de Ray
Bradbury, Star Trek, 2001 l'Odyssée de l'espace, etc. Ça en dit long sur notre responsabilité d'adultes. Il est
urgent de donner à entendre, voir et lire aux jeunes une fiction positive, pour qu'ils réalisent ce monde en
s’adossant sur du positif. Si on les berce d’androïde, d'ordinateurs en connexion directe avec le cerveau,
de télépathie numérique, on risque d'aller tout droit vers ce que Facebook appelle le métaverse. Celui-ci
propose 10 000 emplois en Europe dans les prochaines années, autant dire que la perspective est assez
alléchante et que beaucoup de gens sont prêts à étaler le tapis rouge.


Le métaverse est ni plus ni moins l'avenir de Facebook, et Zuckerberg a compris que Facebook est un truc
de vieux. Il faut inventer autre chose, donc un monde virtuel dans lequel vous irez vivre une vie idéale
fantasmée grâce à des avatars qui ressentiront les mêmes choses que vous. Vous vivrez des expériences
incroyables de façon virtuelle. Mais c'est le début d'une humanité déshumanisée et d'un monde où la réalité
n'existe plus. Avec le risque d’une échappatoire à l’égard de la destruction de la vie sur terre. Il n'y a plus
de vie, je prends des pilules, je vis sous perfusion et je joue dans mon métaverse. C'est le risque. Et quand
je vois ce genre de projet, ça me fait froid dans le dos, alors que pas mal de gens trouvent ça génial.
Loin de moi l'idée de rejeter la technologie bien sûr. Il y a plein de choses positives dans la révolution
numérique, mais si c'est pour avoir des chiens robots qui nous surveillent parce que la police n'ose plus
aller dans certains quartiers, on va tout droit vers un Blade Runner, avec des drones qui nous scannent la
rétine en permanence. A-t-on envie de cela ? Se posent de vraies questions éthiques.

Enfin, il existe une dérive très inquiétante qu'on appelle le transhumanisme. Dans la Silicone Valley, il y a
des gens comme Peter Thiel, Tesla, Zuckerberg et autres, qui mettent leur fortune dans un projet : vaincre
la mort. Parce que c'est la seule chose qu'on ne peut pas arrêter. Tous nous mourrons un jour et c'est le
sens de la vie. Ces personnes veulent lutter contre cette certitude, être plus divin que Dieu, avoir le droit
de vie et de mort sur l'individu en faisant appel aux nanotechnologies, en augmentant nos performances
cérébrales grâce à des implants. Nous n'en sommes qu'aux balbutiements avec des essais aujourd'hui
menés sur des souris. Télécharger le cerveau sur une carte mère qu'on injectera dans un corps mi-humain,
mi-électronique, pour quitter notre planète avant qu'il ne soit trop tard, partir quelque part dans la galaxie
sur des exoplanètes aux confins du système solaire. C'est un projet très sérieux qui me paraît extrêmement
inquiétant parce qu'on n'emmènera pas 8 milliards d'humains sur des vaisseaux spatiaux. Seule une petite
élite pourra en bénéficier. Il s'agit d'autre part d'une forme d’eugénisme puisqu'on choisit qui vit et qui
meurt. Les transhumains ne croient pas en l'humanisme. Philosophiquement, l'humanisme apparaît durant
le siècle des Lumières. Il s'agit d'une croyance en la capacité de l'homme à s'améliorer, à être bon. Les
transhumanistes ne croient pas en l'homme naturellement bon. Après l'humanisme, on a les guerres
napoléoniennes, la boucherie de la guerre de 14/18, puis de 39/45. En 1970, Dennis Meadows, avec les
accords du Club de Rome, alerte sur le climat. Malgré ça on continue. Il n'y a plus d'espoir, il faut créer une
race nouvelle : les transhumains. C'est la fin de l'humanisme. Je n'arrive pas à m'y résigner. Un des freins
essentiels à mon sens est de croire que le corps humain est une mécanique où le cerveau commande les
membres. Les transhumanistes font une scission entre le corps et l'esprit qui ne leur permettra jamais de
vaincre la mort, parce qu'aujourd'hui, on a de plus en plus de certitudes que le corps et l'esprit sont
indissociables. Spinoza le disait déjà il y a 5 siècles.
Gardons le meilleur de la science pour fabriquer des exosquelettes pour des personnes à mobilité réduite,
pour lutter contre des maladies dégénératives. Et puis les IA vont peut-être pouvoir mettre en oeuvre ce
que nos ingénieurs ne parviennent pas à faire en termes d'analyse des aléas climatiques, les aléas sur
l'agriculture, l'alimentation, l’amélioration de nos dépenses d'énergies. Ça sert à ça les IA. Je ne suis pas
certain pour autant que la science puisse nous sauver, car il va falloir de toute façon nous restreindre un
peu. Parce que le problème du numérique, c'est que si on le développe à outrance, on se met encore en
situation de fragilité. Imaginez un black-out, une éruption solaire, les ordinateurs plantés, tout s'arrête. Il y
a urgence à reprendre papier et crayon en complément du numérique pour les choses importantes.

Se pose également un problème quant à l'énergie nécessaire pour faire fonctionner notre société
numérique. Avec quelle énergie va-t-on faire fonctionner ce monde totalement numérisé dans lequel
certains croient ? Quand on entend l'ADEME annoncer qu'une heure de vidéo sur un smartphone produit
l'équivalent d'un réfrigérateur allumé pendant un an en termes d'émission de gaz à effet de serre, on a tous
des dizaines de frigos dans la cave ! Le numérique est extrêmement polluant et énergivore.


Se pose aussi la question de nos déchets électroniques. Personne ne veut vraiment s'en charger en Europe
parce que ça coûte trop cher à recycler. Comme aujourd'hui les batteries sont collées à l’intérieur d’un
téléphone mobile, on le jette en fin de vie. Un tiers peut-être est recyclé et le reste part en Afrique sous
forme de dons pour des écoles. Ça finit au Ghana avec des enfants de 10 ans qui trient des déchets
électroniques sans aucune protection. A 15 ans, ils sont morts. Ça c'est la face cachée du numérique, donc
pour moi ce n'est pas vraiment satisfaisant. Le numérique est très utile mais posons-nous à son sujet des
questions éthiques, pour quoi faire et quelle somme d'énergie doit-on lui consacrer ?
Je suis plutôt fervent du deuxième scénario. Adepte d'une économie non plus destructrice mais qui va
réparer le vivant et qui va régénérer la vie. Ce mouvement passe par d'autres entreprises qui émergent en
grand nombre aujourd'hui partout dans le monde. Il s'agit d'entreprises contributives. Elles sont en train de
nous faire passer d'un monde moderne à autre chose, un monde où l'on répare. Michel Maffesoli, qui est
un grand sociologue français, a 3 mots pour décrire le monde d'avant et celui d'aujourd'hui.
– Individualisme vs coopératif
– Matérialisme vs frugalité
– Rationalité vs spiritualité
En rouge, c'est le monde de la révolution industrielle, un monde où l'on a fait l'apologie de l'individu, de
l'individualisme exacerbé, du matérialisme. Une personne qui a réussi sa vie possède des biens matériels,
et puis on a fait l'apologie de la rationalité, tout s’explique. Mais aujourd’hui, on se rend compte que la
rationalité a des limites, notamment au niveau de l’infiniment petit. On appelle ça le quantique. On constate
mais on ne comprend pas ce qui se passe. La rationalité laisse aujourd'hui la place à une forme de spiritualité
qui revient. Qui n'a pas fait de la méditation, du yoga, des pratiques de développement personnel ? Ça se
développe en flèche. Les gens ont besoin d'avoir autre chose que la rationalité. Le matérialisme a touché
ses limites. Les ressources, la pollution, les déchets. On ne peut plus être aussi matérialiste dans le monde
de demain. Les enfants vont devoir se serrer la ceinture et faire de la frugalité la règle, la clé. La frugalité
n'est pas le retour à l'âge de pierre, c'est faire mieux avec moins. Des voitures qui consomment moins, qui
polluent moins, des ordinateurs démontables, réparables, durables. C'est ça la frugalité.
Enfin, l’individualisme laisse la place à beaucoup plus de coopération et de mutualisation. Les valeurs
mutualistes reviennent en force. Parce qu'on a tous compris que l'union débouche sur quelque chose qui
transcende l'existant, ce qu'on appelle la complexité, on arrive à quelque chose qui n’existait pas avant.
Le monde de demain va être relocalisé. Et je me suis permis de mettre un w dans relowcalisation parce que
"low" c'est "bas", bas carbone. Le "low" fait appel à "slow", la lenteur, le retour du temps long. Je rencontre
énormément de jeunes dans les écoles dans lesquelles j'interviens qui ne sont pas du tout prêts à travailler
8 heures par jour, 5 jours sur 7. Ils veulent le temps de vivre, voir les potes, s'amuser, contempler.
Nous avons eu la possibilité de redécouvrir la lenteur avec ce fameux confinement qui a été très douloureux
pour certains, mais qui a été une révélation pour ceux, un peu nantis, qui avaient la chance d'être au chaud
dans un jardin avec une vue magnifique. Ils ont redécouvert le chant des oiseaux, la nature, le lever du
soleil. Si vous saviez le nombre de dirigeants que j'ai rencontrés depuis 2 ans qui m'ont avoué ce plaisir
d'avoir du temps.


La sobriété, c'est consommer moins de ressources pour générer moins de déchets. La tendance de demain
est à la réparation. On va arrêter de consommer, transformer, jeter, pour passer au Do It Yourself :

On fait soi-même, tout est démontable, réparable et durable. Parce que c'est le seul modèle économique
qui tienne. On va le faire en raison d'une prise de conscience écologique qui commence à faire le tour du
monde. Réparer crée de la mixité sociale. Vous êtes un ingénieur de 68 ans à la retraite, vous allez aider des
jeunes de 15 ans à réparer leur téléphone portable ou leur ordinateur. C'est sympa, ça crée du lien, ça
donne du sens. Le numérique encourage ce DIY en proposant des tutoriels pour tout.


Les low techs, c'est moins de composants électroniques pour moins de pollution, mais la même efficacité.
Le but d'une voiture, c'est de transporter d'un point A à un point B. La voiture de demain est l'anti-voiture
d'aujourd'hui. Légère, petite, totalement démontable et réparable par son utilisateur, et durable parce
qu'on peut totalement la recycler. Elle existe, fabriquée à Bordeaux. Elle s'appelle la Gazelle Tech.
L'électro-ménager de demain durera 40 ans. Inventé par deux ingénieurs français, un nouveau modèle de
lave-linge s'appelle l'Increvable. Tous les composants électroniques de la façade sont séparés comme sur
un compteur électrique. On peut les réparer avec une imprimante 3D. A ce jour, ces deux ingénieurs n'ont
trouvé aucun industriel en Europe prêt à les suivre. Le projet a été abandonné mais on y reviendra, c'est
inévitable.

Les low tech, c'est utiliser une application qu'on a entre les oreilles, notre cerveau. Ce cerveau nous permet
de penser autrement. Cette jeune fille que vous voyez sur la photo tient un vieux panneau solaire dans un
village africain. Elle le transforme de manière à augmenter son rendement de 40%.

Pour cela, elle le fait pivoter. Le soleil passera d'est en ouest tous les matins pendant encore 5 milliards
d'années, alors pourquoi fait-on des panneaux fixes ? Comment cette jeune femme fait-elle tourner le
panneau sans moteur et sans énergie ? Eh bien elle réfléchit en abandonnant toutes les barrières qu'on lui
a inculquées. Elle pense aux vases communicants. Une bonbonne d'eau pleine à l'est le matin, une
bonbonne vide à l'ouest. Un circuit fermé, de la chaleur, évaporation, transfert de charge. Une bonbonne
se vide, l'autre se remplit et le panneau pivote. C'est génial ! C'est ça les low tech.
Et en plus que font les enfants autour d'elle le soir ? Ils récupèrent une bonbonne d'eau qui a bouilli. Donc
de l'eau potable. Ce qui évite d'aller au puits situé à 15 km avec une bonbonne sur la tête.


Ici on a trouvé comment purifier de l'eau quand on n'a pas de station et de tuyauteries sur des milliers de
km en Afrique. L’idée est toute simple. Vous remplissez votre bidon de 30 litres au cul du camion mais cette
eau croupie n'est pas potable. Il existe un moyen de la purifier en la faisant rouler sur 4 km. On met des
filtres à charbon dans les bidons qui vont nettoyer l’eau. Avec juste un petit module que vous venez clipser
sur le bidon, vous obtenez 30 litres d'eau potable. Voilà du low tech, une innovation qui ne coûte pas cher.

En agriculture il y a plein d'innovations. J'en ai retenu une qui a vu le jour aux États-Unis. Un jeune maraîcher
qui se trouve dans le Morbihan s'est inspiré d'une technologie américaine. Il s'agit d'une serre bioclimatique
semi-enterrée. Cette serre utilise l'énergie de la géothermie. A 1,5 m, la terre est à 12° tout au long de
l'année. Ici l’investissement consiste en une pelle et une pioche, un peu de parement pour isoler tout ça.
C'est un investissement très modéré pour un rendement local extrêmement important. Gardons espoir. On
va trouver des solutions. Il faut parler, regarder autour de nous, partager.
Le textile voit aussi apparaître une technique collaborative, c'est le recyclage et la location des vêtements.
Aujourd'hui, beaucoup de vêtements sont consignés, récupérés en fin de vie pour entrer dans une boucle
circulaire. Nous avons en France une économie textile qui est en train de révolutionner le monde du textile.
Que ce soit les 1083, les VEJA, Les Réparables qui ne sont d'ailleurs pas très loin. Il y a beaucoup de gens
qui se cassent la tête pour que le textile redevienne propre et soutenable parce que son impact est au
moins aussi important que le numérique.
Ce qui me ravit, c'est qu'on a parlé de collaboratif. Il y a quand même des gens assez fous en France pour
avoir créé Railcoop. Ils investissent pour recréer des lignes de train là où les trains n'arrivent plus. Ils
espèrent rouvrir des lignes transversales dans les campagnes, fermées il y a 50 ans parce qu'elles n'étaient
plus rentables. C'est génial !
Et puis certaines personnes ont pris conscience que la révolution économique en cours va aussi créer de la
misère sociale parce ces grands bouleversements créent de la pauvreté aujourd'hui un peu partout dans le
monde. En France 16% des ménages n'allumeront pas le chauffage cet hiver parce qu'ils n'ont pas les
moyens de chauffer leur logement. Au Québec, on a créé des accorderies. Ce sont des banques de temps.
Vous prenez un local dans une cité où les gens ne se connaissent pas trop. Chaque personne qui le souhaite
vient proposer un service. Je donne 2 heures par semaine pour apprendre à des voisins à jouer de la guitare
par exemple, ou pour enseigner la cuisine thaïlandaise. Vous disposez alors d’un crédit temps de 2 heures
et vous venez consommer un service. Mixité, intergénérationnel. Vous consommez de la culture pour 0€
dépensé. Ça c'est de l'innovation frugal s'appuyant sur de l'investissement humain uniquement.
Je suis convaincu que les exemples que je vous ai donnés sont des entreprises qui vont réparer ce qu'on a
détruit depuis 250 ans. L'entreprise qui a de l'avenir dans les 30 prochaines années, c'est l'entreprise
contributive. Celle-ci renoue avec une notion importante qu'on appelle les bénéfices. Au sens dérivé du
latin beneficio : faire du bien. L'entreprise de demain dégagera des bénéfices, des bienfaits économiques,
sociaux, sociétaux, financiers. Les entreprises contributives sont dirigées par des utopistes qui rêvent très
fort. Ils ne vont peut-être pas réussir à rentabiliser mais ils essaient. J'ai un copain qui va monter une flotte
de bateaux pour emmener des gens aux États-Unis à la voile. On mettra 3 semaines. Bien sûr ce genre de
business model ne tient que si les gens ont le temps. C'est très audacieux de lancer ça aujourd'hui, il n'y a
pas de rentabilité à court terme mais l'idée est de remettre le voyage à la voile à la mode.

J'ai un autre exemple dans le numérique. Comment faire du numérique avec un impact environnemental
social ? Un gars a lancé Quarnot Computing. L'idée est d'utiliser la puissance de calcul d'ordinateurs qui
tournent toute la journée, en étant moins cher, plus utile, avec un impact environnemental meilleur que
Google, Amazon, OVH, Orange, tous les géants du secteur. Les contraintes l'ont poussé à imaginer quelque
chose qui n'existait pas. Il a mis ses calculateurs dans un logement. Dans la boîte noire du radiateur, il y a
des calculateurs informatiques.


On est dans un logement HLM au sud de Paris chez des gens qui n'ont pas de gros moyens. Tout l'hiver, les
calculateurs tournent, en apportant 2 ou 3° de température supplémentaire gratuitement. Il apporte donc
un service social en contribuant au chauffage, il contribue à l'impact environnemental puisqu'il n'a pas
besoin de climatiseur, et comme ses calculateurs sont hébergés dans une société de logements HLM, il n'a
pas d'investissement foncier, pas d'occupation des sols, il divise son coût de production par 4. Il est 4 fois
moins cher que Google, Amazon, OVH, Orange et se développe actuellement dans toute l'Europe.
S’il a trouvé cette innovation, c'est qu'il y avait 3 critères non négociables : il fallait que l’innovation ait un
impact environnemental, un impact social et sociétal et s’avérer rentable.
Autre exemple dans le numérique. Il y a un téléphone éthique en France, le Fairphone, qui est fabriqué aux
Pays-Bas. C'est le premier téléphone démontable, réparable, où vous pouvez démonter vous-même toutes
les pièces avec un tournevis. On est dans le DIY. Le prix d'entrée d'un Iphone 13 est 1 200,00€, un Fairphone,
c'est 450,00€. Ce téléphone va durer 10 ans parce que pendant 10 ans, Fairphone s'engage à fabriquer et
fournir les pièces détachées.

Maintenant je vais vous parler d'une société bretonne qui s'appelle Téorum. Les deux jeunes filles qui ont
lancé cette entreprise l'ont créée parce qu'elles voulaient recycler des combinaisons de plongée. Elles ont
donc passé un partenariat avec Le Vieux Campeur et vont visiter les clubs nautiques ravis de se débarrasser
de leurs vielles combinaisons. Elles se sont demandé comment elles pouvaient valoriser ces vieilles
combinaisons qui polluent l'océan. Leur idée : coudre des empiècements aux épaulettes et aux coudes sur
des pulls en laine fabriqués par Royal Mer : qualité, local, grand ouest. Elles innovent pour dépolluer les
océans avec cette collection qui marche très bien.
Autre exemple à Quimper avec l'entreprise Algo créée par un monsieur qui faisait de la peinture acrylique
glycéro. Un jour, il s'est dit que ce n'était pas normal que des bébés respirent des produits plus ou moins
toxiques dans leur chambre. Il a voulu trouver une peinture propre - pas facile à trouver ! Il a mis 8 ans de
recherche et développement pour enfin fabriquer une peinture 100% à base d'algues, totalement
biodégradable. Tout ça pour dire qu'il ne faut pas lâcher !
Mon préféré, c'est Soöruz. Cette entreprise, qui est à La Rochelle, a voulu inventer un néoprène propre. Ils
ont commencé par le fabriquer à base de poudre de roche. Le problème est qu'il faut extraire ces roches,
ce qui a un coût énergétique important. Ils ont pensé qu'ils avaient un calcaire pas cher à La Rochelle avec
les huîtres. Ils récupèrent des coquilles d'huîtres et les broient pour en faire de la poudre de calcaire. De
vieux pneus usagés, on fait de la poudre de carbone, de filets de pêche qu'on trouve partout dans les
océans, on fait du fil pour coudre les combinaisons, quelques petites bouteilles d'eau réduites fournissent
du fil fin et vous avez une combinaison en oysterprène - oyster étant le nom de l'huître en latin. On est dans
de la moyenne gamme avec des produits qui coûtent entre 200 et 300€. Là où ils sont très forts, c'est que
leur mission n'est pas d'être les leaders mondiaux de la combinaison en oysterprène mais de changer
l'industrie du surf. Pas de brevet d'oysterprène, tout est en open source. Ils le donnent à tous les industriels
du secteur pour que tout le monde fasse comme eux. Vous voyez à quel point les mentalités sont en train
de changer ! L'entreprise contributive est prête à donner ses brevets parce que sa découverte a un impact
sur la nature et donc sur la planète. Chacun aura sa part de marché et ils vivront très bien. Être les
champions du monde est le modèle des années 2000, ça ne les intéresse plus. C'est là que vous voyez
qu'une mutation est en train de se produire dans le monde de l'entreprise. Les élites des grandes écoles de
commerce qui, il y a 30 ans, allaient chez L’Oréal, Procter et Gamble ou Nestlé, faire des trucs toxiques qui
empoisonnent les gamins, vont ailleurs aujourd'hui. Elles réclament du sens et de l'engagement
environnemental. Parce que leur planète est en train de brûler. Quand ces jeunes voient le rapport du GIEC,
la Cop26 qui fait blablabla, ils se disent qu'il est temps de bouger en allant proposer ses services dans une
entreprise contributive, qui a envie de réparer. Et vous avez toute une jeunesse qui rejette totalement le
modèle de leurs parents et qui appelle à un changement économique radical. C'est une nécessité absolue
de modifier le cadre économique dans lequel elle ne croit plus. Il s'agit des étudiants des 3 plus grandes
écoles de commerce, des 3 plus grandes écoles d'ingénieurs, et des 3 grandes écoles littéraires, l'ENS,
Cachan, etc. Ils ont créé un collectif qui s'appelle Pour un réveil écologique. Ils sont 30 000 signataires d'un
pacte, un manifeste, dans lequel ils s'engagent à ne jamais travailler pour une entreprise polluante. Ce qui
est en train de se passer dans ces écoles est incroyable. Ça me donne des frissons quand je les rencontre
parce que je trouve qu'ils ont un courage extraordinaire. Vous voyez ce qu'ils mentionnent sur leur
présentation " Une entreprise qui n'arrive pas à recruter est vouée à l'échec", ils vont donc changer les
entreprises. Ça n'existait pas il y a 3 ans. Le COVID leur a donné encore plus de force. Et plus ça va mal au
niveau du GIEC, plus ils se renforcent. Juste un exemple, je ne porte pas de jugement. TOTAL a envoyé des
offres de stages et d'alternance dans toutes les grandes écoles. A priori, il n'y a eu aucune réponse. HEC,
Centrale Paris, Ponts et Chaussée, c'est fini. Ils ne veulent plus travailler avec ces entreprises-là. Est-ce qu'ils
ont tort ou raison ? C'est un autre débat. Ce qui apparaît, c'est leur volonté et leur engagement
extrêmement clair : sauver cette planète sur laquelle ils vont vivre dans les 30 à 50 prochaines années.


Nous sommes en train de passer d'une société de consommation, qui a fait la gloire des Trente Glorieuses
dont il n'est pas question de faire le procès, à une société de contribution. Si nous passons à la civilisation
de la contribution, la question "Tu fais quoi toi dans la vie ?" signifiera "Tu fais quoi toi pour la vie ?" "Tu
répares ou tu détruis ?" Ces jeunes-là nous demandent de nous définir par ce à quoi nous contribuons et
pas par ce que nous possédons. C'est un grand changement de civilisation ! Bien sûr ces jeunes dont je parle
constituent l'élite, mais n'oubliez pas que cette élite va donner le ton pour plein d'activités d'entreprise
dans les prochaines années. Il y aura un effet de ruissellement. Nous sommes donc à la veille d'une grande
révolution économique, sociale et philosophique. Tout cela nous donne beaucoup d'espoir car la seule
certitude, c'est que l'effondrement n'est pas assuré.

Passons aux bonnes nouvelles. Malgré ma lucidité sur l'état du monde, j'ai le sourire et je ne serais pas
devant vous si je n'étais pas optimiste ou tout au moins déterminé à ce que cela change.
Je vous l'ai dit en préambule, il n'y a qu'une seule chose dont je suis sûr, c'est que l'on va vers quelque chose
d'incertain, d'inattendu, qui va surgir. Pourquoi ? Parce que l'histoire nous enseigne que le prévisible se
réalise rarement, c'est l'improbable qui surgit souvent.
Trouvez-moi un évènement prévisible qui s'est réalisé. Il y en a peu, voire aucun. Tout ce qui se produit
dans l'histoire de l'humanité est totalement inattendu. Cela veut dire que nous pouvons avoir de l’espoir
dans des évènements, des comportements qui vont radicalement nous emmener vers quelque chose de
soutenable pour notre planète, qui restera vivable malgré les dommages collatéraux infligés depuis
quelques décennies.
Je vous dis cela parce que la nature peut nous surprendre. Je suis quelqu'un qui apprécie la nature, je la
contemple beaucoup, je suis toujours en admiration devant les platanes qui se trouvent à côté de chez moi.
Je les trouve splendides et je les remercie d'être aussi beaux. Dans beaucoup de situations, notamment à
Tchernobyl, nous avons constaté que la nature a une résilience insoupçonnable. Par exemple, les bouleaux
ont disparu, grillés par les radiations nucléaires. Toutefois quelques années après, leur génome a intégré la
radiation nucléaire, ils ont muté et se sont transformés, aujourd'hui ils ont repoussé et ils résistent aux
radiations. Et ça, personne n'a été capable de l'imaginer, cela nous échappe totalement.
Pour moi c'est quelque chose de très important car si la nature se régénère plus vite qu'on ne le pense, si
on la laisse tranquille, elle va nous surprendre. D'où l'idée du botaniste français Francis Hallé de créer des
moratoires. Si dans les prochaines années, l'humanité se réveille enfin et décide de protéger ce qui sera
encore "protégeable", nous pourrons décréter que des millions km² d'océan ne seront plus fréquentables
par l'être humain. Ce sera un décret, un moratoire, on n'y touchera plus pendant 100 ans, 200 ans ! Idem
pour des forêts. On ne pourra plus toucher aux forêts en Afrique, en Amazonie, en Europe, en particulier
en Pologne. On en fera des sanctuaires pour que les générations futures bénéficient de cette biodiversité.
Comment financer cette transformation ? Des gens vivent de l'exploitation maritime de ces zones. Il faudra
les indemniser et peut-être créer une banque centrale de la nature comme nous avons créé une banque
centrale fédérale américaine, un organisme supra national financé par les Etats, disposant de moyens
financiers incroyables. Nous pourrions financer des projets tel que la plantation de forêts entre le Sénégal
et Djibouti, sur 100km de large et 11000 km de long, pour stopper l'avancée du désert. Sans cela des millions
de personnes migreront vers l'Europe, les Européens ne sont pas prêts à recevoir une telle migration.

Nous pouvons aussi imaginer, après avoir créé les casques bleus, créer les casques verts, des gens
rémunérés pour protéger la nature, lutter contre le braconnage, la déforestation avec des moyens militaires
adaptés.
Enfin dans les prochaines années, nous créerons surement un tribunal international des écocides, comme
nous avons créé un tribunal des génocides à La Haye.
Nous pourrions aussi imaginer un quota individuel carbone pour sensibiliser chaque personne, chaque
citoyen à une économie plus vertueuse en ayant une information quotidienne concrète de ce qui pollue et
de ce qui ne pollue pas. Chacun pourra en temps réel faire ses propres choix et maîtriser son bilan carbone.
Progressivement, annuellement, le quota individuel pourra être réduit et respecté. 3% de baisse par an est
l'objectif. Chacun aura une enveloppe et sera libre de la consommer à sa guise, voire d'en revendre une
partie. C'est une façon de procéder très vertueuse, très incitative. Cela va arriver dans les prochaines années
si nous n'avons pas franchi la barre des - 40%, les jeunes d'aujourd'hui prendront le pouvoir et nous
imposeront des mesures drastiques, ils n'auront plus le choix. Alors faisons-le maintenant de manière
volontaire !
Un peu de philosophie maintenant. Il n'y aura pas de bifurcation de notre civilisation sans une élévation des
consciences, sans une humanité qui grandit en nous. On s'est autoproclamé sapiens, l'homme qui sait,
l'homme qui réfléchit, l'homme sage. Si nous étions sapiens, nous arrêterions tous nos activités polluantes
aujourd'hui. Nous essayons mais n'y parvenons pas.
Puisque nous ne sommes pas sapiens, il nous faut grandir en humanité, être plus humain que nous ne
l'avons jamais été. Pour cela il faut retrouver notre animalité. L'animalité est cette connexion intime des
animaux avec les végétaux, avec la nature. Nous l'avons totalement perdue à partir du néolithique, avec la
sédentarisation de l'humanité. L’épigénétique étant bien faite, tout ce qui ne sert à rien au quotidien est
enfoui dans des mémoires ancestrales. Par exemple nous avons perdu la capacité de percevoir le danger
avec notre odorat qui nous permettait de sentir un prédateur à 500 ou 1000m. De ce fait nous ne ressentons
plus la nature, si elle souffre, si elle va bien. Tous les animaux ressentent la nature mais, lors d'un tsunami,
seul l'animal en short reste sur la plage.
Retrouver notre animalité nous permettra de ressentir à nouveau la nature. Il y a donc urgence pour que
l'humain retrouve sa place dans la chaîne de vie dans laquelle, de l'infiniment petit à l'infiniment grand tout
est lié, indissociable et complexe. Un maillon sort de cette chaîne et c'est le chaos, c'est exactement ce que
fait l'humain depuis quelques siècles. Il s'est coupé du vivant, entre dans le chaos et la chaîne du vivant se
referme sur lui, l'humain n'est pas forcément voué à vivre éternellement sur terre parce qu’aucune espèce
végétale ou animale n'a besoin de lui. C'est ça le problème ! En fait l'humain ne sert pas à grand-chose
finalement. Si nous étions la nourriture d'un prédateur, celui-ci ferait le nécessaire pour que le cheptel soit
bien équilibré, bien nourri, pour avoir de la nourriture encore longtemps. Comme nous sommes le plus
grand des prédateurs de la planète, personne ne nous régule et ça nous amène vers cette impasse tragique.
Espérons que nous aurons un destin différent du monde végétal et animal car sinon, nous sommes mal
partis. L'humanité a besoin de l'ensemble de la planète, mais la planète n'a besoin de nous. Alors il y a
urgence à en finir avec l’anthropocentrisme, cette notion d'Aristote qui pense l'homme au centre de
l'univers parce que la Terre est au centre de l'univers et l'homme au centre de la Terre. Nous avons compris
que la Terre n'est pas le centre de l'univers, mais on se croit encore homo sapiens, centre du monde.
Il faut en finir avec l'anthropocentrisme, cet humanisme dominateur. Nous devons combler le grand fossé
entre l'humain, les animaux et les végétaux. Il faut quitter cette erreur tragique si nous voulons survivre.
Sauver la planète, c'est bien joli mais elle a connu pire que le dérèglement climatique actuel. Nous, par
contre, nous ferons peut-être moins bien que les dinosaures. Ils ont vécu 15 millions d'années avec un
cerveau gros comme une noisette. Nous, nous ferons 400 000 ans avec un cerveau 4 fois plus gros.
Comment combler ce fossé, c'est simple "Inspirons nous des peuples dits primitifs". Ils ont un enseignement
à nous confier, comme les Kogis, les animistes." Il faut respecter la nature, la vie est sacrée". J'aime
beaucoup les paroles de Sitting Bull, ce chef sioux qui rendit les armes en 1886

Cet homme qui dans toute sa lettre ne fait que dire "Je ne suis qu'un sauvage, je ne comprends rien » nous
donne une leçon d'humanité et une leçon de connexion à la vie incroyables.
Je pense que l'humanisme a montré ses limites, l'homme est au centre de la Terre, etc. Il faudrait se teinter
un peu d'animisme, remettre ce respect de la montagne, de la forêt, de la rivière comme des entités
vivantes et je pense que de l'humanisme, nous allons passer à l’humanimisme dans la nouvelle renaissance,
remettre du sacré au sein de nos vies au quotidien. Le modèle économique a vécu pendant des milliers
d'années sur l'esclavage. A Nantes, au XVIIIème siècle, c'était normal. "Tu veux du sucre, du coton. Il y a
donc des esclaves". Aujourd'hui nous faisons un peu la même chose, toutes proportions gardées, l'humanité
détruit le vivant parce que le business oblige. La croissance économique mondiale exige la destruction de
la nature. Certains essaient de faire mieux que d'autres, mais globalement l'humanité ne cesse de détruire
pour se développer.


L'indispensable du XVIIIème est devenu l’impensable aujourd'hui et l'indispensable du XXIème sera
l'impensable de demain. Il est donc urgent de sortir de l'esclavagisme environnemental, sinon nous dirons
à nos enfants "Je n'ai rien fait en 2020, ce métier-là c'était trop bon". Ce que l'on demande, ce n'est en fait
pas grand-chose. C'est simplement de changer de comportement, de faire mieux avec moins, de rogner un
peu le confort individuel, c'est à dire acheter moins et acheter des produits régionaux, manger moins de
viande mais de qualité, moins et mieux n'est pas une punition. C'est l'enjeu pour que nos enfants vivent
bien.


Je vais vous donner une note d'espoir. Je vous emmène dans la physique et la notion d'espace-temps. J'aime
beaucoup cette phrase de Rhabi Nahmam de Bratslar "Ne demande ton chemin à quelqu'un qui le connaît,
tu pourrais ne pas t'égarer", car l'innovation, c'est l'égarement.
Je vous ai dit que la Renaissance avait été un changement d'attention physique du monde. Les Européens,
les Africains, les Asiatiques croyaient que le monde était constitué de trois continents. C'était vrai jusqu'à
la Renaissance. Christophe Colomb a voulu construire de nouvelles routes maritimes, il a découvert les
Caraïbes et vous connaissez la suite. On découvre d'autres continents, alors on change d'attention
géographiquement.
Je pense que cette nouvelle renaissance va nous faire changer d'attention spirituelle physique du monde.
Aujourd'hui des physiciens nous disent que le monde tel que nous l'attendons n'est pas celui tel qu'il est
réellement. C'est là qu'un autre futur peut s'imposer, c'est là que tout n'est pas fichu. Vous allez voir que
nos intentions et nos capacités cérébrales sont capables de faire jaillir des évènements improbables positifs
dans ce clair-obscur que l'on appelle la renaissance.

1° point, le temps. Qu'est-ce que le temps ? Le temps créé par les humains n'est pas le temps des choses
de l'univers. Le temps est relatif, Einstein a démontré que les espace-temps ont une certaine souplesse. Le
temps n'est pas fiché, linéaire. La philosophe Bernadette Bensaude-Vincent nous dit "Nous [Occidentaux]
pensons le temps comme un cadre absolu et linéaire qui préexiste à toutes les choses qu'il y a dedans
comme une flèche qui tend vers quelque chose, que ce soit vers des lendemains qui chantent ou vers
l'effondrement, c'est toujours ce modèle du temps qui gouverne». Nous avons une vision linéaire du temps,
il y a le passé, le présent et le futur, comme une ligne qui se dessine pas à pas et le futur sera ce que je fais
dans le présent. C'est ce que l'on appelle le principe de causalité, tout ce que je fais dans le présent va
déterminer le lendemain, nous sommes donc maître du futur. C'est la norme en Occident, une ligne droite.
Dans les populations dites natives, le temps est un cercle. Il n'y a pas de début, ni de fin. En Asie, c'est une
circulation énergétique, le mot Temps n'existe pas.
2° point. Si l'on écoute Nietzsche, Einstein, "Notre avenir exerce son influence sur nous-même lorsque nous
ne le connaissons pas". Cela voudrait dire que, au moment où je vous parle, nos futurs sont déjà en partie
déployés dans ce que l'on appelle le multivers, c'est-à-dire dans l'ensemble des univers. Tous ces futurs
sont donc possibles et au moment où je vous parle, je suis au milieu d'une multitude de passés et d'une
multitude de futurs qui sont malléables. C'est incroyable ! Et c'est la physique qui le dit aujourd'hui, ce ne
sont pas des chamans, c'est de la physique. Et si l'on accepte la théorie de la rétro causalité, le présent est
sans cesse influencé par des images, des signaux, des informations qui viennent d'un futur probable, mais
pas encore densifié. Cela nous permet d'agir sur ce futur si l'on écoute les signaux.
Je m'explique. En physique quantique, il y a une théorie qui est aujourd'hui unanimement reconnue par
tous les grands physiciens "La Théorie de l'Univers bloc". Dans cette théorie, notre futur est déjà réalisé
mais il n'est pas figé, il n'y a pas de déterminisme, on peut encore agir. Ce n'est pas parce que l'on va vers
l'effondrement écologique que c'est écrit. On peut prendre une bifurcation radicale.
3° point. L'intention, l'ambition du monde, a une influence sur ce futur. 10% de la population sont capables
de changer le monde. Ces 10% représentent une force mentale telle qu'elle peut influer sur un futur qu'elle
va générer.
4° point. Plus l'intention est positive, plus elle densifie ce futur à l'état d'informations en multivers, plus il y
aura d'informations qui vont sortir du futur et venir à nous, ce sont les signes à capter. Il faut être attentif.
Nous arrivons au pouvoir de l'intention. Nos intentions et nos pensées seraient capables d'influencer la
matière et la réalité, c'est incroyable. L'intention peut susciter une information qui nous vient d'un futur
proche et si nous voyons les signes, nous attrapons cette information et nous agissons en conséquence.
« C'est incroyable, je pensais à toi hier, il fallait absolument que je te rencontre pour mener un projet
ensemble. Nous sommes côte à côte dans ce TGV et nous ne nous sommes pas vus depuis 10 ans". Heureuse
coïncidence. Tous les scientifiques qui ne savent pas l'expliquer disent que c'est du hasard. Nous, nous
parlons de synchronicité. Vous avez appelé de vos voeux cet évènement qui aura une influence forte sur
votre futur propre et sur le bien commun. L'information se densifie et l'action se poursuit. On y croit ou on
n'y croit pas, mais c'est incroyable.


Si Jung a raison, cela veut dire que nous sommes en capacité d'agir sur le groupe à notre insu, par nos
intentions et notre capacité à capter des signes. Jung disait que l'être humain avait sûrement un inconscient
collectif, l'inné et l'acquis. L'acquis est ce que nous apprenons par notre éducation, par nos parents. Et il y
a l'inné, ce que nous savons faire alors que nous ne l’avons jamais appris. Les cartésiens parlent de l'instinct,
l'instinct animal. Jung dit que ce n'est pas l'instinct qui permet aux oiseaux de retrouver leurs nids parmi
des milliers d'autres identiques, c'est leur cerveau qui a accès à des connaissances qui ne sont pas logées
dans leur cerveau mais dans l'inconscient collectif, dans le Cloud consulting d’aujourd’hui. Il va y chercher
des infos, et la nuit dans ses rêves, il renvoie des infos. C'est ce qui fait qu'à des centaines de km de distance
deux singes se mettent à taper sur la même noix avec un outil que nous appelons pierre. L'un a créé l'outil
et l'autre l'adopte à distance. Nous voyons ça régulièrement
Cela voudrait donc dire que si nous pouvons aller y chercher des informations, notre façon de vivre, de
vouloir agir sur le monde va nourrir l'inconscient collectif à notre insu et peut-être que nous arriverons aux
10% et que nous ferons basculer le monde. Peut-être aurons-nous un destin divin, quelque chose qui nous
dépassera ?
Teilhard de Chardin pensait que l'être humain n'est pas par hasard sur cette terre. S'il sert alors à quelque
chose, l'objet humain est le point Oméga, parti d'un animal qui grogne dans une grotte, il a 200 000 ans et
finissant dans un nuage de conscience partagée dans lequel nous serons tous connectés. L'être humain se
rendrait compte de la beauté de la nature et de sa responsabilité sur cette planète.

Très utopique de dire ça et Joël de Rosnay que j'aime beaucoup disait en 1995 quand Internet est arrivé
"L'humanité est en train de se connecter physiquement avant de se connecter par la conscience et
spirituellement". Finalement Internet est peut-être le réseau neuronal qui nous manquait pour nous
connecter. C'est peut-être le réseau neuronal d'un méta système qui deviendra non plus numérique, mais
qui sera biologique, virtuel, spirituel. Peut-être !
En tout cas, pour conclure, j'ai envie de vous dire que tout ce que je vous dis là peut vous paraître
totalement irréalisable, improbable. Eh bien si vous n'y croyez pas, ce qui est probable, nous savons où cela
nous emmène. Le probable, c'est l'effondrement. L'improbable, c'est la lueur d'espoir, un truc qui nous
dépasse, qui nous surprend, comme l'humanité a connu depuis des siècles.
N'oubliez pas que l'improbable surgira parce que nous l'alimentons par nos intentions et par nos actions.
Plus nous agissons, plus il y a des chances que le futur change.
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Temps d’échanges.
J’ai trouvé très inquiétant de vous entendre dire que chacun dispose de tant de tonnes de carbone qu’il
pourra éventuellement revendre. Je trouve cela presque totalitaire. Revendre son carbone devrait être chose
facile tellement chacun aura peu. Seuls les plus riches auront les moyens d’en acheter. Donc en fait on ne
change rien, aujourd’hui ce sont déjà les riches qui consomment le plus.

Prenons un exemple. Supposons que nous ayons 20 000 milliards de tonnes de CO² à rejeter dans
l'atmosphère. Il faudra être à 15 000 milliards en 2050. Le cadre est figé, nous donnerons le même tonnage
à chaque personne de la planète, que vous soyez pauvre ou riche, il n'y aura pas de différence.
Il y a des gens qui consomme plus, d'autres moins. Un Ghanéen consomme 2 tonnes de carbone par an
aujourd'hui. Que fera -t-il des 9 tonnes dont il n'a pas besoin ? Il pourra les mettre dans une coopérative
d'Etat qui les achètera à un taux fixe pour éviter toute spéculation. Si nous estimons la tonne de carbone à
200€, cela lui permettra d'avoir 1800€ de revenu pour acheter des produits moins carbonés, plus chers que
des produits très carbonés. Il y a donc un côté vertueux où des démunis peuvent enfin acheter des produits
moins carbonés locaux et de qualité. La personne qui a de gros revenus et a besoin de 19 tonnes, elle pourra
les payer mais sans déstructurer le cadre. il n'y aura pas de spéculation sur le carbone pour ne pas retomber
dans la travers d'avant. Le cours sera fixe et géré par une entité mondiale, par exemple la Banque Centrale
de la Nature.

Le local devient un lieu important de l'action, c'est une notion à laquelle je suis très attaché. N’est-ce pas à
l’échelle des bassins de vie que les choses peuvent se déployer, que les relations peuvent se faire et que la
connexion de toutes les initiatives dans un espace plus large pourrait être un facteur puissant de
changement ?

Pour moi, l'idée est le pluricellulaire qui est la base de la nature. Dans la nature, toute cellule est autonome
tout en étant indépendante du tout. Si nous prenons le corps humain, il n'y a pas une cellule qui peut vivre
sans corps. Nous pourrions imaginer que chaque territoire est une cellule, composée d'une multitude de
cellules qui seraient les collectivités, les villages, les départements. Cet agrégat forme un organe, lui-même
connecté au tout que nous appellerions Europe, connectée au tout appelé la Terre. Grâce aux outils
numériques et si nous avons des IA capables de nous dire en temps réel « Ce que tu fais là en Vendée aura
tel impact au bout du monde, dans un an », nous serions capables de prendre des décisions locales et
globales. Nous ne sommes pas capables de les calculer aujourd’hui, notre cerveau ne sait pas calculer tous
ces impacts. Et donc nous aurions des territoires extraordinairement puissants et interconnectés, mais
inséparables du tout car le risque serait d'aller vers une autarcie. Ce serait dangereux car l'autarcie c'est la
guerre. Comme dans la nature, il y a une solidarité de base, il n'y a pas un organisme vivant qui peut vivre
seul.

Tu n'as pas abordé la totale inadéquation de la répartition de l'humanité sur la planète par rapport aux
capacités à se nourrir. Est-ce que ça passe par un rééquilibrage ?

Je suis convaincu qu'il y a trop d'Européens sur la planète, trop d'Occidentaux et trop de Chinois. Si nous
avons un problème de population, ce n'est pas tant un problème de nombre qu'un problème de
consommation par une partie de la population mondiale. La problématique, 10% de l'humanité, soit les
Occidentaux et une partie de la Chine, rejettent 50% des gaz à effet de serre. Un Français rejette 11 tonnes,
un Américain 20 tonnes tandis qu'un Ghanéen en rejette 2 tonnes. Il faut taper dans le tas, c'est à dire sur
les Américains et les Européens. Plutôt que de réduire la population, je préfère dire aux Européens, aux
Occidentaux et aux Chinois nouvellement riches "Serrez-vous la ceinture car là, il y a de la marge avec un
impact immédiat sur les gaz à effet de serre et laissons de la place aux autres ».
Le problème de la démographie est en fait un problème africain. C'est un problème d'alimentation et non
un problème climatique global. Les Africains ne sont responsables en rien sur le plan climatique, ils ne font
que subir les aléas et les conséquences de ce que nous faisons. L'idée n'est pas de dire aux Africains "Faites
moins d'enfants", il faut trouver les solutions pour cultiver et vivre autrement et continuer à habiter
l'Afrique mais en aucun cas, c’est une solution de taper sur le taux de natalité. Il est très facile de dire le
problème, ce n’est pas moi, c’est les autres. Le problème, c’est nous et notre façon de consommer qui n’est
pas extensible à une population de 8 milliards d’habitants. Il faut que nous nous serrions la ceinture très,
très vite.

Comment intégrez-vous le principe de précaution dans votre démarche ?

C’est une question tellement dense et difficile parce que l’innovation demande que l’on ne mette pas de
précaution dans tous les sens, et d’un autre côté on ne peut pas faire n’importe quoi parce que la science
a prouvé qu’elle n’était pas toujours générative. Alors que faire ?

Je suis bien sûr pour l’innovation mais certains jouent aux apprentis sorciers. Que faire ? Il faut en débattre
en tenant compte du fait que l’humain n’est pas assez sage. Danger !

L’innovation pose la difficulté d’assumer le regard des autres. Le jugement des autres nous amène à nous
auto juger, à ne pas oser nous affirmer.

Je vais vous citer Gustav Jung et « Le surgissement du soi ». Il faut laisser surgir le Soi, l’être profond qui
n’est pas l’être que nous jouons en société. Le laisser surgir passe par l’introspection à qui nous devons faire
confiance. Faire fi du regard des autres parce que nous avons pris la bonne décision. C’est comme ça que
des gens créent des choses incroyables parce qu’ils savent pertinemment que c’est ce qu’ils doivent faire.
J’aime la phrase de Nietzche « Devient qui tu es, fais ce que toi seul peut faire ». Nous avons tous un rôle,
un talent. Laissez votre talent s’exprimer et faites-vous confiance !

Compte-rendu réalisé par Laurence Crespel Taudière
www.semaphore.fr